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La France va-t-elle rater la révolution de l'université en ligne ?

Publié le 03 avril 2013
Pour que la France devienne le leader de la prochaine révolution de l'enseignement supérieur et ne rate pas le coche comme elle se prépare à le faire, il faudrait que le ministère de l'Enseignement supérieur institue un programme de concours pour créer des programmes d'enseignement supérieur en ligne.
Pascal-Emmanuel Gobry est journaliste pour Atlantico.
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Pour que la France devienne le leader de la prochaine révolution de l'enseignement supérieur et ne rate pas le coche comme elle se prépare à le faire, il faudrait que le ministère de l'Enseignement supérieur institue un programme de concours pour créer des programmes d'enseignement supérieur en ligne.

Un concept alléchant en économie du développement est celui du “leapfrog” : l'idée qu'un pays en développement peut “sauter des étapes” et arriver à un stade de développement plus avancé que les pays riches. L'exemple le plus connu est celui de la téléphonie mobile : dans les pays où il n'y a pas de lignes de téléphone fixe, la téléphonie mobile a été adoptée beaucoup plus vite que dans les pays riches, et a permis la création de services, comme la banque et les paiements mobiles, qui en sont encore à leurs balbutiements ici.

Mais les avancées de la technologie étant ce qu'elles sont, les pays riches comme la France doivent aussi réfléchir à faire leurs propres “leapfrog”. Un domaine qui présente une belle opportunité pour se faire est l'enseignement supérieur.

Presque tout le monde est d'accord pour dire qu'en France l'enseignement supérieur est cassé. Le système est incroyablement complexe, il accentue plutôt que compense les égalités sociales, nos universités ne sont pas reconnues à l'international, etc.

Pour beaucoup de réformateurs, le modèle à adopter est le modèle “international”, qui est vraiment le modèle américain, dont on nous fait la liste des avantages par rapport au modèle français : des grandes universités généralistes à “masse critique”, avec une union entre la recherche et l'enseignement qui permet le rayonnement, des liens forts entre universités, anciens et entreprises qui permettent un meilleur financement et une meilleure insertion dans le marché de l'emploi, et oui, des frais de scolarité qui permettent un meilleur financement et, s'ils sont progressifs, plus d'égalité.

Les établissements d'enseignement supérieurs français (HEC, Sciences Po, Dauphine, Polytechnique...) essayent tous de se transformer en mini-Harvard ou mini-MIT. Les universités créent des alliances et des structures-chapeau (les “PRES”, ou “pôle de recherche et d'enseignement supérieur”) pour atteindre cette fameuse masse critique. L'Etat a vendu des participations pour lever des milliards et créer des “campus” à l'américaine pour nos universités.

Mais le paradoxe est qu'alors même que nos établissements essayent à tout crin de s'américaniser, aux Etats-Unis, ce fameux modèle est plus que jamais remis en question. La demande accrue ainsi que le manque de concurrence ont fait exploser le prix de l'enseignement, et les étudiants reçoivent des dizaines de milliers de dollars de dette en plus de leur diplôme (phénomène qui se répand de plus en plus dans les grandes écoles françaises). L'évolution de l'économie remet en question le modèle de l'enseignement-une-fois-pour-toute-de-18-à-22-ans et exige un modèle plus flexible, tout au long de la vie.

Mais, ce qui remet surtout en question le modèle américain, c'est internet. Aux Etats-Unis, de nombreuses startups se sont lancées qui font un enseignement en ligne adapté. Sebastian Thrun, professeur d'intelligence artificielle renommé à Stanford (il est un pionnier de la robotique), a mis en ligne un cours sur l'intelligence artificielle et, devant son succès, a quitté son prestigieux poste pour la startup Udacity.

L'enseignement en ligne a des avantages innombrables par rapport à l'enseignement actuel. Les étudiants peuvent avancer à leur rythme. Ils peuvent avoir accès aux meilleurs professeurs, et les meilleurs professeurs peuvent enseigner à des millions d'élèves à la fois. Avec des outils de partage, les étudiants peuvent poser toutes leurs questions et avoir les meilleures réponses, de la part d'autres étudiants ou du professeur. L'enseignement peut être complètement individualisé via des algorithmes qui s'adaptent à chaque étudiant. Et l'enseignement est beaucoup, beaucoup moins cher.

Le meilleur parallèle est l'arrivée du cinéma par rapport au théâtre. Le cinéma permet de faire des choses qui ne sont pas du tout possible au théâtre. Et surtout, grâce à ses économies d'échelle, le cinéma permet de déployer beaucoup plus de ressources dans un film: meilleurs acteurs, infiniment plus de moyens, etc. Une pièce coûtera le même prix à monter à la 100ème présentation qu'à la première, alors que le coût par spectateur d'un film baisse à chaque nouveau visionnage. Et surtout, le cinéma n'a pas tué le théâtre.

