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Brexit : comment un blocage du Parlement britannique transformerait de facto l'UE en prison institutionnelle

La cour suprême britannique a tranché, le parlement anglais va devoir trancher sur la question de la sortie de l'Union Européenne. Ces décisions paradoxalement montrent l'image d'une union anti-démocratique qui se rapproche d'une prison institutionnelle.

L'URSS, c'est maintenant

Publié le - Mis à jour le 27 Janvier 2017
Brexit : comment un blocage du Parlement britannique transformerait de facto l'UE en prison institutionnelle

Dans une décision rendue ce 24 janvier, la Cour suprême du Royaume Uni a indiqué que le déclenchement du Brexit ne pourrait avoir lieu avant un vote du Parlement. Si le retour à la souveraineté du Parlement était un enjeu essentiel aux yeux des "brexiters", en quoi un vote défavorable de ce dernier pourrait produire un effet contre-productif au niveau européen, laissant l'impression aux populations que l'Union européenne serait une prison "institutionnelle" ?

Edouard Husson : J'ai une lecture plus optimiste. L'enjeu de la souveraineté du Parlement est, paradoxalement, le dénominateur commun des deux camps: partisans comme adversaires du Brexit. Si les mots ne s'usaient pas aussi facilement, nous serions compris en disant que nous avons affaire à une culture authentiquement libérale, c'est-à-dire protectrice des libertés individuelles. Juges de la Cour suprême, parlementaires, simples citoyens sont tous attachés à la souveraineté du Parlement; les Ecossais protesteront du fait que leur propre assemblée n'est pas suffisamment partie prenante au processus de décision.

La souveraineté du Parlement était le deuxième sujet de préoccupation des partisans du Brexit, après l'immigration. Je fais le pari que partisans et adversaires du Brexit trouveront le chemin d'un vote intelligent, emmenés par cette femme sous-estimée, qui est en train de mettre fin au thatcherisme, Theresa May. Quand on connaît l'histoire britannique, on se dit qu'il est peu probable que le Parlement inverse le voeu populaire. Si nous étions en France, nous aurions à craindre une guerre de tranchée; mais dans la culture politique britannique, une forme de réalisme l'emporte toujours. Cela devrait être une leçon pour nous Français: la faiblesse du camp des souverainistes, en particulier après 2005, en France, est venue de ce qu'ils opposaient un exécutif national à un exécutif européen; la plus forte des deux l'a emporté. Alors qu'il est difficile de s'opposer à la puissance d'un débat parlementaire. Ajoutons, enfin, que l'avantage d'un débat parlementaire sera de donner une forme raisonnable aux revendication britannique. Au bout du compte, il se peut que la position britannique soit extrêmement solide grâce au filtrage parlementaire du vote populaire. 

En quoi ces successions de décisions, entre le référendum français de 2005, jusqu'au Brexit, produisent un effet paradoxal, entre des dirigeants se vivant comme les derniers véritables représentants de la démocratie libérale, et une perception d'enfermement antidémocratique perçu par les populations, allant même jusqu'à des comparaisons avec l'URSS ?

Les dirigeants occidentaux ont confisqué le "libéralisme" et la "démocratie". L'émotion suscitée par le Brexit ou par l'élection de Trump sont assez pathétiques dans la mesure où libéraux de droite et libéraux de gauche, qui se partagent le pouvoir depuis une quarantaine d'années ne se rendent même plus compte de ce qu'ils ont été incapables d'organiser un débat en leur sein, indispensable à la vie de la démocratie. Depuis la chute du Mur de Berlin, nos dirigeants, nos intellectuels se sont assoupis dans le confort douillet de la pensée unique. Ils ont préféré l'entre-soi, les sommets internationaux, les G20, la "supranationalité" à la fréquentation de leurs électeurs et à la confrontation avec la réalité de la Troisième révolution industrielle. Le débat s'est alors déplacé: au lieu de l'alternance raisonnable d'une droite et d'une gauche démocratique, nous avons vu s'installer un conflit entre "ceux d'en haut" et "ceux d'en bas". Le débat britannique m'intéresse dans la mesure où j'esprère beaucoup que les milieux dirigeants britanniques vont être capables de revenir à un débat entre une droite et une gauche à la fois modérées et efficaces, mettant fin, souhaitons-le, à la coupure entre l'élite et le reste de la société. De ce point de vue, la Grande-Bretagne nous offrirait une voie  authentiquement libérale entre le néo-gaullisme trumpien et le néo-bonapartisme poutinien. 

L'Union européenne a-t-elle encore les ressources pour parvenir à un retour de la confiance entre population et dirigeants ? Quelle sont les conditions de la réconciliation ? 

