En direct
Best of
Best of du 12 au 18 janvier
En direct
© LIONEL BONAVENTURE / AFP
Rhétorico-laser
De la "sécu" au "49-3" : François Fillon et Manuel Valls pris au piège mortifère de la contradiction
Publié le 19 décembre 2016
La semaine écoulée aura vu deux des grands noms de la course présidentielle mis en difficulté par leurs propres revirements. Gare aux effets délétères et durables sur leur crédibilité !
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe de Voogd
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
La semaine écoulée aura vu deux des grands noms de la course présidentielle mis en difficulté par leurs propres revirements. Gare aux effets délétères et durables sur leur crédibilité !

Sans doute la situation des deux hommes et le sujet de la controverse sont-ils fort différents : Manuel Valls n’en est qu’au début d’une primaire fort incertaine pour lui, alors que F. Fillon est sorti grand vainqueur de la sienne. Le premier a anticipé la reprise d’une attaque sur son exercice du pouvoir, alors que le second a réagi à une polémique qui gonflait de jour en jour sur la distinction entre "grands" et "petits" risques en matière de santé. 

 

Il reste que les calculs politiques sont finalement assez proches dans les deux cas : pour le candidat à la primaire de la gauche, désamorcer la coalition montante du "Tout sauf Valls" qui aurait pu aisément prendre pour mot d’ordre "A bas Monsieur 49-3 !" ; pour François Fillon rassurer la droite juppéiste tout juste ralliée et surtout un électorat (même à droite) attaché au totem de la "Sécu".

Mais le succès d’un tel calcul est tout sauf assuré et pour la même raison dans les deux cas : la contradiction avec leurs positions précédentes met en péril leur CREDIBILITE, sans laquelle aucun discours de leur part ne peut être reçu.

 

Certes, Manuel Valls a eu l’habileté de ne pas cacher son revirement, instruit, a-t-il dit, par son expérience de Premier ministre qui y a eu tant recours. Mais ce renversement de l’argument pousse le paradoxe un peu trop loin. F. Fillon, lui, n’a pas voulu reconnaître son changement de cap et, de "malentendus" en "précisions" et autres "approfondissements", les éléments de langage ont déferlé dans les médias.   

Or, nier l’évidence de ce revirement -attestée par la suppression de la mesure controversée sur son site – non seulement ne sera pas efficace mais ajoutera à la confusion et à la polémique. Quitte à changer de position, il valait mieux le reconnaître d’emblée et mettre le sujet derrière soi. Il y avait bien des façons de le dire, surtout quand on est un aussi fin rhéteur que F. Fillon. Il vient encore de le prouver dans sa tribune du Figaro sur la question. Mais justement : cette tribune montre qu’il avait toutes les raisons et toutes les armes pour justifier la proposition attaquée, quitte à la conditionner à l’audit annoncé des comptes sociaux. Ceux-ci sont en effet bien loin de "l’équilibre" proclamé par la langue de bois socialiste et repris en chœur par trop de médias complaisants : 6,9 milliards d’euros de déficit prévus pour 2016 et plus de 10 milliards l’an prochain. Pourquoi la droite ne martèle donc pas ces chiffres au lieu de se perdre en circonvolutions rhétoriques ? En reculant trop vite, François Fillon ouvre la boîte de Pandore : la suppression de 500.000 postes d’agents publics est déjà sur la sellette en attendant les 100 milliards d’économie budgétaire, la dégressivité des allocations chômage etc. Nul doute que les adversaires (voire certains "amis") vont dérouler toute la pelote. 

 

La réaction de l’opinion (sondage JDD) est sans surprise : même si 72% des Français approuvent le recul sur la Sécu, la crainte devant la "radicalité" du programme Fillon reste presqu’aussi élevée qu’auparavant (-2 points), tandis que la croyance dans sa capacité à réformer le pays subit une érosion significative ( -9 points). C’est ce qui s’appelle perdre sur les deux tableaux.

