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Redessiner les villes pour en sortir les voitures : le plan à 90.000 milliards de dollars pour sauver la planète qui flottait sur Davos

Publié le 25 janvier 2015
L’ancien vice-président américain Al Gore et l’ancien président du Mexique, Felipe Calderon, ont proposé mercredi dernier à Davos de consacrer 90 000 milliards de dollars d’ici à 2030 pour réduire l’empreinte climatique des villes.
Jean-François Doulet, maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris (Université Paris Est) est directeur-adjoint du Centre franco-chinois Ville et Territoire. Il vient de publier La ville "made in China" aux Editions B2.
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L’ancien vice-président américain Al Gore et l’ancien président du Mexique, Felipe Calderon, ont proposé mercredi dernier à Davos de consacrer 90 000 milliards de dollars d’ici à 2030 pour réduire l’empreinte climatique des villes.

Atlantico : Au forum de Davos, Al Gore a présenté un plan de 90 000 milliards de dollars pour réduire la facture énergétique et réduire le facteur humain dans le processus de réchauffement climatique. Concrètement, quelle est la nature de son plan ? Quels changements sont pour lui indispensables ?

Jean-François Doulet : L’ancien vice-président américain Al Gore et l’ancien président du Mexique, Felipe Calderon, ont proposé mercredi dernier à Davos de consacrer 90 000 milliards de dollars d’ici à 2030 pour réduire l’empreinte climatique des villes. Ce chiffre est tiré d’une étude de la Global Commission on the Economy and Climate publiée à l’automne dernier sous le titre « Better Growth, Better Climate ». Cette « commission » est une espèce d’ONG regroupant plusieurs centres de recherches internationaux sous l’auspice d’un conseil dirigé par Calderon ; elle s’est donné pour mission de sensibiliser les grands de ce monde à la nécessité de mettre en place les solutions nécessaires à la lutte contre le réchauffement climatique. Sa recommandation principale est d’utiliser le montant estimé des investissements à venir dans les villes, l’agriculture et l’énergie jusqu’en 2030, soit 90 000 milliards de dollars, à la mise en place d’un mode de production plus économe en énergie. Pour Al Gore et Felipe Calderon, il y a urgence à transformer la façon dont nous fabriquons et gérons nos villes pour en limiter la consommation énergétique et ainsi diminuer leurs émissions de gaz à effet de serre. Ils sont convaincus en particulier de la possibilité de limiter l’usage de l’automobile en transformant la façon dont les villes sont organisées.

Par quelles villes faudrait-il commencer ? Les villes ont-elles toutes la même densité ?

Depuis les travaux fondateurs des chercheurs australiens Newman et Kenworthy à la fin des années 1980, nous savons qu’il existe un lien entre la consommation énergétique des villes et la façon dont elles sont organisées. Ainsi, les villes américaines très étalées (moins de 5 000 habitants/km²) sont largement plus gourmandes en énergie que les villes asiatiques très denses (plus de 15 000 habitants/km²); les villes européennes sont dans une situation intermédiaire. Prenons un exemple : Washington est deux fois moins peuplée que Paris mais elle s’étale sur une superficie quatre fois plus grande. L’urgence est donc plus aigüe dans les pays qui ont une approche très extensive de l’urbanisation avec des banlieues qui ne cessent de s’étaler favorisant ainsi l’usage de l’automobile. Pour de nombreuses écoles en urbanisme, comme celle du New Urbanism qui a commencé à être influente aux USA dans les années 1990, il s’agit de lutter contre l’étalement urbain en favorisant des formes urbaines denses en particulier autour des gares des réseaux de transports collectifs ; ces principes se sont depuis généralisés à travers le monde sous l’expression Transit-Oriented Development (TOD), que l’on traduirait en français pas l’articulation urbanisme/transport. En France, la loi Solidarité et Renouvellement Urbain (SRU) de 2000 reprend et adapte ces principes. A des degrés divers aujourd’hui, la lutte contre l’étalement urbain, même dans les villes asiatiques, est devenu un enjeu universel.

Quel est l'impact de nos modes de transport au quotidien sur les émissions de gaz à effets de serre ?

