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Accord de cessez-le-feu à Gaza : le calme avant une nouvelle tempête

Un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas a été approuvé. Serait-ce là, à terme, un moyen de résoudre la crise humanitaire dans Gaza ?

Long chemin vers la paix

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Accord de cessez-le-feu à Gaza : le calme avant une nouvelle tempête

 Crédit MAHMUD HAMS / AFP

Atlantico : Le cabinet de sécurité israélien a approuvé un accord de cessez-le-feu entre Israël et le Hamas. Serait-ce là, à terme, un moyen de résoudre la crise humanitaire dans Gaza ?

 
Roland Lombardi : Il faut rester prudent : l’accord sur un cessez-le-feu de longue durée entre Israël et le Hamas n’a reçu, pour l’instant, qu’une approbation de principe des ministres du cabinet de sécurité. Par ailleurs, le Premier ministre israélien Netanyahou et son ministre de la Défense Lieberman rencontrent déjà des oppositions dans leur camp. En effet, la ministre de la Justice, Ayelet Shaked et surtout, le ministre de l’Education, Naftali Bennet, qui est le leader du parti nationaliste religieux, le Foyer juif, ont d’ores et déjà annoncé qu’ils s’opposeraient à toute signature d’accord avec le groupe terroriste palestinien.
De plus, une acceptation de la Knesset sera nécessaire et Netanyahou devra alors user de tout son talent d’animal politique pour ne pas faire éclater sa coalition gouvernementale et que ne soient pas organisées des élections anticipées… à moins qu’en vieux routier de la politique, estime-t-il que, paradoxalement, c’est peut-être finalement le meilleur timing et le scénario le plus propice pour lui actuellement, qui sait ?
 
Du côté palestinien, il va y avoir aussi des blocages mais j’y reviendrai plus loin.
 
En attendant, pour en revenir à l’accord proprement dit et à ses conséquences, même si pour l’heure il n’est pas encore totalement finalisé et que les détails ne sont pas encore connus, il semblerait que cette trêve a l’ambition d’être à terme un véritable accord de paix pour une durée de cinq ans. Bien entendu, les buts principaux du contrat prévoiraient une amélioration des conditions humanitaires à Gaza où la situation est catastrophique notamment concernant l’eau potable. Le risque de pénurie grandit chaque jour un peu plus. 
 
Mais attention, rétablissons certaines vérités : ce chaos est la conséquence moins des actions et du blocus d’Israël, qui rappelons-le a évacué unilatéralement Gaza en 2005, que de l’impéritie, des choix (achats d’armes, constructions de tunnels, détournements des aides internationales à des fins militaires…) et de la corruption généralisée du Hamas, qui a pris le pouvoir dans l’enclave palestinienne en 2007 ! Et ça, les Gazaouis en sont de plus en plus conscients…
Alors dans un premier temps, l’accord serait conditionné par l’arrêt immédiat des émeutes à la frontière et la fin de l’envoi des cerfs-volants incendiaires. Le passage israélien de Kerem Shalom sera rouvert ainsi que celui de Rafah avec l’Egypte.
 
Dans un second temps, si le cessez-le-feu s’avérait solide, l’Etat hébreu faciliterait l’importation et l’exportation de marchandises de Gaza et la fourniture d’électricité par Israël serait grandement améliorée.  In fine, les constructions d’un port dans la ville égyptienne d’Ismaëlia (ou à Chypre), d’un aéroport et d’une centrale électrique dans le Sinaï, sont également prévues. Une « reconstruction » générale de Gaza serait alors planifiée et financée principalement par le Qatar.
 
Par ailleurs, Avigdor Lieberman, sous les conseils des services sécuritaires israéliens, envisagerait de lever certaines restrictions, le desserrement du blocus et l’élargissement de la zone de pêche à 17 km des côtes au lieu des 5,6 km aujourd’hui.
 
