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BCE : des milliards d'euros injectés dans l'économie pour rien ? Pourquoi l'OCDE se trompe en pensant que l'Europe est dans une trappe à liquidités

Depuis plusieurs années maintenant, la BCE a largement participé à la régression de l’intégration économique et financière du continent européen. Il y a bien loin le temps des promesses d'une situation économique et monétaire optimale...

Quand y en a plus, y en a encore

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BCE : des milliards d'euros injectés dans l'économie pour rien ? Pourquoi l'OCDE se trompe en pensant que l'Europe est dans une trappe à liquidités

Dans ses dernières perspectives économiques, l’OCDE nous dit qu’il faut faire quelque chose pour l’activité mais (en bonne logique nomenklaturiste) qu’il ne faut pas passer par l’instrument monétaire "déjà très utilisé" et un peu suspect. Toujours cette logique d’une confiance qui reviendrait sans trop se mouiller, par la magie de réformes floues, non financées et dont personne ne veut (définition d’une réforme structurelle : elle est toujours indispensable… pour les autres).

La politique monétaire va tantôt aider les Etats (quelle horreur !), tantôt créer des bu-bulles, tantôt (et tant pis si c’est contradictoire) tomber dans une trappe à liquidités

Petite parenthèse polémique sur cette pseudo trappe qui alimente souvent le fatalisme, ce que j’appelle l’aquoibonisme monétaire : selon Keynes, les agents arbitrent, dans la répartition de leur portefeuille, entre la détention d'obligations (actif risqué, le cours varie en fonction inverse du taux d'intérêt) et la détention de monnaie (actif non risqué). Lorsque le taux est faible, les agents prévoient qu'il va augmenter et veulent donc détenir de la monnaie. Il existe alors un taux pour lequel la demande de monnaie est infiniment élastique, où les agents pensent tous que le taux va augmenter, et leur préférence pour la liquidité est alors absolue : une politique monétaire de baisse de taux devient inefficace. Mais cela ne colle pas du tout avec les faits actuels. De nos jours, les arbitrages sont plus complexes, et les obligations souvent détenues jusqu’à leur maturité ou presque dans une optique assez peu risquée. Les fonds monétaires sont en décollecte nette depuis 2008, alors que sur l’obligataire, on doit refuser du monde (je travaille dans la salle des marchés d’une compagnie d’assurance, au moins sur ce point je sais de quoi je parle !) ; des mesures de contingentement des fonds généraux commencent à être prises un peu partout, en ligne avec des OAT 10 ans à 0,4%. Et, de toute façon, la politique monétaire ne consiste pas à faire baisser les taux, on peut même soutenir qu’une détente monétaire qui vise à ranimer les anticipations d’inflation fait tout pour faire montrer les taux nominaux. La vision en termes de trappe à liquidité s’appliquerait si la Banque centrale était incapable de choquer les valeurs nominales et les marchés, ce qui n’est manifestement pas le cas ; les marchés, depuis 2008, ne regardent plus que les banquiers centraux (et Roland Garros, à la rigueur, entre deux averses). La politique monétaire est toujours efficace, Milton Friedman l’avait montré même pour les années 1930, à condition toutefois d’être utilisée avec détermination par des gens à peu près compétents, et à condition de ne pas être contrariée par des chocs dans l’autre sens, réglementaires ou budgétaires ; suivez mon regard.   

Un point amusant, tout de même, dans la présentation des travaux de l’OCDE commise par la chef économiste, Catherine Mann : la dernière partie est basée sur la jolie idée "d'honorer les promesses faites". Je dis BRAVO, mais pas avec la même logique que celle de la très diplomatique OCDE. Récapitulons en effet les promesses :

1/ La plus grande promesse n'était-elle pas celle d'une inflation proche des 2%/an ? Elle n’est, certes, pas inscrite dans le Traité (qui ne parle que de la vague "stabilité des prix"), mais elle irrigue toute la communication de la BCE depuis des années, c’est l’ancre nominale, c’est la cible ; Jean-Claude Trichet affirmait en boucle que l’indice des prix à la consommation était sa "seule boussole", il a monté les taux et provoqué une énorme récession quand l’indice a fait mine de dépasser très temporairement la barre, et Mario Draghi a maintes fois souligné les dangers existentiels et financiers d’anticipations d’inflation qui sortiraient de ce cadre. Ai-je besoin de rappeler que le monde réel est très éloigné et s’éloigne sans cesse de cette promesse BCE ?

Ci-dessous, la mesure officielle. On va nous rétorquer que c’est lié au pétrole (trois années de suite, mon œil…), je pourrais rétorquer par l’inflation sous-jacente, ou par le cinq ans dans cinq ans (plus bas), ou même par l’enquête BCE sur les anticipations. Anyway, on se japonise à toute vitesse, pendant que le Board à Francfort psalmodie sur l’absence de déflation à tout moment et dans tous les pays de la zone, et pendant que le staff se ridiculise tous les mois dans ses prévisions politisées.

 

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 07/06/2016 - 00:30 - Signaler un abus Pas mal...assez convaincant!

    Mais on aimerait que les solutions soient développées sur plus d'un paragraphe. Sur la façon qu'ont les banquiers centraux de réparer indéfiniment les défauts de leurs politique ( en en générant de nouvelles), on connait...cette comédie dure depuis 2008. Et elle a suffisamment duré. Va-t-il falloir que les populistes prennent le pouvoir pour changer cette politique monétaire morbide? ( oh oui! Oh oui!) . Avant d'arriver à cet extrême ( ouuuuuh!), pourquoi ne pas proposer un mix-monetaire? Un peu d'annulation des dettes ( la moitié...), un peu de dévaluation, un peu de monnaie hélicoptère finançant... Allez, je me lance...un grand projet européen numérique, reparti sur les 28 pays, avec embauche de centaines de milliers de jeunes travaillant sur...des génériques des grandes entreprises américaines du numérique qui vampirisent l'UE...et des projets créatifs, en parallèle...non? La relance hélicoptère! Non, non, je ne blague pas!

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Mathieu Mucherie

Mathieu Mucherie est économiste de marché à Paris, et s'exprime ici à titre personnel.

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