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Pourquoi, contrairement aux années 2000, les nouvelles start-ups digitales sont parties pour durer
Publié le 10 février 2014
"Lorsque la bulle Internet a explosé à la fin des années 1990, il a fallu 10 ans pour rassurer les esprits", a déclaré Marc Andreessen, cofondateur de Netscape à The Economist. Néanmoins, selon le journal, les bases du boom entrepreneurial d’aujourd’hui dans le domaine digital sont bien plus solides qu’avant.
Erwan le Nagard est spécialiste des réseaux sociaux. Il est l'auteur du livre "Twitter" publié aux éditions Pearson et, Social Media Marketer. Il intervient au CELSA pour initier les étudiants aux médias numériques et à leur utilisation.
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Erwan le Nagard est spécialiste des réseaux sociaux. Il est l'auteur du livre "Twitter" publié aux éditions Pearson et, Social Media Marketer. Il intervient au CELSA pour initier les étudiants aux médias numériques et à leur utilisation.
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"Lorsque la bulle Internet a explosé à la fin des années 1990, il a fallu 10 ans pour rassurer les esprits", a déclaré Marc Andreessen, cofondateur de Netscape à The Economist. Néanmoins, selon le journal, les bases du boom entrepreneurial d’aujourd’hui dans le domaine digital sont bien plus solides qu’avant.

Atlantico : "Lorsque la bulle Internet a explosé à la fin des années 1990, il a fallu 10 ans pour rassurer les esprits", a déclaré Marc Andreessen, cofondateur de Netscape à The Economist (ici). Néanmoins, selon le journal, les bases du boom entrepreneurial d’aujourd’hui dans le domaine digital sont bien plus solides qu’avant. Pourquoi cela ? Qu’est-ce qui permet de dire qu’une nouvelle bulle spéculative n’aura pas lieu ?

Erwan le Nagard : La situation a changé depuis la fin des années 1990, sans pour autant nous permettre d’être pleinement optimistes. Il existe toujours un risque de survalorisation des start-ups et des entreprises de « software » comme le précise Marc Andreessen. Facebook, Twitter ou Spotify ont fait des entrées en bourse spectaculaires (positives ou négatives) avec des valorisations annoncées qui dépassent largement la valeur réelle de leurs entreprises. Cependant, ces valorisations ne sont pas complètement irrationnelles si l’on tient compte de la valeur immatérielle de ces sites.

Les réseaux sociaux et les sites communautaires sont des acteurs clés au sein de notre économie relationnelle. Ils structurent et influencent nos échanges ; ils transforment nos manières de communiquer. Ce sont des services qui se sont rendus indispensables, et pas simplement pour des usages personnels. Ce sont aussi des plateformes qui offrent des outils aux entreprises ou aux entrepreneurs pour développer des solutions « over-the-top ». C’est tout le propos de Marc Andreessen : à chaque étape de la chaine de création de valeur, Internet et les technologies associées facilitent l’innovation. Internet est une plateforme sur laquelle fleurit l’innovation. Cependant, on pourrait reprocher à Marc Andreessen de se focaliser sur la technologie comme seul facteur d’accélération de l’innovation, et cela, à un niveau bien précis, la couche supérieure, celle du software. Sa réflexion ne porte pas ou peu sur les infrastructures de réseaux et il ne tient pas ou peu compte des facteurs sociaux, économiques et politiques qui jouent un rôle prépondérant dans la création de valeur fournie par un tissu dense de startups.

Quelle a été la faiblesse des startups des années 1990 ? Cette fragilité s'explique-t-elle par le fait que tout restait encore à bâtir à l’époque, et que tout coûtait plus cher ?

Les causes de la bulle Internet sont nombreuses. Néanmoins, elles ne me semblent pas résider dans la faiblesse des start-ups de l’époque, mais plutôt dans l’irrationalité des investissements et l’immaturité des marchés, démunis de garde-fous. Vingt ans plus tard, la situation est différente. Internet et les services que l’on trouve sur ces réseaux sont plus largement adoptés par les consommateurs et sont devenus des facteurs clés de la transformation des échanges commerciaux, de la création de valeur et de la communication à tous les niveaux de notre société. La création de start-ups est aujourd’hui simplifiée par l’accès à des technologies plus performantes, à la relation avec des consommateurs et des entreprises largement acculturés aux services digitaux et le soutien de politiques publiques qui souhaitent développer l’économie digitale.

Le taux d’échecs est-il resté le même aujourd'hui ? La différence réside-t-elle dans la baisse des coûts, et donc dans une plus grande facilité à se relever si le projet s'avère non viable ?

Le taux d’échec des start-ups est toujours extrêmement élevé. Cependant, ces chiffres ne veulent pas dire grand-chose tant les cycles d’innovation se sont accélérés. La baisse des coûts conjointe à l’augmentation des performances, notamment dans le domaine des infrastructures, modifient la nature des projets. On assiste à une multiplication des services « over-the-top » qui viennent se greffer sur des plateformes bien établies (Facebook, App store, Google, Amazon, …), et qui ne nécessitent que peu de ressources puisqu’elles profitent en grande partie de celles de la plateforme mère. Ce modèle favorise en quelque sorte la création de valeur par le bricolage des individus et la réponse rapide de petites entreprises à des besoins simples en créant des écosystèmes de services.

En revanche, ce nouveau modèle est soumis à la menace d’une destruction de valeur de la plateforme mère et à la dépendance des petites entreprises vis-à-vis de la plateforme mère sur laquelle elles ont bâties leur business, position dangereuse en cas de transformation ou de disparition. Par exemple, chaque modification minime de l’interface de Facebook ou de l’algorithme du moteur de recherche de Google engendre aujourd’hui des conséquences économiques pour de nombreuses entreprises.

