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New York sous le charme de Yoko Ono
Publié le 12 septembre 2015
En 1971, Yoko Ono parvient à faire croire qu'elle s'expose au MoMA. En 2015, le musée finit par lui consacrer sa première rétrospective. Découverte exclusive d'une provocatrice au cœur tendre.
Président fondateur de Peplum, créateur de voyages sur-mesure de luxe, Quentin Desurmont agit activement pour l’entreprenariat. Il a fait partie de la délégation du G20 YES à Moscou en 2013 et  à Mexico en 2012, est membre de Croissance + et des...
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En 1971, Yoko Ono parvient à faire croire qu'elle s'expose au MoMA. En 2015, le musée finit par lui consacrer sa première rétrospective. Découverte exclusive d'une provocatrice au cœur tendre.

Pour survivre à New York, il faut connaître ses quatre points cardinaux. Par exemple, si l'on atterrit au sud de Central Park, dans le quartier huppé de Manhattan, il suffit de (re)trouver le nord pour remonter jusqu'au MoMA, de préférence sur la 5e avenue. Ainsi, il ne reste plus qu'à tourner à gauche, au niveau de la 53e rue, afin de plonger dans l'une des plus célèbres collections d'arts moderne et contemporain au monde. Rendez-vous au dernier étage, pour une visite privée de l'exposition Yoko Ono.

Au second niveau, à gauche de l'escalator, on est attiré par le nom Warhol écrit en gros sur un pan de mur blanc gansé de rouge, combinaison évoquant à dessein l'emballage des soupes Campbell que l'artiste prit pour modèle au début de sa carrière. Le temps presse, on y reviendra après, pense-t-on. Le quatrième étage - cinquième à l'échelle française - est fermé. C'est la première fois que le musée décide de le vider pour accueillir d'autres œuvres, en l'occurrence des sculptures signées Picasso. « Généralement, les expositions temporaires se tiennent au sixième étage (américain) », renchérit l'un des gardiens. C'est là que l'on se rend, d'un air distrait, mais sûrement.



Un large sourire fend le visage de la commissaire. Une passionnée. Sans préambule, on tombe nez à nez avec une pomme verte posée sur un piédestal en plexiglas. L'œuvre sert de manifeste bien qu'elle s'éloigne des bornes chronologiques fixées par le MoMA. « Il y a Yoko Ono, la moitié de John Lennon ; et Yoko Ono, l'artiste ». Il est question ici de la première décennie de sa carrière, avant sa rencontre avec la pop star. D'abord mariée au compositeur japonais Toshi Ichiyanagi, elle est d'ailleurs, elle aussi, musicienne. Pour en revenir au fruit défendu - interdiction de toucher, cela va de soi -, bien qu'éclatant de fraîcheur, il est voué à pourrir sous les yeux des spectateurs pour marquer une évolution. « Nous avons préféré épargner au visiteur le spectacle de sa décomposition, afin de limiter les contre-sens ». L'œuvre de Yoko Ono ne se veut ni morbide, ni glauque, mais bien plutôt optimiste, si ce n'est pacifique. On peut enfin voir dans la petite pomme une référence à la grande, ou les courbes du label Apple Records, fondé par les Beatles en 1968.



On peut tout photographier, à part les reproductions d'archives affichées dans la première salle. Une mosaïque de clichés en noir et blanc montre Yoko Ono en présence d'artistes qu'elle a profondément influencés, et dont elle s'est inspirée dans les années 1960. Parmi ceux-ci, les membres du mouvement Fluxus, qui fait de toute chose un art ; et de l'art, la propriété de tous. Et pour cause, « n'est-ce pas un moyen de laisser le spectateur s'approprier une toile que l'encourager à marcher dessus » ? Ainsi de Painting To Be Stepped On, littéralement « Tableau à piétiner ». De même, la performance Cut Piece (1965) présuppose une forte interactivité avec le public, invité à découper un à un les vêtements de l'artiste. Un film montre Yoko Ono versant des larmes à mesure qu'elle se voit déshabillée. Preuve d'une extrême sensibilité. « Ces textes écrits en japonais ont été recopiés par son premier mari, parce qu'elle craignait que son écriture ne trahisse son émotivité ».



Quoique à fleur de peau, Yoko Ono ne fait pas dans la dentelle. Sa relation au MoMA débute dans des conditions particulières, pour ne pas dire dans une sorte de bourdonnement critique – difficile de résister à la tentation du jeu de mots -. En 1971, la plasticienne prétend avoir relâché des mouches au sein de l'institution new-yorkaise. Ce mensonge s'accompagne d'un micro-trottoir vidéo recueillant l'avis des visiteurs sur l'expo Yoko Ono. « Quelle expo Yoko Ono ? » Si les uns avouent en toute honnêteté n'avoir rien remarqué ; d'autres prétendent avoir adoré l'événement fantôme, intitulé Museum of Modern (F)Art (fart signifie pet, en anglais) : Yoko Ono - One Woman Show ; le tour de force dudit musée étant bien sûr d'avoir repris partiellement ce titre, comme en signe de pardon. L'adjectif tant attendu sort enfin de la bouche de l'expert. On est confronté à un travail « conceptuel ».



De Yoko Ono on retient surtout deux choses : le bagism, performance qui implique un couple enfermé dans un sac en tissu ; et Grapefruit, recueil de poèmes aux allures d'instructions, que l'artiste a pour la plupart suivies. Chaque page de l'ouvrage a été encadrée pour les besoins de l'exposition. Si certains aphorismes sont « immatérialisables », tel « Watch the sun until it becomes square » (« Regarde le soleil jusqu'à ce qu'il soit carré ») ; d'autres offraient la possibilité de passer de la théorie à la pratique. C'est le cas de la pièce susmentionnée, Painting to be Stepped On (1960) : « Leave a piece of canvas or finished painting on the floor or in the street  ». (« Laisse un morceau de toile ou un tableau achevée sur le sol ou dans la rue ». À l'approche de la sortie, le visiteur est lui aussi invité à s'envelopper dans un drap noir. Grisant.

 

« Museum is closing ! » (« Le musée va fermer ! »), entend-on bramer à l'autre bout de la galerie. La commissaire se rend soudain compte qu'elle est en retard à son prochain rendez-vous. « Mince l'expo Warhol ! », pense-on tout bas. Tant pis, on y ira demain.

 

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