Mais Manuel Valls commet une erreur au moins aussi grande en minant sa réputation d’homme d’autorité, symbolisé par l‘usage du 49-3 contre l’agitation irresponsable des Frondeurs. De plus, sur le fond, cette suppression est une mauvaise idée qui rendra le pays encore moins gouvernable. Enfin, sur le plan stratégique, en se posant dès avant le premier tour de la primaire comme "le rassembleur" des socialistes, il se trompe de scrutin, exactement comme l’avait fait à droite Alain Juppé. D’autant plus qu’à la différence de ce dernier, Manuel Valls n’a ni l’image ni le caractère d’un "rassembleur-de la famille" et c’est justement cela qui a fait sa fortune politique. En adoptant cette posture à contre-emploi, c’est cette fois l’erreur de Nicolas Sarkozy qu’il reproduit.

Au fond, les deux candidats ont oublié deux règles fondamentales de la rhétorique politique :

1/ le discours tenu doit être en adéquation absolue avec la personnalité et les valeurs de l’orateur, son ethos comme disait Aristote.  

2/ le vrai "rassemblement" s’opère par le ralliement de l’électorat sur une thèse claire et une solution crédible, non pas sur le plus petit commun dénominateur de l’opinion.

Règles qui doivent inviter les deux hommes à méditer sérieusement cet épisode et non à le réduire, comme le voudraient les communicants, aux péripéties d’une "séquence" qui, fêtes aidant, serait vite oubliée. L’histoire politique française est pleine de ces "séquences" qui ne veulent pas cesser.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
"Il entend, mais il n'écoute personne" : les conseillers de Macron sont au bout du rouleau
02.
Et si le Rassemblement National était en train de faire un bien mauvais coup à l’euro en renonçant à exiger que nous en sortions ?
03.
Connaissez vous Marie Kondo (la Japonaise qui a déclenché une folie du rangement dans le monde qui ne devrait pas tarder à atteindre la France) ?
04.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
05.
Brexit : rien n’est joué pour le royaume-Uni même en cas de sortie sans accord
06.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
07.
“Le pacifisme, ça suffit” : pourquoi la stratégie de répression judiciaire et policière risque de produire une génération de militants politiques aguerris
01.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
02.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
03.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
04.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
05.
Vivons-nous dans un univers-bulle en expansion dans une autre dimension ? ; Hubble nous offre un magnifique portrait très détaillé de la galaxie du Triangle
06.
Et la raison pour laquelle les Allemands commencent sérieusement à s’inquiéter d’un Brexit sans deal est…
07.
Emmanuel Macron est brillant, mais il n’est pas le président qu’il faut à la France
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
04.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
05.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
06.
Inégalités : la France est allée au maximum de ce que la redistribution fiscale permettait. Voilà ce qui pourrait être fait désormais
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
04.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
05.
Radioscopie des dépenses de la France : ces nouvelles inégalités qui se cachent derrière la puissance apparente de l'État-providence
06.
Si la France vit un moment révolutionnaire (et voilà pourquoi c’en est bien un), quelle stratégie politique pour éviter le chaos et en sortir par le haut ?
Commentaires (7)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
zouk
- 20/12/2016 - 14:17
Fr. FILLON
Il est clair que tous les prétextes seront bons pour déformer toute explication ou précision sur tel ou tel point de son programme en contradiction ou omission. La mauvaise foi n'a jamais de limite en politique.

Je vois n'être pas le seul à être excédé de la grossièreté sans limites de Ganesha, et prie le/les modérateurs de nous épargner ses insanités. Je sais, il va hurler à la censure, alors que ce n'est qu'épargner ses insanités aux lecteurs, c'est peut être d'ailleurs son but pour aller pleurer auprès de Libé ou de l'Obs qui en rajouteront
Eolian
- 20/12/2016 - 12:44
Toujours aussi élégant
Toujours aussi élégant Ganesha!!!!!!
Ganesha
- 20/12/2016 - 05:14
Francois Fillon !
Francois Fillon ! Cet homme n'a aucune opinion, aucune volonté, sur aucun sujet ! Il n'est qu'une carpette, un majordome obséquieux, entièrement dévoué au service de m. Gattaz et du club Bilderberg ! Élisez-le et vous passerez ensuite cinq ans à vous lamenter !