Je suis pour ma part très sceptique, précisément du fait du déficit parlementaire de l'Union Européenne. Le Parlement Européen n'exerce aucun contrôle véritable sur la Commission. Et les parlements nationaux sont marginalisés par rapport à leurs exécutifs, qui se réunissent en Conseil européen.  L'Allemagne aurait pu être le régulateur du système, grâce au pouvoir de contrôle du Bundestag sur l'engagement allemand dans le processus européen. Mais, depuis dix ans, la République Fédérale s'est dotée d'une chancelière qui cherche systématiquement à  escamoter le débat politique et aura gouverné deux tiers du temps avec une Grande Coalition. La confiance entre populations et dirigeants ne peut être rétablie que par le retour, partout, au parlementarisme et à la culture du débat politique. Rien de plus facile à mettre en place, si on en a la volonté, à l'âge du numérique et des réseaux sociaux. Mais vous remarquerez qu'au lieu de réhabiliter la discussion politique, de faire renaître le débat entre une droite et une gauche modérées, nos dirigeants, nos intellectuels, nos célébrités se lancent dans le conspirationnisme (Poutine est derrière tout ce qui se passe) et dans la traque des "fake news", nom moderne de la censure. Regardez, en France, un chemin alternatif pour ceux qui refusent aussi bien la bien-pensance euro-atlantiste que le Front National s'esquisse, mais  très laborieusement. J'aimerais bien que Fillon et Macron représentent les deux pôles d'un débat raisonnable au sein d'une classe dirigeante enracinée dans la société. Mais ils sont l'un comme l'autre prisonniers d'une organisation européenne inadaptée à l'ère des réseaux sociaux et de la révolution numérique, qu'ils ont du mal à repenser de fond en comble. Du coup ils laissent un boulevard, celui de l'électorat populaire, à Marine Le Pen. 

 
 
 
Commentaires

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  • Par cloette - 25/01/2017 - 09:39 - Signaler un abus Le parlement

    Il ne bloquera pas ! Car il respecte la démocratie qui n'est pas un gros mot !

  • Par vangog - 25/01/2017 - 11:48 - Signaler un abus Le fascisme (socialiste), c'est maintenant!

    Déficit parlementaire de l'UE? Prison institutionnelle? Mépris du vote populaire (Oooooooh, populiste!)? Cette UE a été créée par les Mitterrand-Delors-Lamy-Giscard, sur l'exemple institutionnel français, et tout en laissant les Allemands contrôler la BCE et financer leur lebensraum réunificateur, grâce à l'Euromark fort...ces gauchistes (oui!oui! Giscard-Festin inclus!) avaient tout compris, en matière d'oligarchie europeiste. Ils ont donné le pouvoir aux technocrates, aux lobbyistes des banques-multinationales et à l'internationale-écologiste, tout en excluant tout recours populaire (Re-Ooooooooh, populiste!), car "le peuple vote mal, en général, mon Général!". Les gauchistes europeistes ont fondé une dictature mal-éclairée, dont les résultats ne se sont pas fait attendre, en matière de chômage, de croissance et d'ouverture à tous les vents mauvais de l'islamisme...défaisons vite cette construction malsaine, avant qu'elle ne nous entraîne dans l'abîme! La solution douce et raisonnée de sortie de l'Euro, d'éviction des gauchistes de la CEDH, d'affeanchissement des directives europeistes, prônée par Marine Le Pen, est la seule possible, afin d'éviter la chute finale...

  • Par Deneziere - 25/01/2017 - 13:36 - Signaler un abus Mais bien sûr...

    En gros, pour ce Monsieur Husson, les débats parlementaires ne sont bons que quand ils valident son opinion. Et un parlement doit obligatoirement entériner la démagogie. Bravo. Un article qui montre à point nommé la démission intellectuelle des élites dont le contributeur fait partie. Le boulot du parlement est de conduire des débats de spécialistes posés, qu'on ne peut pas avoir dans une campagne électorale. C'est aussi pour cela qu'on a inventé la démocratie parlementaire. Là dessus, le référendum est à la démocratie ce que la tarte à la crème est à l'humour. Un truc qui fait plaisir deux minutes au gros beauf populo bas du front. Mais après il faut nettoyer.

  • Par vangog - 25/01/2017 - 14:27 - Signaler un abus @Deneziere Réponse du gros beauf populo bas du front!

    (Si! si! Je le prends à mon compte)...lorsqu'un parlement ou un Politicien élu ne valide pas une décision référendaire populaire, il démissionne! c'est ce qu'avait fait, fort justement, De Gaulle, le 27 avril 1969, après le refus populaire (Ooooooh populiste!) de son projet de régionalisation et de réforme sénatoriale. comment rester, après un tel désaveu populaire? (La suite, et l'échec de la décentralisation UMPSECOLOCOCO a donné raison au peuple, mais retour en arrière impossible!) Manifestement, cela ne vous ferait pas peur de rester élu inamovible, même après avoir été désavoué par le peuple, ces bas-du-front...même pas honte!

  • Par superliberal - 25/01/2017 - 17:16 - Signaler un abus L'UE anti-democratique ?

    Pour le coup ça serait plutôt le parlement anglais qui serait anti-démocratique.

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Edouard Husson

Edouard Husson est historien. Ancien vice-chancelier des universités de Paris, ancien directeur général d'Escp Europe, il a fait ses études à l'Ecole normale supérieure et à Paris Sorbonne, dont il est docteur en Histoire. Edouard Husson a été chercheur à l'Institut für Zeitgeschichte de Munich (1999-2001) et chercheur invité au Center For Advanced Holocaust Studies de Washington (en 2005 et 2006). Il a également été fait docteur honoris causa de l'Académie de Philosophie du Brésil (Rio de Janeiro) pour l'ensemble de ses travaux sur l'histoire de la Shoah.

Il est aussi vice-président de l'université Paris Sciences et Lettres (www.univ-psl.fr)

 

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