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Affaires, retour vers le futur : petit historique de l’évolution de l’abstention en France dans les périodes de scandales politiques

Publié le 03 février 2017
L'affaire "Pénélope" pourrait faire changer d'avis certains Français, mais elle pourrait aussi renforcer l'abstention. Même si le lien entre abstention et scandale politique est plus complexe que ce à quoi on pourrait s'attendre...
Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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Jean Petaux est docteur habilité des recherches en science politique. Ingénieur de recherche, directeur de Communication, des Relations extérieures et institutionnelles de Sciences Po Bordeaux, il dirige une collection aux éditions Le Bord de l’Eau, «...
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L'affaire "Pénélope" pourrait faire changer d'avis certains Français, mais elle pourrait aussi renforcer l'abstention. Même si le lien entre abstention et scandale politique est plus complexe que ce à quoi on pourrait s'attendre...

Atlantico : Depuis 1995, quel impact sur l'abstention ont eu les campagnes présidentielle et législatives marquées par les tensions au sein des familles politiques, telles que les affaires au sein des différents partis ?

Jean Petaux : Les chiffres sont assez éloquents même s’il faut absolument les manier avec précaution parce que les ressorts de l’abstention sont multifactoriels et ne sauraient être réduits à une seule explication. Pour ce qui concerne les Présidentielles on sait depuis 1965 que cette élection, avec les Municipales, est la plus « civique » des consultations électorales. Annie Collovald a produit sur cette question des travaux passionnants montrant combien interfèrent dans le « succès » d’une élection (le terme est de moi) des variables comme la compréhension par l’électeur de « l’espace d’agrégation du vote » ou celle de « l’espace institutionnel ». Les Français « aiment » les présidentielles et « aiment » les municipales. Ils connaissent les limites de la circonscription d’élection du président au suffrage universel (la France métropolitaine et ultra-marine) et s’ils ne sont pas tous (loin s’en faut) des « constitutionnalistes avertis » ils savent, à peu près, ce que fait un président de la République. Même chose pour leur maire. Ils connaissent les limites de leur commune (sauf à être demeurés) et ils savent ce qu’ils vont demander à leur mairie entre une place en crèche et les tickets de cantine… En revanche les « européennes » les ennuient, ils n’ont aucune connaissance de la circonscription d’élection de leurs députés européens, détestent assez copieusement l’Europe que nul ne leur a appris à aimer et considèrent que leur conseiller départemental est une sorte de « zombie électoral » tout juste sorti de la Révolution française. Résultat : ils s’abstiennent lourdement aux européennes et aux départementales. Sans parler des dernières régionales où des apprentis-sorciers se sont « amusés » à jouer avec une carte régionale que les Français commençaient si non à aimer, au moins à connaitre.

Mais il est tout à fait intéressant de noter que dans un « cadre » globalement participatif, les présidentielles connaissent des variations sensibles. Au moins pour une, depuis la fin du « règne Mitterrand » : celle de 2002. Les élections de 1995, 2007 et 2012 ont en commun de montrer une très faible évolution dans le taux d’abstention entre le premier et le second tour. L’abstention est toujours un peu plus élevée au premier qu’au second tour. Cela tient essentiellement au fait que la « dramatisation » du second tour mobilise l’électorat le plus frileux et, hormis 1969, où l’offre électorale entre Pompidou et Poher avait été clairement et nettement critiquée par le PCF (« Blanc bonnet et bonnet blanc ») il n’y a jamais eu de baisse de la participation au second tour. La présidentielle de 2002 est, sur ce plan-là aussi, très atypique. On peut dire que les dissensions à gauche et à l’extrême-gauche ont atteint un niveau inégalé. Qu’on en juge : 3 candidats d’extrême-gauche se réclamant du « Trotskysme » (le monde entier en rigole encore) et 5 de la « gauche » dite de « gouvernement » : Chevènement, Hue,  Jospin, Mamère et Taubira (par ordre alphabétique). Si on ajoute à cela deux centristes (Bayrou et Lepage) et quatre candidats à droite, sans omettre les deux candidats d’extrême-droite (Le Pen et Mégret), on prend conscience de l’effritement de l’offre électorale. Or, de manière presque paradoxale, là où l’on pouvait croire que « sur présentoir » l’offre électorale était tellement vaste, ouverte, abondante et diverse, on enregistre, en réponse et au premier tour, une abstention supérieure à 28,4% soit la plus élevée pour un premier tour depuis l’instauration du suffrage universel pour la présidentielle. Le constat est donc clair : une multiplication des candidatures loin de générer une participation électorale accrue est susceptible (parmi d’autres facteurs à préciser) d’augmenter l’abstention.

Le second tour de la présidentielle de 2002 est encore plus instructif. On y relève (en dehors de 1969 pour des raisons déjà expliqué) le plus grand écart de mobilisation enregistré entre un premier et un second tour : + 8,1% de participation en plus. Là où il n’y avait plus aucun danger FN, là où l’élection de Jacques Chirac était acquise sans aucun doute, les électeurs, très honteux de ne s’être pas mobilisés au premier tour, voire d’avoir « dispersé » leurs voix en choisissant de se « faire plaisir » (vote Taubira, Mamère, Chevènement, contre un vote massif et « premier » à Jospin) se ruent en masse dans les bureaux de vote : 3,4 millions d’électeurs en plus… pour rien hormis une sorte de « vote symbolique » destiné à montrer que « le fascisme ne passera pas » (comportement aussi idiot que vain…).