L'enseignement en ligne ne pourra jamais remplacer le meilleur de l'enseignement traditionnel, l'interaction personnelle entre des étudiants motivés et un grand professeur, tout comme le cinéma ne pourra jamais remplacer la magie du spectacle vivant. Mais le cinéma a remplacé le théâtre comme divertissement de masse, parce qu'il est beaucoup plus efficace économiquement—et parce qu'il a aussi sa propre magie, que le théâtre ne peut pas remplacer, et qu'aujourd'hui plus personne ne nie.

Si les meilleures représentations théâtrales sont incomparables à un film, il n'y a guère de doute qu'avant l'arrivée du cinéma, la représentation théâtrale moyenne était bien moins bonne qu'un bon film. Le cinéma n'a pas tué le théâtre, mais grâce à la technologie et à ses propriétés économiques, il a permis un accroissement incroyable de la qualité de divertissement disponible à M. Tout-le-monde (et de la richesse de notre culture), et ce pour un prix modique.

De la même manière, l'enseignement en ligne ne tuera pas l'enseignement traditionnel mais permettra à tout-un-chacun une qualité moyenne d'enseignement incroyablement supérieure à ce que nous connaissions avant, et ce pour beaucoup moins cher. Un bon cours en ligne ne vaut pas un séminaire de recherche avec un grand savant, mais il est assurément meilleur qu'un cours de première année avec des centaines d'étudiants entassés dans un amphi à la sono pourrie, ce qui est très souvent la réalité concrète de l'enseignement supérieur. 

Revenons à ce concept du “leapfrog” : la France essaye tant bien que mal de copier le meilleur modèle actuel—pile au moment où ce modèle arrive à bout de souffle, et où un nouveau modèle bien meilleur est en train d'émerger. Etant donné le caractère vital de l'enseignement supérieur à l'égalité des chances et à l'économie du 21ème siècle, nous ne pouvons pas nous permettre de prendre la mauvaise voie.

Alors, que faire? Laissons nos institutions actuelles faire ce qui bon leur semble. Mais le ministère de l'Enseignement supérieur devrait créer un programme de concours pour créer des programmes d'enseignement supérieur en ligne, selon une liste de critères très précis, qui seraient évidemment reconnus par l'Etat. Les institutions existantes, tout comme des startups et des associations, pourraient y participer. Au lieu de dépenser des milliards pour créer des campus, outil du 20ème siècle (ou du 14ème...), faisons-le pour l'avenir. Ce concours attirerait l'investissement à la fois de l'étranger et de nos professeurs, chercheurs et entrepreneurs les plus audacieux. La France deviendrait instantanément le leader de la prochaine révolution de l'enseignement supérieur, au lieu de manquer le coche comme elle se prépare à le faire aujourd'hui.

Un des slogans de Mai 68 était “L'imagination au pouvoir.” Nous attendons encore...

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nicolasM
- 09/02/2013 - 11:18
La question du cours magistral
A l'origine le cours magistral se justifiait par le coût des ouvrages. Avec la démocratisation du livre, le cours traditionnel n'a plus de raison d'être. J'aime assez faire cours mais je sens bien que 80% de mon énergie est dépensée en pure perte. Les cours en ligne peuvent permettre de se concentrer sur l'essentiel en groupe restreint ce qui n'est pas nécessairement source d'économie dans certaines filière (dont la mienne : le droit).
zelectron
- 09/02/2013 - 09:02
Ce serait étonnant que la France se reveille
le CNED permet de suivre (pas de précéder) un enseignement mais pas en ligne et encore moins interactif, à part le BAC qui reste un examen commun, le reste ...
Je me méfie comme de la peste des programmes qui seront choisit par les uns, les autres n'ayant pas voix au chapitre. Peut-être faudra-t-il annoncer la couleur politique d'une part de ceux qui choisiront les enseignements et d'autre part des professeurs? Ça ce serait une avancée majeure !
Ou alors pour un prof de droite dix profs de gauche ?
boblecler
- 09/02/2013 - 08:47
Les cours en lignes existent
Les cours en lignes existent depuis 10 ans. Le problème est la reconnaissance des diplômes par les employeurs et qu'il faut toujours du présentiel. Le prix reste abordable ou pourrait même être pris en charge par le ministère ou dans le cadre des 34 milliards d'euros pour la formation professionnel, via l'économie réalisé sur le foncier.