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Combien nous coûterait vraiment la prise des stocks d'uranium du Niger par des groupes islamistes ?

Une des plus importantes mines d'uranium au monde, à Arlit, au Niger, n'est qu'à quelques centaines de kilomètres des djihadistes. La matière première est cruciale pour de nombreuses économies occidentales, dont la France pour le bon fonctionnement de ses 58 centrales nucléaires.

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Combien nous coûterait vraiment la prise des stocks d'uranium du Niger par des groupes islamistes ?

Le Niger est un des plus grands producteurs d'uranium au monde. Crédit Reuters

Si « la France n’a aucun intérêt au Mali », comme a jugé bon de souligner François Hollande après le lancement de l’opération armée française dans l’est du Mali, on peut tout de même voir dans l’opération française un moyen de protéger les intérêts français…dans les pays voisins. Car le Niger, qui partage avec le Mali une frontière de 841 kilomètres, est un pays vital pour la France.

Le Niger est le 4ème producteur d’uranium au monde, avec 8% de la production totale d’uranium. Surtout, c’est là qu’Areva y produit un tiers environ de son uranium, afin de fournir les 58 réacteurs nucléaires français. Stratégique, le Niger l’est sûrement, tant les incidents qui ont émaillé les activités du groupe depuis plusieurs années ne l’ont pas amené à quitter le pays.

Une première fois en 2008, un groupe d’insurgés prend en otage 4 employés de la compagnie, avant de les relâcher quelques jours plus tard. En 2010, le groupe islamiste AQMI enlève 7 otages dont 5 français, otages encore détenus à l’heure actuelle. Pourtant malgré ces enlèvements, Areva n’a pas déserté le pays. Mieux, le groupe français a recommencé l’année dernière à faire revenir lentement ses expatriés sur le site. Ce retour témoigne de l’extrême importance des richesses du Niger pour le groupe. Si Areva exploite actuellement 2 mines d’uranium au Niger, Somaïr et Cominak, le groupe s’accroche surtout au projet d’Imamouren.

Arraché de haute lutte aux groupes canadiens et chinois, Areva s’était alors réjouit d’avoir mis la main sur le 2ème plus important au monde. L’ambition d’Areva était de produire 5000 tonnes d’uranium par an à partir de 2012. L’enlèvement des employés d’Areva en 2010 a conduit le groupe à reporter son exploitation en 2014 puis 2015. Il peut sembler étonnant de voir la persévérance d’un groupe à rester dans un pays où il a subi déjà 2 problèmes majeurs, et où les groupes terroristes ont attaqué, après la prise d’otages sur le site d’In Amenas, 2 pays frontaliers. La raison est simple, les ressources en uranium sont rares.

Une pénurie d’uranium à venir

L’arrêt des mines du Niger serait catastrophique pour le groupe, et pour les français. Depuis 1991, le marché de l’uranium est en déficit constant. Le tiers de la production manquante est assuré par le démantèlement de la production d’armes nucléaire russes, dans le cadre du programme Megatons to Megawatts.

Or, ce programme devrait arriver à expiration cette année. Pour s’assurer un approvisionnement constant en uranium, Areva a fait le choix d’être un acteur totalement intégré, de la mine jusqu’au retraitement du minerai. La perte de l’accès à 30% de son approvisionnement obligerait le groupe à se tourner vers les marchés internationaux pour s’approvisionner en minerai, et à dépendre des fluctuations des prix.

Il est probable qu’une telle démarche ferait progresser les prix de l’uranium, ce qui se répercuterait sur les prix du kWh en France. A 50$ la livre, le coût de l’uranium dans la production d’électricité représente 21%. A 100$ la livre, on passe directement à 34%, et à 44% à 150$. Actuellement autour de 42$, il faut se rappeler que les prix avaient atteint les 140$ la livre en 2007. Le risque d’un « choc uranium » du fait d’une internationalisation du conflit actuel au Mali n’est pas impossible. Reste à espérer que le Niger saura faire face à la menace militaire.

 
Commentaires

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  • Par Guff - 25/01/2013 - 09:01 - Signaler un abus Où sont les frontières de la France?

    Il est bien évident que les "frontières énergétiques" dans le monde actuel ne s'arrêtent pas au sous-sol de chaque pays. Au Mali, ce que veulent récupérer les nomades trafiquant et kidnappant en Toyota, c'est le flouz de la manne minière! La France y défend ses intérêts. Il faut aussi savoir partager équitablement avec les Nigériens et les Maliens sans installer ou entretenir des régimes militaires et vénaux : cette méthode entretient une culture du "racket pour tous"!

  • Par Ravidelacreche - 25/01/2013 - 11:13 - Signaler un abus Combien nous coûterait vraiment la prise des stocks d'uranium du

    .. du Niger par des groupes islamistes ? D'après Le Drian 30.000.000 d'euros à ce jour.

  • Par wolfgangamadp - 25/01/2013 - 14:01 - Signaler un abus Si on faisait des usines

    Si on faisait des usines marées motrices, on aurait du jus gratuitement, sans dépendre de personne, sans fumée, sans déchets toxiques et sans risque de catastrophe nucléaire. On ne doit pas avoir assez de côtes sur l'atlantique... Désolant...

  • Par freddy - 25/01/2013 - 14:50 - Signaler un abus Ah, c'était

    donc ça!

  • Par amirg - 25/01/2013 - 15:07 - Signaler un abus Le coût, la géopolitique, et l'engagement armé.

    Menace islamiste dans l’espace subsaharien pour les économies occidentales, donc danger pour nos appareils productifs, soit. L’incidence est plus large. La Chine aussi investit en Afrique. Les implications ne se limitent pas au domaine économique. Le nord Mali reconquis par la MISMA, et le temps venu de régler les problèmes internes de ce pays, tout ne sera pas résolu. Que restera-t-il des groupes islamistes, où, avec quel potentiel de nuisance et de réactivation ? Rien ne garantit que la menace sur l’espace subsaharien sera levée. La France envisagerait de confier à l’Armée la protection de ses intérêts stratégiques au Niger. Serait-ce une nouvelle forme de réalisme et de réactivité ? Ce réalisme et cette réactivité relèvent du niveau international. Les Africains, pour leur sécurité, leur souveraineté, leur développement économique. Les pays de la périphérie, susceptibles d’être confrontés au repli de groupes islamistes sur leur territoire. Les « grandes puissances », qui ne peuvent ignorer un adversaire d’autant plus dangereux qu’il échappe leurs conventions… Il faut du temps pour concrétiser. Ne faut-il pas déjà en débattre ?

  • Par Karamba - 25/01/2013 - 17:14 - Signaler un abus Et donc...

    ... la Chine si vorace en matières premières et et si prompte à frimer avec ses nouvelles armes, n'a pas jugé nécessaire de venir défendre ses gisements d'approvisionnement, elle? Car rappelons qu'à ce jour la France est toujours seule sur le terrain face à la racaille islamiste...

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Florent Detroy

"Florent Detroy est journaliste économique, spécialisé notamment sur les questions énergétiques, environnementales et industrielles. Voir son site."
 

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