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Casques bleus tués au Mali : quand la France est bien seule dans sa lutte contre le terrorisme au Sahel

Neuf personnes ont été tuées dans deux attaques distinctes à Douentza et Tombouctou. Hasard du calendrier, le conseil de sécurité de l'ONU doit se réunir mardi 15 août pour évoquer la situation au Sahel.

Réunion

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Casques bleus tués au Mali : quand la France est bien seule dans sa lutte contre le terrorisme au Sahel

Atlantico : Quels sont les enjeux de cette réunion ?

Alain Rodier : La MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation du Mali) a été visée par deux attaques le lundi 14 août.

Tout d’abord, les camps de l’ONU à Douentza, dans la région de Mopti (centre du Mali) ont été harcelés tirs depuis une colline voisine.

Les Forces armées maliennes ont riposté. Un autre groupe d’assaillants a tenté d’attaquer une autre position de la MINUSMA entraînant la réplique des Casques bleus qui ont neutralisé deux assaillants. Le bilan du côté de la MINUSMA est d’un Casque bleu togolais et d’un soldat malien tués.

Peu après, l’entrée du quartier général de la MINUSMA à Tombouctou a été attaquée par six individus qui ont tué cinq gardes et un gendarme maliens ainsi qu’un contractuel civil de la mission de l’ONU. Six Casques bleus ont été blessés lors de cette action. Les assaillants ont tous été abattus.

A l’évidence, la MINUSMA commandée par le Tchadien Mahamat Saleh Annadif ne parvient pas à remplir sa mission qui est de stabiliser la situation dans les principales agglomérations et contribuer à rétablir l’autorité de l’État dans tout le pays.

De plus, l’alliance salafiste-djihadiste nommée le « Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans » (GSIM) dirigée par Iyad Ag Ghali, le chef historique du mouvement Ansar Dine qui a regroupé autour de son mouvement les katibas Macina et al-Mourabitoune ainsi que la branche sahélienne d’Al-Qaida au Maghreb Islamique (AQMI), étend de plus en plus son influence vers le sud débordant sur le Tchad, le Niger et le Burkina Faso. Ce dernier pays a connu le 13 août un attentat qui a fait au moins 18 morts dont un Français. Il n’a pas été revendiqué à l’heure où sont écrites ces lignes et pourrait aussi avoir une origine crapuleuse (option suggérée par les autorités locales) ou d’un autre mouvement comme le Ansarul Islam actif au nord du Burkina Faso. Il ne faut pas oublier qu’Abdelmalek Droukdel, l’émir d’AQMI, a reçu l’allégeance du GSIM et ses forces sont aussi présentes à l’est d’Alger, en Mauritanie, en Tunisie et en Libye.

Le Conseil de sécurité doit notamment discuter de la création d'une force militaire par les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad). Comment pourrait se traduire cette force ?

C’est dans le cadre de la lutte contre la progression vers le sud des salafistes djihadistes que le « G5 Sahel », une organisation de coopération crée en 2014 regroupant la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad, a décidé le 6 février 2017 de mettre sur pied une « force anti-terroriste » transfrontalière. Dans un premier temps, chaque pays devrait lever un bataillon de 750 hommes et aligner 10 millions d’euros (à terme, elle devrait compter 10.000 hommes). L’Union européenne accepte de fournir aussi 50 millions d’euros.

 
Commentaires

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  • Par Shebear88 - 16/08/2017 - 16:53 - Signaler un abus La déstabilisation du Sahel

    n'est-elle pas une suite directe de l'intervention occidentale de 2011 qui a renversé le régime libyen ? Depuis lors on assiste aux développements négatifs, pour la Libye et pour les pays africains voisins, de ce "changement de régime". Je laisse les personnes plus qualifiées que moi, juger si les conséquences pourtant prévisibles avaient été ou n'avaient pas été évaluées début 2011 par les services spéciaux et spécialisés des 3 pays intervenants (Foreign Office, Quai d'Orsay, Secrétariat d'Etat des USA). Si elles ne l'avaient pas été, c'est un syndrome collectif d'incompétence préoccupant à ce niveau. Si elles l'avaient été, préalablement à l'action de lobbying diplomatique et à l'intervention qui a suivi, c'est autre chose et alors il ne faut pas s'étonner du résultat. A noter que B.Obama et E.Macron ont porté, a posteriori, un jugement négatif sur l'intervention de 2011.

  • Par RODIER - 16/08/2017 - 18:52 - Signaler un abus à Shebear88

    Vous avez raison, c'est une conséquence de l'intervention occidentale de 2011. Mais, pour préciser les choses, les services (et les AE) "informent" les autorités politiques qui ensuite décident (et c'est bien normal dans une démocratie). Le problème réside dans le fait que ces mêmes autorités politiques ne tiennent pas forcément compte de ce qui leur a été fourni. A leur décharge, elles croulent sous les rapports parfois contradictoires. A plusieurs reprises, il a été noté des différences d'interprétation entre les AE et le Ministère des Armées dont dépend la DGSE. , On soupçonne souvent des "conseillers extérieurs" d'avoir plus d'influence que les professionnels. Mais, ne mettons pas tout sur le dos de BHL car s'il a pu influencer le président Sarkozy, il n'était pas derrière les Britanniques et les Américains. Merci de me lire. Alain Rodier

  • Par Shebear88 - 17/08/2017 - 08:49 - Signaler un abus à RODIER

    Merci de votre réponse monsieur Rodier. Sous votre contrôle encore, C'est tout de même N. Sarkozy qui avait réussi à obtenir de la Russie qu'elle renonce à mettre son veto à la résolution 1973, celle qui a dans les faits conduit à l'intervention et au renversement du régime libyen. Si le président de la République française a été influencé dans cette affaire par la personne que vous citez, son influence aurait donc été déterminante, au final, car la position haute et claire de la France sur ce dossier a pu influencer à son tour la position de ses alliés dans un moment perçu comme critique.

  • Par RODIER - 17/08/2017 - 11:05 - Signaler un abus a Shebear88

    vous avez sans doute raison mais je n'étais pas présent lors des entretiens de l'époque. Les choses sont généralement plus compliquées que l'on ne peut l'écrire. Mais je pense que c'est surtout Washington qui était à la manœuvre ayant gardé une sérieuse "dent" contre Kadhafi. Il n'a pas été très difficile de convaincre Londres et Paris qui on servi de bras armé à Washington (qui a fourni toute la logistique et les renseignements opérationnels nécessaires à la bonne marche des opérations). Quant aux autorités russes et chinoises, elles ont été bernées par les trois autres membres du Conseil de sécurité car la résolution n°1973 ne prévoyait pas un changement de régime mais une protection des populations et l'ouverture de négociations (entre autres; voir le texte intégral publié à l'époque par Le Monde);. Cordialement Alain Rodier

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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