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Bataille rangée autour d'un cercueil : quand la gauche se suicide à coups de primaire plutôt que de livrer le seul combat qui pourrait la sauver

En se déchirant autour de la primaire, la gauche commet une erreur historique, elle qui devrait renouveler ses différents logiciels idéologiques aujourd'hui dépassés. La bonne santé de notre démocratie en dépend.

Voyage en absurdie

Publié le - Mis à jour le 2 Décembre 2016
Bataille rangée autour d'un cercueil : quand la gauche se suicide à coups de primaire plutôt que de livrer le seul combat qui pourrait la sauver

Atlantico : Comme en témoigne la primaire de la gauche, le PS semble aujourd'hui incapable de trancher entre les différentes idéologies qui le scindent. N'aurait-il pas dû, pourtant, le faire lors de son dernier congrès à Reims ? Les principaux logiciels de la gauche ne sont-ils pas remis en question aujourd'hui ?

Jean Garrigues : Trois logiciels constituent les socles de la gauche. Ces trois logiciels sont effectivement remis en cause aujourd'hui. Il s'agit d'enjeux de fonds, et leur remise en question est susceptible d'entraîner une recomposition biologique de la gauche. Si on prend le modèle des classes moyennes et de leur reconquête, le challenge est compliqué. Il me semble qu'une partie des classes moyennes est convertie à l'évolution néo-libérale du Parti cocialiste. C'est là qu'il y a du grain à moudre. Ces classes moyennes ont besoin d'être rassurées sur les questions sécuritaires et identitaires.

Cela tend à justifier, me semble-t-il, les choix et les options prises par Manuel Valls et qui l'éloignent de la gauche de la gauche (que l'on sait très réticente à l'idée d'un type de société qui ne répondrait pas aux consignes droit-de-l'hommistes). C'est un point qui n'est pas négligeable.

Sur le terrain de la compatibilité entre le social-libéralisme et la croissance quasi-nulle qui est la nôtre, il m'apparaît important de préciser que le social-libéralisme, aujourd'hui défendu par François Hollande et Manuel Valls, n'est susceptible de fonctionner qu'en période de forte croissance. Sans cette forte croissance, la redistribution n'est plus possible. Une reformation du logiciel idéologique du PS sur cette question pourrait être incarnée par le volontarisme économique d'Arnaud Montebourg. Il y a dans son projet cette idée de la relance productive. Celle-ci passe par une remise en question des contingences de l'Union européenne, c'est-à-dire par les pressions de la Commission et des structures européennes sur notre développement économique. 

Enfin, la question du progrès technique est centrale, et pas uniquement pour la gauche. C'est la question de la robotisation et de la numérisation de la production économique. L'idée du progrès technique est consubstantielle de l'histoire de la gauche depuis le XIXe siècle. Elle peut être intégrée au discours productiviste tel que le conçoit un Arnaud Montebourg, et à l'inverse aussi par l'apôtre de l'uberisation et des start-up qu'est Emmanuel Macron. C'est l'idée de la libéralisation des énergies productives. En même temps, on voit bien qu'il y a tout un courant du côté de la gauche écologiste qui remet en question le productivisme, qui réfléchit à la croissance zéro voire même au concept de décroissance. Ce sont des débats de fond qui n'ont pas été tranchés. On ne voit pas de ligne claire et commune sur ces enjeux. Elles sont donc abordées par des angles biaisés, comme le volontarisme productif, ou le revenu universel de Benoît Hamon, qui est une sorte de solution à l'inévitable rétrécissement du périmètre de l'offre de travail. On voit bien que sur ces trois champs, il n'y a ni unité, ni convergence, ni réflexion de fond. Finalement, les réflexions ne se font aujourd'hui que sur des enjeux assez marginaux comme le maintien du code du Travail et l'âge de la retraite, autrement dit des problématiques qui sont presque dépassées par rapport aux enjeux futurs.

Paul-François Paoli : La gauche est dans un état de liquéfaction idéologique notamment parce qu'elle n'a plus d'ennemi alors qu'historiquement elle en a toujours eu. La gauche historiquement en France, et notamment la gauche socialiste, s'est construite contre un capitalisme brutal, celui de la fin du XIXe siècle. Elle s'est aussi constituée contre le cléricalisme et pour la laïcité. Ces combats, historiquement, ont été gagnés depuis longtemps notamment grâce à la protection progressive des salariés qui ont obtenu des droits historiques durant le Front populaire puis après la Libération. Ce qui explique aussi que la gauche s'est progressivement désintéréssée du monde ouvrier et qu'elle a perdu peu à peu le contact avec lui, surtout depuis l'effondrement du Parti communiste. Pendant longtemps, elle a représenté un principe d'alternance au capitalisme libéral à travers son projet social-démocrate. Mais depuis les années Mitterrand et notamment son deuxième septennat, ce projet est en panne, en partie parce que la gauche a rallié le projet européiste libéral.