Clairement, là encore, la dispersion de l’offre électorale à gauche a généré de l’abstention, la disparition de la gauche au second tour a entrainé une forme « d’union sacrée » de pure façade avec d’une part une participation considérablement augmentée et d’autre part un score « à la soviétique » pour Jacques Chirac : 82,21% des voix dont la suite du « film politique » montrera qu’il sera incapable de se dépêtrer d’un tel « couronnement démocratique ».

Pour ce qui concerne les législatives, il est beaucoup plus compliqué de retrouver des constantes originales. D’abord parce que depuis 2002 les élections des représentants à l’Assemblée nationale sont directement sous la « coupe » de la présidentielle. Cette dernière induit une forme de « satellisation » aux législatives relevant quasiment de la « finlandisation », notion définissant en matière de relations internationales une « souveraineté limitée ». Mais on retiendra quand même qu’à l’inverse de la présidentielle le second tour de la législative intéresse moins et montre toujours une abstention supérieure au premier, en dehors d’une seule fois…. Pas n’importe laquelle : les législatives de 1997 consécutives à la « dissolution pour convenance politique » selon l’expression heureuse de Lionel Jospin. Entre les deux tours l’abstention a baissé de 3,1% ce qui est tout à fait exceptionnel. On peut formuler ici l’hypothèse selon laquelle les électeurs de gauche se sont mobilisés pour « porter l’estocade » aux représentants de la droite, que plus de 80 « triangulaires » ont eu lieu entre un candidat de gauche, un de droite et un FN (pour le grand bénéfice du candidat de gauche) et que cette situation a engendré une mobilisation électorale accrue puisque chaque bloc pouvait voter pour l’un de ses candidats dans 80 circonscriptions encore à pourvoir parmi les 350 encore en jeu au second tour. 
Aux législatives, à l’inverse des présidentielles, pour des élections moins « civiques », moins appréciées par les Français, l’offre électorale élargie entraine plus facilement la mobilisation des électeurs.

La campagne qui s'annonce semble être la première a présenter un paysage politique totalement éclaté, que ce soit à gauche comme à droite : quel impact cela pourrait avoir sur l'abstention ?

La première conséquence au premier tour de la dispersion de l’offre électorale « façon puzzle » pour reprendre la fameuse formule chère à Audiard et aux « Tontons », est un effet mécanique : l’abaissement du « seuil de qualification » au second tour. Il était de 17,79% en 2002 et de 27,18% dix ans plus tard en 2012. Marine Le Pen, éliminée du second tour, a obtenu en pourcentage des suffrages exprimés presqu’exactement le même score que son père dix ans auparavant : pour elle 17,90% en 2012 ; pour lui 17,79% en 2002. En matière d’analyse électorale, il faut prendre en compte le plus de facteurs possibles. Un score quasi identique peut s’avérer gagnant d’un côté et perdant de l’autre.

La seconde incidence rejoint ce que j’ai indiqué précédemment. Il faut bien distinguer les deux types d’élections. La première, la plus importante, la présidentielle risque de souffrir considérablement du point de vue de la participation électorale d’une trop grande offre de candidatures. Si on ajoute à cela ce que l’on appelle « les mal inscrits » et que les travaux de Cécile Braconnier ont étudié très rigoureusement on peut légitimement considérer que l’abstention sera assez élevée au premier tour, le 23 avril 2017.

Il demeure néanmoins un élément qui peut très substantiellement modifier cette affirmation et cette proposition. En 2002 les électeurs (surtout ceux qui se classaient « à gauche ») n’ont pas « vu venir le FN  au second tour » puisque ce n’est que dans les jours qui ont précédé le 21 avril 2002 que Jean-Marie Le Pen a « doublé » le candidat socialiste, Lionel Jospin qui avait fait la plus mauvaise campagne de premier tour qu’on pouvait imaginer avec, entre autres, Manuel Valls en charge de sa communication. Cette fois-ci Marine Le Pen est clairement pressentie pour figurer parmi les candidats à même de se qualifier au second tour. Mais je fais partie de ceux qui, depuis longtemps, n’ont jamais pris cette hypothèse pour une certitude… Les électeurs de gauche (ou ceux de droite qui sont hostiles à l’extrême-droite, qui sont républicains et démocrates) ne pourront pas dire, s’ils restent chez eux ou s’ils vont « pêcher à la ligne » (comme on disait jadis), qu’ils n’étaient pas dûment avisés du danger. Autrement dit la « dramatisation » propre au second tour de 2002, propre à tout second tour présidentiel en général (sauf celui de 1969) peut générer dès le premier tour, dès le 23 avril 2017, une mobilisation intrinsèque qui viendra compenser la démobilisation provoquée par la dispersion de l’offre programmatique électorale à droite, au centre et à gauche.

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Ex abrupto
- 02/02/2017 - 14:13
Article pour les nuls et incultes:
Pas une seule courbe qui montre de façon synthétique les choses et leur évolution.
zouk
- 02/02/2017 - 10:03
Parlement aligné sur le Président.
Funeste résultat de la réduction du mandat présidentiel à 5 ans. Chirac n'a guère à se féliciter, mais il reste le plus populaire! Quant à la campagne pour l'élection présidentielle, elle tourne à un jeu de massacre, dont le sommet est le complot de toute la gauche contre Fillon, avec une avalanche d'accusations caricaturales sur son programme, sans oublier les multiples "révélations" sur son épouse. Quel parlementaire socialiste n'a-t-il jamais utilisé la scandaleuse "réserve parlementaire" au profit de sa famille? Supprimons donc enfin cette scandaleuse facilité? au profit d'un pool d'attachés sélectionnés sur la base de leurs compétences non partisanes, plus facile à écrire qu'à faire, je le reconnais.