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Macron candidat : comment "trop de com'" pourrait compromettre une réelle opportunité politique

Publié le 22 novembre 2016
Malgré son très bon timing et l’espace ouvert au centre par la primaire de la droite, la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron a souffert de trop de (mauvaise) com' et de trop peu de (bonne) rhétorique.
Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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Malgré son très bon timing et l’espace ouvert au centre par la primaire de la droite, la déclaration de candidature d’Emmanuel Macron a souffert de trop de (mauvaise) com' et de trop peu de (bonne) rhétorique.

Les atouts d’Emmanuel Macron ne sont pas minces : jeunesse, charme certain (plutôt que charisme) et surtout courage d’une démission et d’une candidature sans attendre la permission et encore moins la propre annonce du "Père". Et sans que cela ne lui nuise, car Emmanuel Macron, quoi qu’on en dise, n’est pas Brutus pour la bonne raison que César-Hollande est déjà mort (politiquement). Quant à son espace politique, il s’est largement ouvert avec la perspective d’une défaite probable d’Alain Juppé à la primaire de la droite. Face à un François Fillon, clairement (et cette clarté aura été sa force dans la primaire) positionné à droite, tant sur le plan économique que sociétal, Emmanuel Macron pourrait rassembler une gauche modérée et un centre en déshérence.  

Son habileté n’est pas davantage en cause : le timing de son annonce est excellent, prenant de court Valls et Hollande et perturbant sans doute la primaire de la droite, en rendant moins pressant pour le centre gauche un vote pour Juppé.

Son discours de Bobigny, très proche de la longueur idéale des "TED talks" à l’américaine (18 minutes), ne manque pas non plus de qualités rhétoriques et la double patte d’une ancien khâgneux et d’une épouse professeur de lettres se voient à chaque ligne : structure claire, usage du rythme ternaire, vocabulaire relevé.

Peut-être un peu trop relevé d’ailleurs pour un homme "anti-système". Voire ambigu, comme ce choix d’un centre d’apprentissage pour faire son annonce, choix, qui, dit-il, "n’a rien d’innocent"

Rien d’innocent ?  Le mot confine au lapsus lorsque l’on sait que les apprentis en question ont été exclus de la cérémonie. Voilà une bien grosse "erreur de com'" quand on se présente comme le candidat de la jeunesse et de la société civile. Il est vrai que l’adresse à l’auditoire commençait par un passe-partout "Bonjour à toutes et tous, Mesdames et Messieurs". Pas de quoi susciter d’entrée l’enthousiasme.

Pour le reste, ce discours est rempli de généralités et de clichés que tout candidat pourrait reprendre à son compte : appel au "rassemblement", hommage à "l’histoire millénaire" à "la culture" et aux "paysages" français (emprunt à BLM) etc. L’héritage de F. Hollande (et/ou de l'ENA ) reste encore trop présent avec cet éternel balancement entre "liberté" et "protection", "passé" et "avenir" : jusqu'à cette manie du double sujet, typiquement hollandienne : "la solution, elle est en nous".

La thèse centrale est convenue : le divorce entre les Français et le système politique ? Certes, mais qui ne le dit pas ?

Tout comme le message : "rassembler les Français" dans une "révolution démocratique" qui reste bien obscure.

Il manque encore un diagnostic précis et illustré de ce qui "coince" en France. Et un projet clair, identifiant les grands axes de l'action et des soutiens possibles, allant bien au-delà du monde des start-ups et de BFM (la "Bande des Fans de Macron" ?)

Mais surtout l'ensemble a été desservi par une médiocre prestation orale chez un homme visiblement tendu par l'enjeu : pauses au mauvais endroit, accents mal placés, baisse systématique de la voix en fin de phrase et monotonie générale. Tout cela rendait le discours ennuyeux, le pire risque que son auteur puisse courir.

Bref, Emmanuel Macron, excellent "débateur" comme il l'a montré récemment dans une interview d'anthologie avec Mediapart, n'est pas encore un bon orateur.

Pour le devenir, il doit tirer la leçon de l'échec de Bruno Le Maire, avec qui il partage un profil commun, et qui n’est pas parvenu à asseoir sa crédibilité comme l’homme du "Renouveau". Et pour cela, se concentrer sur l’adéquation de son message non seulement à l’auditoire (comme s’en contente la com') mais aussi à sa personnalité authentique (comme le veut la vraie rhétorique depuis Aristote). Jamais Emmanuel Macron ne passera pour l’homme de "l’anti-système". La place est déjà prise par Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon. Et ce n’est pas grave, comme en témoigne le succès de François Fillon.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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zouk
- 22/11/2016 - 11:20
Macron
Aura-t-il le temps de devenir un orateur? Nous aurions bien besoin d'une tête nouvelle dans notre politique nationale, gauche surtout, mais aussi droite.
cloette
- 22/11/2016 - 08:34
Sa com
Est preuve d'un manque total de psychologie !
emem
- 21/11/2016 - 21:34
Le charme ne suffit pas
Au premier tour : Marine Le Pen 30% - Fillon 25% - Le candidat socialiste 15%
Reste 30% pour les autres candidats. Je doute fort que Macron fasse plus de 25%.
Les petites mémés retraitées, qui sont sous son charme, n'iront même pas voter.