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Concours de libéralisme chez les candidats de droite : mais quelle est la demande réelle dans leur électorat ?

Publié le 11 mai 2016
Tous les candidats déclarés à la primaire de la droite ont présenté un programme économique ultra libéral qui ne correspond pas aux attentes de l'ensemble des électeurs. Cette absence de prise en compte de la diversité de l'électorat de droite risque de faire perdre des voix au candidat LR lors de l'élection présidentielle de 2017.
Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
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Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes...
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Tous les candidats déclarés à la primaire de la droite ont présenté un programme économique ultra libéral qui ne correspond pas aux attentes de l'ensemble des électeurs. Cette absence de prise en compte de la diversité de l'électorat de droite risque de faire perdre des voix au candidat LR lors de l'élection présidentielle de 2017.

Atlantico : Alors qu'Alain Juppé vient de présenter son programme économique ce 10 mai, il apparaît que l'ensemble des candidats déclarés à la primaire de la droite sont aujourd'hui engagés dans une course au libéralisme. Cette approche est-elle réellement en accord avec les souhaits d'un électorat de droite dont on connaît la méfiance vis-à-vis de telles politiques, qu'il s'agisse de la loi El Khomri ou encore du TAFTA ?

Bruno Cautrès : Si une large majorité de Français rejettent pour le moment la loi El Khomri, les raisons ne sont pas les mêmes à gauche et à droite. Pour les sympathisants de la droite, le jugement très négatif sur l’action de l’exécutif domine bien entendu toute évaluation de son action. Les sympathisants de droite ne sont pas opposés, loin de là, à des réformes du code du travail et en particulier à son assouplissement pour favoriser les embauches. Leur perception de l’emploi en France, du marché du travail ou du code du travail, n’est pas univoque : à la fois, coexiste l’idée que certains secteurs (emploi public) sont protégés plus que les autres et l’idée que protéger les salariés est importante. Et tout ceci alors même que des demandes s’expriment de plus en plus en matière de réformes audacieuses. Une partie non négligeable des Français ne comprend plus pour quelles raisons l’emploi va mal en France, pour les jeunes notamment, et pour quelles raisons, dans un contexte européen et international, on ne va pas rechercher des solutions qui marchent ailleurs.

On voit donc que la « course au libéralisme », comme vous la nommée, répond sans doute en partie à des demandes mais que ces demandes sont loin d’être univoques. Si l’on se concentre sur les sympathisants ou les électeurs de la droite, on voit que cette course répond en partie à leurs demandes mais que celles-ci couvrent d’autres domaines ou dimensions.  Dans un sondage Harris interactive de mars 2016 consacré aux valeurs des sympathisants de droite (ceux qui se positionnent au centre-droit, à droite ou très à droite sur une échelle politique) on constate que le trio «liberté, travail, famille» arrive en tête des mots que les sympathisants de la droite connotent positivement suivi du trio «responsabilité, sécurité, mérite». On voit également que des mots comme « liberté », « travail » ou encore « responsabilité » font une différence entre les sympathisants de droite et ceux du Front national, ces mots étant davantage valorisés par les premiers que les seconds.

La même enquête montre que les préférences de politiques publiques des électeurs de droite vont vers l’allègement des charges, l’abrogation des 35 heures, la réduction du nombre de fonctionnaires. Parmi les mesures prioritaires que les sympathisants de la droite attendent d’un futur Président de la république issu de leur camp, entre les trois-quarts et les deux-tiers d’entre eux indiquent la suppression des aides sociales aux personnes reconnues coupables de fraudes sociales, l’allègement des charges sur les entreprises, l’expulsion des délinquants étrangers, la réduction du nombre de parlementaires, la diminution de la dette de la France, le rétablissement des peines plancher pour les délinquants multirécidivistes, la réduction des impôts ou encore la suppression de l’aide médicale aux étrangers en situation irrégulière. On voit que l’univers des préférences de politiques publiques des sympathisants de droite s’exprime dans les deux dimensions de l’économique  (moins de charges, moins d’impôts) et du sécuritaire.