Cependant, ce beau projet nécessite le soutien de l’Autorité palestinienne et du Jihad islamique et ça c’est une autre histoire…
 
Enfin, la dernière pierre d’achoppement et la grande inconnue restent les échanges de prisonniers et des corps de deux soldats tués en 2014 ainsi que la libération de deux Israéliens capturés par le Hamas…
 

La réouverture du passage de Kerem Shalom, est-il à interpréter comme un signe d'apaisement dont le succès serait à attribuer aux Nations unies et à l'Egypte ? 

 
Pour les Israéliens, rouvrir le passage de Kerem Shalom est un « geste humanitaire ». Ce n’est pas le premier. C’est pour l’heure, un gage de bonne volonté de la part de Jérusalem. Mais le succès plus globale de cet éventuel accord est moins celui de l’ONU, qui est certes à l’origine du programme de réhabilitation de l’enclave palestinienne, que celui du Président égyptien Sissi, dont on parle peu.
 
Permettez-moi d’ailleurs ici d’ouvrir une petite parenthèse. Il y a quelques semaines un grand think tank français publiait une description peu flatteuse du dictateur égyptien. On pouvait y lire : « L’Égypte rêvée de Sissi n’est néanmoins plus que l’ombre d’elle-même, trop engluée qu’elle est dans sa crise structurelle pour projeter une puissance digne de ce nom au-delà de ses frontières. Le rôle secondaire du Caire dans la Libye voisine et son incapacité à déterminer le destin de Gaza en sont des rappels sévères ». Quelle clairvoyance !
 
Il est vrai que l’auteur de ce portrait véritablement à charge, « éminent connaisseur du Moyen-Orient », n’est pas connu pour son objectivité, son honnêteté intellectuelle et encore moins pour la justesse de ses analyses. En effet, ce professeur, qui avait malheureusement l’oreille de l’ancien ministre des Affaires étrangères Fabius, nous annonçait dès le début de la crise syrienne en 2011, qu’Assad ne tiendrait pas quinze jours… Je ferme la parenthèse.
 
Donc dans le monde réel, c’est bien le Président Egyptien qui est la clé de voûte du futur accord entre le Hamas et Israël. Comme je l’écrivais déjà en mai dernier , Sissi est, depuis 2013, très impliqué dans la résolution du conflit israélo-palestinien. Depuis le printemps dernier et le retour des violences à Gaza et des affrontements entre l’Etat hébreu et le mouvement islamiste, Le Caire, en raison de ses contacts avec Jérusalem, Ramallah et Gaza, a usé de tout son poids, en envoyant des émissaires sur zone ou en recevant des représentants du Hamas et d’Israël au Caire, dans le but d'éviter une escalade de la violence qui deviendrait incontrôlable.
 
 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 17/08/2018 - 11:15 - Signaler un abus Bravo la technique

    et le gogol de service: "Le temps est venu pour Benjamin Netanyahou de rendre l’appareil au Président américain " !!!!!!!! rendre le coupe frite qu'il avait volé à Trump sans doute?

  • Par Marie-E - 17/08/2018 - 11:22 - Signaler un abus Excellent article

    Un petit souci dans le texte : rendre la pareille au lieu de rendre l'appareil. Sinon le but du Hamas et celui de l'AP est le même avec des moyens différents : ils ne veulent pas d'Israël. Et personnellement je ne souhaite pas que Hamas et AP se réconcilient sur le dos d'Israël et qu'ils exigent une voie qui coupe Israël comme s'il n'y avait pas assez d'attentats

  • Par kelenborn - 17/08/2018 - 11:58 - Signaler un abus Marie-E

    Ce n'est que enième exploit de celui ou (pire) de ceux qui font les mises en page! Atlantico fait du social!

  • Par Marie-E - 17/08/2018 - 12:42 - Signaler un abus bonjour Kelenborn

    j'ai toujours du mal, ca me fait mal aux yeux meme si je ne suis pas la derniere a faire des erreurs... d etourderie ... mais mon oncle etaitredacteur en chef d'un journal et petite j'ai passe beaucoup de temps ( pendantmes vacances) avec les types ... les Une, les lettres, c'etait magique pour moi

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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