D'une certaine manière, la vraie gauche commence à Arnaud Montebourg qui conteste l'évolution actuelle du PS et veut revenir à des fondamentaux de la social-démocratie : le rôle moteur accordé à l'Etat et aux syndicats. Pour autant, son projet manque de crédit. On ne peut être libertaire sur le plan de l'évolution des mœurs et refuser le libéralisme économique qui procède aussi d'une forme d'individualisme sociétal. La gauche se meurt d'une insoluble contradiction entre sa nostalgie du collectivisme et ses valeurs hédonistes issues de Mai 68. Elle a perdu le contact avec les classes populaires et les classes moyennes qui se sentent menacées par la mondialisation votent de plus en plus à droite, notamment pour le FN, même si celui-ci ne se dit ni de droite ni de gauche.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 30/11/2016 - 09:29 - Signaler un abus Ah, les logiciels gauchistes!

    À la jaille, et vite! excepté Melenchouille-la-fripouille, je ne vois personne capable d'incarner une vision présidentielle. Macron est une baudruche créée par le Bilderberg médiatique pour tenter de promouvoir un candidat de la grande famille...ah, orgueil! Ils n'ont pas encore compris que les Français en avaient plus qu'assez des communautarismes de tous poils qui manipulent leur pantin pour leur propre sauvegarde? Je commence de plus en plus à croire que lorsque la baudruche Macron-bilderberg sera dégonflée, Melenchouile emportera la mise, et réunira peut-être plus que les 4 millions d'electeurs de Fillon...

  • Par lafronde - 30/11/2016 - 09:58 - Signaler un abus Le logiciel de la Gauche c'est le Progressisme !

    Notre régime actuel dans l'Union européenne, c'est la social-démocratie, avec des archaïsmes socialistes dans les pays du Club Med (dont la France). Ces régimes sont fondés sur les principes du Progrès par la Législation, et du "divide ut regnes" ou coalition de minorités. Les avatars historique du progressisme ont été le Communisme "progrès par la Lutte des classes" et son cousin le Fascisme "tout dans l'Etat, tout par l'Etat, rien contre l'Etat", et leur frère raciste le Nazisme "progrès par la lutte des races". Avant eux notre grande Révolution avait délivré sont lot de progressisme, au besoin par la force des baïonnettes, si ce n'est l'échafaud. La Législation de l'UE est normative : CEDH et tous ses droits-créances payables par les citoyens-contribuables des pays de l'UE. Ici réside la motivation du Brexit. F. Fillon a déclaré au Figaro qu'il serait prêt à quitter la CEDH pour que la France soit souveraine sur l'immigration. Confirmera-t-il cette déclaration durant la campagne ? La mettra-t-il en oeuvre par son Gouvernement ? Il est certain que le lobby progressiste compte la Gauche entière plus le Centre complet UDI plus centristes de LR tendance Juppé-NKM-Raffarin.

  • Par Ganesha - 30/11/2016 - 10:29 - Signaler un abus Le choix de Hollande

    Comment les livres d'histoire décriront-ils les douze dernières années que vient de vivre l'Europe ? Je pense que nous disposons de suffisamment de recul pour donner une réponse simple et claire : pouvoir absolu d'Angela Merkel, qui a emmené notre continent dans un gouffre de malheur et de désunion. La seule question que je me pose, c'est la connaissance que François Hollande pouvait avoir de la situation réelle, le jour de son discours du Bourget. En tout cas, les autres chefs d'État européens ont dû le mettre au courant dès leur première réunion à Bruxelles. Le rôle qui s'offrait alors à lui était celui du petit général français Charles de Gaulle, le 18 Juin 1940 à Londres. Pourquoi s'est il effondré ? Pourquoi n'a-t-il pas démissionné, ou dissout l'Assemblée après un ou deux ans ? Il a préféré, comme Pétain, se vautrer dans la kollaboration la plus infamante. Si François Hollande pouvait vraiment nous exprimer aujourd'hui sa pensée, il nous dirait : français, élisez Marine Le Pen ! C'est une extrême urgence !

  • Par lasenorita - 30/11/2016 - 11:23 - Signaler un abus Les gauchistes sont des criminels.