Ces choix et préférences de politiques publiques ont été également analysés par la grande enquête électorale en cours du CEVIPOF, sur un échantillon national de plus de 20.000 électeurs. Les résultats de cette enquête illustrent remarquablement le poids toujours très fort de la dimension gauche-droite dans les préférences publiques des Français mais certaines différences à l’intérieur de ces deux blocs ainsi que la « tripartition » de cet espace idéologique.

On observe ainsi un ensemble de préférences qui unit un bloc de droite et du centre, y compris le MoDEM : tout ce qui concerne les dépenses ou l’action publique en matière d’assurance chômage, d’aides sociales pour les plus modestes, le nombre de fonctionnaires ou les possibilités pour les entreprises de licencier. Sur tous ces thèmes, si des nuances s’expriment (les sympathisants du MoDEM étant généralement sur des positions un peu plus « sociales »), les sympathisants de la droite et du centre sont assez homogènes dans leurs souhaits de moins dépenser et d’aller moins loin dans l’action publique. Leurs attitudes vis-à-vis de la dépense publique et en termes de libéralisme économique unifient assez solidement ce bloc.

Sur les souhaits de davantage de dépenses et d’actions publiques en matière de contrôle et de réduction des flux migratoires on constate une forte proximité entre les sympathisants de LR et ceux du Front national. Si la proximité entre sympathisants de LR et du FN s’exprime assez nettement sur les thèmes sécuritaires et migratoires, elle ne résiste pas totalement aux thèmes socio-économiques :  en matière de niveaux des dépenses de l’Etat-providence (éducation, assurance chômage) ou de souhaits de libéraliser l’économie (nombre de fonctionnaires, licenciements, temps de travail), les sympathisants du FN sont toujours moins, voire nettement moins, économiquement libéraux que ceux de LR et moins encore ceux de l’UDI. 

Aux Etats Unis, une idée reçue voudrait que l'électorat le plus sensible aux thèmes développés par Donald Trump (anti mondialisation, favorable à une plus forte intervention de l'Etat, etc.) soit issu des couches populaires. Or les dernières analyses électorales montrent que l'électeur moyen de Donald Trump dispose de revenus supérieurs à la moyenne américaine, et supérieurs à ceux des électeurs de la gauche. Fait-on une erreur d'appréciation comparable en France ? L'électorat traditionnel de la droite et du centre est-il moins susceptible de souscrire à un discours libéral qu'on pourrait le croire a priori

La situation en France n’est pas totalement comparable avec celle des Etats-Unis, non seulement parce que l’espace idéologique n’est pas structuré de la même manière mais aussi pour des raisons historiques et institutionnelles. Et aussi du fait que la vie politique américaine n’a pas l’équivalent du Front national. Or, en France, la partie « conservatrice » (au plan des valeurs « culturelles ») des électeurs est assez couverte par le vote Front national, un vote des classes populaires et des petits indépendants. C’est d’ailleurs bien l’un des plus importants problèmes de stratégie politique de la droite en France : son discours libéral parle aux électeurs des catégories favorisées (chefs d’entreprises, professions libérales, cadres supérieurs) mais ne peut séduire les franges populaires de l’électorat. Les électeurs des catégories populaires, séduits par le Front national dans une logique de premier tour, ont du mal à voter pour le candidat de droite au second tout compte-tenu des orientations libérales de celui-ci. Les classes populaires qui votent FN sont caractérisées, pas seulement en France, par une attitude politique que les spécialistes d’analyse électorale appellent le « welfare chauvin » : favorables à un Etat protecteur, mais réservé aux nationaux. La difficulté de la droite vis-à-vis de ces électeurs est de répondre à cette antinomie pour elle puisque la droite combine à la fois un discours de fermeté sur l’immigration et de libéralisme économique. 

