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Abu Bakr al-Baghdadi, le chef djihadiste qui fait passer Ben Laden pour un enfant de chœur

Personne ne peut affirmer l'avoir croisé, et pourtant il étend son pouvoir sur l'est de la Syrie et le Nord de l'Irak. Portrait d'un sel-made man du djihadisme.

Portrait

Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2014
 Abu Bakr al-Baghdadi, le chef djihadiste qui fait passer Ben Laden pour un enfant de chœur

Abu Bakr al-Baghdadi, commandant de l'Islamic State in Iraq and the Levant (ISIL). Crédit Reuters

Atlantico : Aucune image récente n’est connue de lui, et pourtant Abu Bakr al-Baghdadi  se trouve à la tête de 10 000 à 20 000 hommes en passe de créer un califat islamique en Irak. De simple djihadiste au début de l’invasion américaine en 2004, comment est-il parvenu à se hisser à la tête d’une véritable armée, alors que même Ben Laden à sa plus grande époque ne contrôlait pas autant d’hommes ?

Fabrice Balanche : al-Baghdadi prospère dans une région ravagée par la guerre civile depuis plus de dix ans maintenant, dans laquelle les sunnites se  sentent marginalisés par le président Nouri al-Maliki ainsi que par l’irrédentisme kurde. Les Etat-Unis ont essayé de contrecarrer cela par la technique de la contre-insurrection ; le général Petraeus notamment avait tenté de retourner des tribus sunnites contre ce groupe. L’échec de cette politique est dû en partie à Maliki, qui a mené une politique d’ostracisme à l’égard de cette région.

La crise syrienne a aussi profité au groupe,  qui dès la fin de l’année 2013 était très présent dans l’est du pays. C’est à partir de ce moment qu’on s’est rendu compte que ce mouvement prospérait, ce qui a attiré des djihadistes, dont des jeunes européens. Ce succès s’explique par les financements en provenance d’Arabie Saoudite, dont l’objectif est de briser l’axe pro-iranien entre le Hezbollah, la Syrie, l’Irak de Maliki et Téhéran. Il suffit de regarder son lieu d’implantation à la charnière de l’Irak et de la Syrie pour comprendre que le plan est effectivement appliqué. Les Saoudiens peuvent ainsi y envoyer leurs indésirables que sont les prisonniers et les candidats au djihad, que naturellement ils préfèrent ne pas avoir chez eux.

A ce jeu géopolitique extrêmement dangereux la Turquie a également pris part, en appuyant dans le nord ce qui s’appelait Al-Nosrah. Puis le groupe s’est séparé, et désormais l’EIIL et Al-Nosrah se battent entre eux.

Après la destruction de la base Al-Qaïda en Afghanistan, on se doutait qu’une lutte aurait lieu pour le leadership du groupe. Ben Laden avait obtenu sa légitimité par le 11 septembre, il était donc prévisible que les potentiels successeurs allaient rivaliser de violence pour s’imposer. Le successeur direct de Ben Laden, Al-Sawahiri, n’est pas un guerrier, il est vieux, et il change de lieu de résidence tous les deux jours pour échapper aux drones américains. Abou Moussab al-Zarqaoui aurait pu faire l’affaire, mais il a été tué en 2006. Al Baghdadi est un homme féroce, qui pour progresser élimine ses adversaires. C’est ainsi qu’il est arrivé là où il est.

Alain Rodier : Le mouvement ne date pas d’hier, à l’origine il se nommait l’Etat islamique d’Irak, et avait été créé en 2004 par Abou Moussab al-Zarqaoui à la suite de l’invasion américaine en 2003. Peu à peu, des officiers et des militaires de carrière de l’armée irakienne ont rejoint le mouvement, car rejetés par le pouvoir chiite installé par les Américains. Lorsque la guerre en Syrie a été déclenchée, Baghdadi ne s’y est par rendu en personne, il a envoyé celui qui aujourd’hui est à la tête du Front Al-Nosra, Abû Muhamad al-Jûlânî. Ce dernier a ensuite rompu son allégeance envers Baghdadi.

 
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Fabrice Balanche

Fabrice Balanche est Visiting Fellow au Washington Institute et ancien directeur du Groupe de Recherches et d’Etudes sur la Méditerranée et le Moyen-Orient à la Maison de l’Orient.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur en 2015 de "Grand angle sur les mafias" et de " Grand angle sur le terrorisme" aux éditions UPPR (uniquement en version électronique), en 2013 "le crime organisé du Canada à la Terre de feu", en 2012 "les triades, la menace occultée", ces deux ouvrages parus aux éditions du Rocher, en 2007 de "Iran : la prochaine guerre ?" et en 2006 de "Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme" aux éditions ellipse, Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier "la face cachée des révolutions arabes" est paru chez ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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