    Pour les gauchistes ce qui est le plus important,pour eux,est d'IMPOSER leurs idées: Staline et Lénine supprimaient les ''opposants''.. En 1959,je faisais remarquer à un gauchiste que les fellouzes torturaient et tuaient des ''civils innocents'': des non-musulmans et des musulmans qui ne les approuvaient pas! Ce gauchiste m'a répondu: ''On ne peut pas faire d'omelette sans casser des oeufs'' ce qui prouve que la vie des êtres humains n'a pas d'importance pour ''la gauche''..D'ailleurs le F.L.N.(socialiste),qui gouverne en Algérie, emprisonne, torture, tue, et tire ''à balles réelles'' sur ceux qui osent manifester contre son régime! ..''Au temps heureux des colonies'' les musulmans ne fuyaient pas leur pays comme ils le font maintenant!..

  • Par GP13 - 30/11/2016 - 12:03 - Signaler un abus Effondrement, évacuation, reconstruction

    Il faudra attendre 2017 pour que le socialisme et ses satellites connaissent un effondrement définitif qui rendrait impossible qu'une télé publique comme FR3 ose rendre un hommage à Fidel Castro. Après l'effondrement il faudra évacuer les déchets et gravats. La reconstruction se fera avec les matériaux neufs qui se trouvent dans les carrières Modem, UDI, entre autres. Comment imaginer qu'une telle évolution soit susceptible d'altérer la démocratie ?

  • Par Ganesha - 30/11/2016 - 12:18 - Signaler un abus Fillomania

    Cloette, ''l'élection'' de François Fillon ce dimanche a eu sur ''les gens de droite'' le même effet que quelques bons ''rails'' de cocaïne bien pure ! C'est l'euphorie, ils planent sur leur petit nuage. Certains affirment même : ''Mes pulsions homosexuelles ont disparu !''. Mais attention, après, il y a la ''descente'', et là, cela peut être très dur à vivre... Les français ont fini par rejeter le clown Sarko. La ''Fillomania'' ne sera, à l'évidence qu'un feu de paille !

  • Par Texas - 30/11/2016 - 13:24 - Signaler un abus Même point de vue que la fronde

    Le Corpus idéologique du Socialisme a évolué et même gagné du terrain . Le Relooking a pour noms : Social-Libéralisme , Social-Démocratie , Globalisme , Environnementalisme avec son cortège de COP 21 , d' intégration ( Inclusive pour les Anglo-Saxons ) , de régulations , de contrôles , si bien qu' il sera très difficile désormais de s' y opposer .

  • Par zouk - 30/11/2016 - 14:10 - Signaler un abus Mêlée de Gauche

    Jean Jaurès et Fr. Mitterand s'en retournent dans leurs tombes. Ganesha se trompe, le peuple de France a retrouvé le bon sens.

  • Par jurgio - 30/11/2016 - 16:58 - Signaler un abus En effet, l'idéologie de gauche, une entreprise de démolition

    qui s'est construite sur des gravats mais qui n'a jamais trouvé d'autres matériaux pour rebâtir. La Gauche, depuis tout ce temps, s'est maintenue à flot en s'opposant à tout ce qui risquait de la ruiner. Elle s'est tout permis : de l'emprisonnement à l'assassinat, du mensonge au blasphème. Une métastase purulente dont l'économie mondiale finira par avoir raison.

  • Par edac44 - 01/12/2016 - 00:34 - Signaler un abus @lasenorita : .''Au temps heureux des colonies'' !...

    .''Au temps heureux des colonies'', dites-vous ??? les "bons blancs bien franchouillards" avaient le droit de vie ou de mort sur leurs sales bougnoules d'esclaves musulmans !... A force de faire "suer le burnous" pour pas un sou, les bons blancs pieds noirs ont fini par se faire sortir à grands coups de pompes dans le cul !... l'effet boomerang en quelque sorte !... Et soixante ans plus tard, vous êtes encore nostalgique de vos crimes !... qu'on se rassure, vous et vos semblables encore vivants, vous allez bien finir par mourir !...

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Jean Garrigues

Jean Garrigues est professeur d'histoire contemporaine à l'université d'Orléans et président du Comité d'histoire parlementaire et politique. Il a notamment publié l'Histoire secrète de la corruption sous la Vème République (Nouveau Monde éditions, 2014), La République des hommes d'affaires 1870-1900 (Aubier, 1997), Le Général Boulanger (Perrin, 1999), Les Patrons et la politique. De Schneider à Seillière (Perrin, 2002) et La France de la Vème République (Armand Colin, 2009). Son dernier ouvrage " Chaban. L'ardent" (La Documentation française).  

 

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Paul-François Paoli

Paul-François Paoli est l'auteur de nombreux essais, dont Malaise de l'Occident : vers une révolution conservatrice ? publié chez Pierre-Guillaume de Roux en 2014, et de Pour en finir avec l'idéologie antiraciste en janvier 2012. Il a aussi écrit Quand la gauche agonise à paraître le 25 janvier 2016.

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