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Chute de l’Etat Islamique en vue : l’Irak et la Syrie pourront ils réintégrer ces soldats perdus ?

Ils devront le faire, comme cela a été fait à chaque conflit de type guerre civile. Mais le vrai problème sont les Occidentaux partis combattre pour Daech. Ces derniers risquent de poser un casse-tête aux autorités à leur retour...

Nouvelle vie

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Chute de l’Etat Islamique en vue : l’Irak et la Syrie pourront ils réintégrer ces soldats perdus ?

Atlantico : Quel avenir peut-on imaginer pour les membres de l'Etat islamique d'origine syrienne après la "fin" de l'organisation ? Comment peut-on imaginer leur réintégration à une vie "normale"  (femmes, enfants, degré d'implication de chacun...) ?

Alexandre Del Valle : Dans la Syrie de demain, comme dans tout pays qui veut sortir de la guerre civile, il est nécessaire de réintégrer d’une façon ou d’une autre dans l'espace public « normal » et dans la société civile des gens qui sont au départ très « problématiques". Regardez la "concorde civile algérienne", avec Bouteflika : il a réintégré des islamistes radicaux, y compris des anciens terroristes, certes en échange d'un renoncement aux armes et au maquis de leur part, mais sans pouvoir jamais effacer leur passé ni satisfaire les victimes de ces bourreaux aujourd’hui libres et que les survivants de leurs massacres souhaitaient ne jamais revoir libres.

Regardez l'Afrique du Sud, les Farcs en Colombie… et même la France après la collaboration. Certains collaborateurs avaient alors été réintégrés par De Gaulle lui-même. Toute paix après une guerre civile nécessite de réintégrer dans l'espace officiel et dans la société des gens qui ont commis des atrocités et qu'on aurait dû condamner au nom de la morale, mais qu'on ne peut pas pratiquement enfermer à vie (ou les tuer tous) ou éliminer en masse. En fonction de l'accord qui sera trouvé en Syrie entre les différents belligérants, dans le cadre notamment des pourparlers d’Astana, il y aura des portes de sortie pour des anciens terroristes et nombre de groupes islamisées, que ce soit pour quitter le pays ou pour une réintégration après avoir déposé les armes, en passant certainement d'abord par des camps militaires ou en échange d'un renoncement public. C'est quelque chose de classique.

En ce qui concerne les femmes et les enfants notamment qui ont vécu sous la propagande de Da’esh et qui sont de la famille des volontaires terroristes locaux ou internationaux venus en Irak ou en Syrie, ce qui est plus problématique, c'est qu'il y a un travail de "rééducation » àfaire pour les enfants fanatisés sous la dictature totalitaire de Daech. On a connu ça aussi en Afrique avec les "enfants soldats » de nombreuses guérillas. On ouvre généralement des centres avec des mesures éducatives spécialisées pour rééduquer des enfants qui sont encore rééducables. Tout cela a déjà existé dans d'autres pays, cela prend une ou deux générations et le travail de déradicalisation et de réinsertion prend du temps et est difficile mais possible. Les exemples assez encourageants sont offerts aussi en Asie, notamment au Cambodge ou au Vietnam.

Et pour les membres de Daech en Irak ?

En Irak on a déjà connu une configuration similaire lorsque le Général Petraus avait théorisé l'idée du "surge". Il avait été question de renforcer les troupes militaires américaines d’un côté, mais surtout d'avoir un plan politique des portes de sorties permettant à chaque camp de trouver des opportunités et garanties susceptibles de le motiver à changer d’attitude et de rentrer dans le système officiel. Là aussi, l’idée force de Petraeus était d’associer les tribus irakiennes ou afghanes proches des jihadistes au pouvoir afin de détruire les bases mêmes de la motivation des rebelles, à savoir l’exclusion du système politique. L’idée est de réintégrer dans la société civile et le pouvoir politique des gens qui avaient fait partie d'Al-Qaïda ou des Talibans parce qu’ils n’avaient jadis aucune autre perspective. Le Général Petraeus et ceux qui s’inspirent de lui savent qu’aucune solution militaire n’est durablement satisfaisante sans la séduction et l’association des masses et des camps en présence à un intérêt politique et social. Petraeus  pensait que seul une solution politique permettrait de résoudre le problème, et cela avait marché avec certains milieux tribaux en Irak qui avaient pu négocier avec les Américains directement et avaient été réintégrés dans un espace normal et même dans les structures officielles. Parmi eux, il y avait des anciens d'Al-Qaïda. Malheureusement, les formidables et spectaculaire résultats obtenus avec le Surge, qui associent inclusion politique et sociale à renforts armés, ont été gâchés par Obama qui a orchestré d’un coup, sans "service après vente », le retrait des troupes américaines d’Irak, ce qui a abouti à abandonner à nouveau les groupes et tribus sunnites irakiennes à leurs bourreaux chiites pro-iraniens revanchards, et ceci a bénéficié directement à l’Etat islamique qui a refait surface alors qu’il avait été presque totalement vaincu juste avant. Tout cela montre l’importance des formules politiques et dispositifs pré et post guerre sans lesquels la guerre, même victorieuse, ne sert à rien. 

