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Combien d’Europe l’Europe peut-elle tolérer?

Soit l'intégration politique rattrape l'intégration économique, soit l'intégration économique doit être revue à la baisse : mais dans tous les cas, l'Europe doit choisir entre les différents modèles d'Europe qui se proposent à elle.

Jugement de Salomon

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Combien d’Europe l’Europe peut-elle tolérer?

Cet article a initialement été publié dans Project Syndicate, et traduit de l'anglais par Timothée Demont.

L'Union européenne célébrera ce mois-ci le 60e anniversaire de son traité fondateur, le Traité de Rome, qui a institué la Communauté économique européenne. Il y a sans aucun doute beaucoup à célébrer. Après des siècles de guerre, de bouleversements et de massacres, l'Europe est en paix et démocratique. L'UE a accueilli 11 anciens pays du bloc soviétique dans son giron, guidant avec succès leurs transitions post-communistes. Et, à une époque de fortes inégalités, les pays membres de l'UE présentent les plus faibles écarts de revenus du monde entier

Mais tout cela correspond à des réussites passées.

Aujourd'hui, l'Union est embourbée dans une crise existentielle profonde, et son avenir est fortement remis en question. Les symptômes sont visibles partout: le Brexit, les niveaux écrasants du chômage des jeunes en Grèce et en Espagne, la dette et la stagnation en Italie, la montée des mouvements populistes, ainsi que les réactions brutales contre les immigrés et l'euro. Tous soulignent la nécessité d'une refonte majeure des institutions européennes. 

C’est pourquoi il était grand temps que le Président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker propose un nouveau livre blanc sur l'avenir de l'Europe. Juncker y expose cinq voies possibles: continuer le programme actuel, se concentrer uniquement sur le marché unique, permettre à certains pays de se déplacer plus rapidement que d'autres vers une plus grande intégration, revoir à la baisse le programme, et tout faire pour mettre en œuvre un plan ambitieux pour une intégration uniforme et plus complète. 

Il est difficile de ne pas comprendre Juncker. Alors que les politiciens européens sont préoccupés par leurs batailles nationales et que les institutions européennes de Bruxelles représentent une cible pour la frustration populaire, il pouvait difficilement s’engager davantage. Pourtant, son rapport est décevant. Il évite le défi central que l'UE doit affronter et surmonter. 

Si les démocraties européennes veulent retrouver leur santé, les intégrations économique et politique ne peuvent pas rester désynchronisées. Soit l'intégration politique rattrape l'intégration économique, soit l'intégration économique doit être revue à la baisse. Tant que cette décision est éludée, l'UE restera dysfonctionnelle. 

Lorsqu'ils seront confrontés à ce choix difficile, les Etats membres opteront vraisemblablement pour différentes positions le long du continuum de l'intégration économico-politique. Cela implique que l'Europe doit développer la flexibilité et les arrangements institutionnels nécessaires pour s’en accommoder. 

Dès le début, l'Europe a été construite sur un argument « fonctionnaliste »: l'intégration politique suivrait l'intégration économique. Le livre blanc de Juncker s’ouvre de manière appropriée sur une citation de 1950 du fondateur de la Communauté économique européenne (et Premier ministre français) Robert Schuman : « L'Europe ne se fera pas d'un coup, ni dans une construction d'ensemble: elle se fera par des réalisations concrètes créant d'abord une solidarité de fait ». Commençons par construire les mécanismes de coopération économique, et cela préparera le terrain pour des institutions politiques communes. 

 
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Dani Rodrik

Dani Rodrik est économiste. Ses domaines de recherches couvrent la mondialisation, la croissance économique, le développement et l'économie politique.
 
Il enseigne l'économie politique internationale à Harvard.

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