En l'absence d'un candidat présentant une alternative à cette vague libérale à droite, quels sont les risques pris par les candidats, aussi bien à la primaire qu'à la présidentielle elle-même ?

Le risque pour la primaire est que les candidats aient du mal à se différencier, renvoyant aux électeurs potentiels l’image du choc des ambitions personnelles. Le risque est beaucoup plus important vis-à-vis de la présidentielle. En effet, l’impopularité de François Hollande et les difficultés du gouvernement peuvent donner le sentiment à la droite que l’élection de 2017 est déjà jouée et qu’il suffit de se qualifier pour le second tour face à Marine Le Pen. L’accent très « libéral » de certains candidats à la primaire « de la droite et du centre », la tonalité parfois anxiogène de leurs discours (la France va très mal, elle a besoin d’un choc économique majeur et d’un programme de type « thérapie de choc » avec 100 milliards d’euros d’économies en 5 ans), peut avoir un terrible effet boomerang. Cela peut remobiliser la gauche pour 2017 et aussi créer les conditions pour que celle-ci renaisse de ses centres après 2017. Les français n’attendent pas une « révolution thatcherienne » en France ; s’ils aspirent à payer moins d’impôts et à voir notre économie plus dynamique, ils n’aspirent pas à un démembrement des missions de la puissance publique dans tous les domaines hors fonctions régaliennes. En 1988, la droite française fit cette erreur stratégique dans un contexte certes très différent, celui de la cohabitation 86-88. Mal lui en coûta. 

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clint
- 11/05/2016 - 21:23
Supprimer les 35H implique supprimer les RTT ! etc Tous OK ??
Sont ils sûrs que c'est ce que veulent les gens ? ça veut dire aussi que les contrats de travail à forfaits jours qui intéressent beaucoup les entreprises vont aussi disparaitre ! Ras le bol des totems qu'ils soient de gauche ou de droite. Ca veut aussi dire que les heures supplémentaires ne commenceront qu'au delà de 39H ! Il va y en avoir des grèves ! Au moins Juppé a connu ça en 1995 !!!
Anguerrand
- 11/05/2016 - 20:53
A Benvoyons
Tout à fait d'accord avec vous. Le nom de Macron n'est pas le seul, à rester fonctionnaires une fois elu. Nos dirigeants surtout à gauche sont pour beaucoup fonctionnaires donc protégés à 100% s'ils ne sont pas réélus, il gardent les avantages de montée en grade, ancienneté, etc. Hollande fait parti du lot et meme battu, il peut finir des jours tranquilles. S'il va finir ses jours dans les DOM - TOM il aura meme une surretraite qui peut aller de 30% à 100%. Il faut donc que les fonctionnaires démissionnent dès qu'ils sont elus. Les amateurs seront moins nombreux à tenter le coup, un fonctionnaire ne prend aucun risque ! De plus ils ne comprennent rien à l'économie, l'entreprise, et le risque financier personnel.
Benvoyons
- 11/05/2016 - 18:50
Le seul problème de la France et pas un autre
C' est certain il faut interdire aux Fonctionnaires d'être des élus. Ils doivent démissionner ( Macron est encore un fonctionnaire) et ne plus y revenir (autrement il serait par exemple député puis s'il n'est pas réélu , redevient Fonctionnaire, cela reviendrait au même, il ne serait aucunement indépendant de la Fonction Publique). Donc la représentation nationale ne doit être que de la société civile comme en UK, Allemagne, Pologne, Autriche etc...) Le mal Français et sa non transformation ne vient que de là. Pourquoi vous ne voyez pas de différence depuis 1981 et bien les fonctionnaires ont la main mise (comme une dictature) sur l'ensemble décisionnaire de la Nation et même cerise sur le gâteau sur son contrôle.Nous sommes un pays du Grand N’Importe Quoi car même les Syndicats sont dirigés par des Fonctionnaires.