En moyenne, les transports sont responsables d’environ un tiers des émissions de gaz à effet de serre,  derrière l’habitat. La raison principale est bien entendu la généralisation des modes automobiles à motorisation thermique. Avec le développement des pays émergents, la motorisation ne cesse de progresser à la surface du globe : en Asie, Afrique, Amérique latine, les nouvelles classes moyennes accèdent en masse à la voiture. On peut souligner les progrès considérables effectués par l’industrie automobile pour améliorer l’efficacité énergétique des moteurs : on fait aujourd’hui plus de kilomètres avec moins d’essence. Toutefois, l’augmentation du nombre de véhicules en circulation tend à contrebalancer cet effet relativement positif ; d’autant plus qu’une partie des voitures utilisées dans le monde en développement sont parfois polluantes et énergivores. Les investissements consentis dans la construction des réseaux de transport collectifs dans les villes, et plus généralement dans les grandes régions urbaines, ne cessent d’augmenter, même aux USA. Ces investissements vont se traduire par la mise en service de réseaux de transports collectifs performants qui pourront certainement modifier en grande partie la façon dont les gens se déplacent en ville. Dans certains pays autoritaires, le soutien aux transports collectifs est couplé à des mesures limitant l’acquisition personnelle d’une automobile, comme c’est le cas à Singapour et en Chine qui ont adopté des mesures de quotas ou de mise aux enchères des plaques d’immatriculation.

La proposition d’Al Gore vous semble-t-elle réaliste pour "rénover" toutes les villes de la planète ?

Il ne faut pas surestimer bien entendu la portée de la recommandation d’Al Gore et de Calderon ; sa vertu est avant tout de sensibiliser les acteurs économiques et politiques à certains enjeux et de populariser certaines propositions. La Global Commission on the Economy and Climate n’est qu’un think tank et il n’existe pas d’organisation internationale capable de contraindre les gouvernements à travers le monde à flécher leurs investissements. L’annonce d’Al Gore peut pourtant avoir pour effet de pousser les acteurs économiques et politiques à accélérer leur stratégie de promotion du développement durable qui se décline toute à la fois dans des choix publics d’investissements et dans le soutien aux éco-industries. Un peu partout dans le monde, les politiques urbaines sont de plus en plus définies selon les principes du développement durable ; partout, à des degrés divers, on cherche à réduire l’empreinte environnementale et énergétique des villes, même dans les pays où l’urbanisation galopante est très peu contrôlée, comme en Chine.

La prise de conscience est réelle et la dynamique pour la promotion d’un urbanisme durable est effectivement enclenchée ; cependant, les choses évoluent en fonction des conditions nationales de développement. Le nombre de villes ou de quartiers créés ex nihilo où l’on pourrait appliquer des modes d’organisation et des technologies pour le développement durable ne sont pas si nombreux ; l’enjeu réside plutôt dans la transformation des villes existantes, avec toutes les contraintes que cela implique. Des solutions existent qui sont déjà appliquées ici et là, qu’il s’agisse de l’urbanisme du renouvellement urbain ou bien des solutions techniques pour améliorer l’efficacité énergétique du bâtiment ou des différents réseaux sur lesquels se reposent les différents services urbains (les smart grids, par exemple). En France, en Europe ou ailleurs, on sait transformer des quartiers entiers pour les mettre aux normes techniques du développement durable. On sait aussi planifier des villes durables à des échelles variables. Cependant, il faut bien se garder de considérer que les solutions techniques pour le développement durable, aussi efficaces soient-elles, constituent une espèce de panacée ; c’est en effet un modèle global de développement qu’il faut remettre à plat…et cela, bien évidemment, prend du temps.

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Anouman
- 27/01/2015 - 20:13
Redessiner les villes...
Quel beau projet pour améliorer le chiffre d'affaire des entreprises du bâtiment...
Mais en fait, la seule chose pertinente pour lutter contre le réchauffement est de diminuer drastiquement la population. Comme personne ne semble en avoir envie, autant laisser faire. A la fin les effets seront les mêmes, mais inévitables. C'est peut-être la chance de sauver la planète.