En Irak on connait le processus et on sait qu'il n'y aura pas de paix sans l'intégration de toutes les parties. D'autant plus qu'on sait qu'Al-Qaida en Irak comme Daech qui lui a succédé sont l'expression de sunnites radicalisés embrigadés par des terroristes parce qu'ils n'avaient pas de solution politique pour eux. Le parti Baas avait été éradiqué : il protégeait jadis les sunnites et les islamistes étaient combattus. Mais après la destruction du régime et de l’Etat Baasiste par l’armée américaine, il ne restait qu'un gouvernement chiite et la zone kurde face à des sunnites minoritaires qui se retrouvaient totalement exclus du pouvoir. Sans issue politique, ces sunnites liés aux groupes tribaux ont donc purement et simplement rejoint les terroristes. Inversement, pour assécher ces mouvements terroristes, il va falloir proposer des solutions politiques à ceux qui rejoignent le terrorisme pour qu'il ne le rejoigne plus. Ceci est valable en Irak comme en Syrie ou ailleurs (Mali).

 
Commentaires

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  • Par POLITQ - 28/06/2017 - 10:26 - Signaler un abus POLITICIENS CRIMINELS

    QU'EST-CE QUI EMPECHE NOS POURRIS DE MINISTRES, DEPUTES, DE VOTER L'EMPRISONNEMENT SYSTEMATIQUE, A VIE POURQUOI PAS, DES FUMIERS QUI REVIENNENT DE LA-BAS?,,,, BIEN SUR, C'EST TELLEMENT PLUS FACILE DE LAISSER TUER DES FRANÇAIS. POUR LE RESTE IL FAUT DE LA VO-LON-TE ET DU COU-RA-GE. Ah mince , c'est incompatible avec les fonctions…...

  • Par vangog - 28/06/2017 - 13:28 - Signaler un abus Ils n'avaient pas le droit de partir, ils n'ont pas le droit de

    revenir en UE laxiste! allez! un peu de fermeté, les sans-couilles gauchistes (sens large)!...

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 28/06/2017 - 15:09 - Signaler un abus mais non...mais non !

    Ils disparaitront là bas........sinon à quoi serviraient les services secrets Américains, Anglais, Français, Israéliens...... Si par hasard ils rentraient, ils seraient capables d'obtenir des pensions d'anciens combattants, et se feraient soigner aux frais de la SECU... Impossible !!! On n'a plus d'argent !

  • Par jerome69 - 28/06/2017 - 16:26 - Signaler un abus y a une solution

    pourquoi ils ne vont pas se "réfugier" au Quatar, Arabie saoudite etc...qui non seulement fait venir des indonésiens par centaine de millier pour sa main d'oeuvre mais de plus finance toute cette Bande d'extrémistes assasins. reflexion qui vaut aussi pour tous les pseudos réfugiers que l on nous force à acceillir qui seraient bien mieux sur une terre d'islam, Mecque à coté en plus, le paradis quoi ... mais pourquoi ils n 'y vont pas ?...a oui là bas on leur botte cul et on ne leur donne pas des milliers d'euros., on les soigne pas grauitement..ça doit être pour ça.

  • Par joke ka - 28/06/2017 - 22:33 - Signaler un abus je suis en phase avec Jerome

    je suis en phase avec Jerome 69 ,sa solution est simple et c'est la seule valable :ces terroristes sont irrécupérables et ont traité les chrétiens d'Orient en esclaves et les ont torturés,les qataris ont besoin de main d'oeuvre à bas coût et savent comment s'y prendre avec leur co-religionnaires

  • Par vangog - 29/06/2017 - 00:50 - Signaler un abus La solution? Qatari-airways!

    Un aller-simple vers l'enfer, car ils adorent ça, ces petits diables...

  • Par hermet - 29/06/2017 - 14:34 - Signaler un abus Execution .

    Si on sait comment faire, mais on ne veut pas le faire, c'est donc les européens qui paieront, la lâcheté a toujours un prix.

  • Par valencia77 - 29/06/2017 - 16:27 - Signaler un abus Tous a fusiller

    24 heures apres leur avoir coupe les couilles. Meme chose pour leurs avocats francais.

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Alexandre Del Valle

Alexandre del Valle est un géopolitologue et essayiste franco-italien. Ancien éditorialiste (France SoirIl Liberal, etc.), il intervient à l'Ipag,  pour le groupe Sup de Co La Rochelle, et des institutions patronales et européennes, et est chercheur associé au Cpfa (Center of Foreign and Political Affairs). Il a publié plusieurs essais en France et en Italie sur la faiblesse des démocraties, les guerres balkaniques, l'islamisme, la Turquie, la persécution des chrétiens, la Syrie et le terrorisme.

Il est notamment l'auteur des livres Comprendre le chaos syrien (avec Randa Kassis, L'Artilleur, 2016), Pourquoi on tue des chrétiens dans le monde aujourd'hui ? : La nouvelle christianophobie (éditions Maxima), Le dilemme turc : Ou les vrais enjeux de la candidature d'Ankara (éditions des Syrtes) et Le complexe occidental, petit traité de déculpabilisation (éditions du Toucan), Les vrais ennemis de l'Occident : du rejet de la Russie à l'islamisation de nos sociétés ouvertes (Editions du Toucan)

Son dernier ouvrage, La statégie de l'intimidation (Editions de l'Artilleur) est paru en mars 2018

 

 

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