Le succès de sites comme Linkedin, Airbnb ou de plateformes de covoiturage s'explique-t-il davantage par leur fonctionnement que par le service final (qui en soit existait déjà) ? Pourquoi ?

Il semble difficile de dissocier les mécanismes de l’innovation internes à l’entreprise du succès de son service final. Le fonctionnement de l’entreprise influence en partie la performance de son service, et inversement. Cependant, on trouve les raisons du succès de sites comme Linkedin et Airbnb en explorant des facteurs sociaux. Il ne faut pas oublier que ce sont des sites qui fondent avant tout leur succès par l’acquisition d’une audience ; c’est en tirant parti de la création d’une relation avec des consommateurs qu’ils peuvent vendre un service. Les facteurs clés du succès de ces sites se trouvent donc dans la perception que le consommateur a de l’innovation qu’ils introduisent. Cela prend des formes extrêmement variées.

L’innovation peut être perçue comme étant supérieure aux pratiques qui la précèdent (avantage relatif), c’est le cas de la désintermédiation proposée par des services comme Linkedin, Airbnb ou Uber. Il n’y a plus d’intermédiaire entre le consommateur et le recruteur / le loueur / le chauffeur final. On retrouve cette idée d’avantage relatif dans les modèles de gratuité de Youtube ou Dailymotion, alors qu’auparavant il était extrêmement complexe et onéreux de diffuser une vidéo sur le web.

Des entreprises comme Apple ou Google misent plutôt sur la cohérence entre les valeurs, les expériences et les besoins des consommateurs en mettant en avant la compatibilité, la simplicité d’implémentation et l’interopérabilité de leurs services.

Des entreprises comme Spotify ou Deezer, en offrant l’accès à des discothèques étendues gratuitement et de manière limitée, facilitent quant à elles l’adoption de leurs services en limitant l'incertitude inhérente à la décision d'adoption en laissant profiter le visiteur de quelques heures d’écoute de musique avant de basculer vers un abonnement illimité. Enfin, ces entreprises digitales vont se bonifier par l’exposition de leurs produits au sein du système social. Le succès de Facebook est en partie lié à ses effets de réseau, c’est-à-dire aux externalités positives résultantes de l’inscription de nouveaux membres à son service. Plus l’adoption de Facebook par ses membres est observable, plus d’autres personnes décideront de s’y inscrire.

Quels sont les outils présents sur le web qui aujourd’hui permettent à bon nombre de jeunes entrepreneurs de lancer leur site sans trop de frais ?

La création d’un site est aujourd’hui une chose extrêmement simple et peu coûteuse. Mais, encore une fois, le développement de l’économie digitale n’est pas lié à un unique facteur technologique. L’entreprenariat dans le domaine de l’économie digitale doit ainsi être soutenu par des efforts de politique publique. Néanmoins, il est certain que l’évolution des technologies et de l’intelligence qui leur est associée rendent la création de start-ups beaucoup plus simple. A chaque étape de la chaîne de création de valeur, la technologie vient faciliter l’innovation :

  • En amont, la recherche et le développement sont simplifiés par l’usage de langages de programmation interprétés (ex : Ruby on Rails), des méthodes uniformisées (ex : les licences Creative Commons) ou la mise en relation avec les ressources humaines et matérielles nécessaires (Ex : le site de partage de morceaux de codes Github, ou les réseaux sociaux professionnels).
  • La production est amplifiée la modularité des assemblages. Par exemple, la plupart des sites proposent des API (Interface de Programmation d’Applications) qui permettent d’utiliser des fonctionnalités d’un site, sur un autre ; comme le bouton « j’aime » de Facebook que l’on retrouve un peu partout sur le web. Mais la production est aussi améliorée par l’externalisation et la décentralisation des tâches (crowdsourcing).
  • En aval, le stockage et la distribution sont amplifiés par les capacités de solutions « tout-en-un » et évolutives, comme les services de Cloud ou les services de gestion de contenus (CMS). Enfin, la promotion trouve une caisse de résonance efficace et peu dispendieuse dans des services comme Facebook ou Twitter qui mettent en relation les consommateurs avec les entreprises.

La localisation de la start-up est-elle toujours aussi cruciale qu'avant ? Des "Silicon Valley" ont-elles fleuri un peu partout dans le monde, et avec quelles conséquences ?

La localisation de la start-up joue un rôle important dans son succès. Si, dans le monde digital, les entreprises sont à peu près égales par l’accès à des moyens uniformes et homogènes, à l’inverse, les politiques locales influent fortement sur le succès de leurs modèles d’affaires. Ne serait-ce qu’en matière de fiscalité ou pour la facilité d’accès à des financements, le pays dans lequel s’établit une start-up joue un rôle important.

La plupart des grandes capitales sur tous les continents développent des programmes qui visent à faciliter la croissance de ces start-ups digitales. La situation en Afrique et au Moyen-Orient est intéressante à cet égard avec le développement de pôles très innovants à Amman ou Abidjan. La France développe son attractivité et cherche à soutenir ses talents locaux en créant des écosystèmes de start-ups, en développant des programmes d’accélération ou des incubateurs (Numa par Silicon Sentier à Paris) et en faisant la promotion des savoir-faire français sous forme de labels (ex : French Tech). L’objectif recherché est bien évidemment celui de nouveaux relais de croissance, comme on a pu l’observer avec l’influence de la Silicon Valley sur les mégalopoles en perte de vitesse en Californie.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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walküre
- 12/02/2014 - 17:01
Elles ne dureront ni plus ni moins.
qu'avnt. Sachant que sur 100 nouvelles entreprises, 75 disparaissent dans les 5 ans.