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Pourquoi les quadras imitent les pratiques porno des ados

Publié le 12 janvier 2015
Pourquoi les quadras, censés être adultes, imitent-ils les pratiques sexuelles de ceux qui pourraient être leurs enfants ? Est-ce seulement pour se donner des frissons ? Se rajeunir ? Vivre un nouveau type de "démon de midi" ? Le porno est-il un sport de jeunes, de vieux ou des deux ? Est-il le signe d'un plus grand appétit, de plus grandes exigences sexuelles ou d'un désir qui se cherche et ne se trouve plus ? Nous avons posé la question à la sexologue Michelle Boiron...
Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles...
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Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.
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Pourquoi les quadras, censés être adultes, imitent-ils les pratiques sexuelles de ceux qui pourraient être leurs enfants ? Est-ce seulement pour se donner des frissons ? Se rajeunir ? Vivre un nouveau type de "démon de midi" ? Le porno est-il un sport de jeunes, de vieux ou des deux ? Est-il le signe d'un plus grand appétit, de plus grandes exigences sexuelles ou d'un désir qui se cherche et ne se trouve plus ? Nous avons posé la question à la sexologue Michelle Boiron...

Barbara Lambert : Plusieurs articles parus aux Etats-Unis font apparaître que les quadras adopteraient de plus en plus les pratiques porno des adolescents comme, par exemple, l’envoi de sextos... Avez-vous constaté une telle évolution ?

Michelle Boiron : Ces articles illustrent bien le malaise d’une société qui annihile l’horizontalité et la transversalité, tant dans le féminin/masculin que dans la succession des générations. Cette confusion et ce nivellement entraînent pour l’individu des difficultés à passer à l’acte dans sa catégorie ! Le sexto en est une belle illustration : il permet à son émetteur de rester dans le virtuel, d’adresser le message à partir d’un lieu  "non défini" et ainsi, de différer le face à face. Le principe de plaisir se substitue au principe de réalité. Le sexto a pour vocation de créer de l’excitation à distance de l’autre, sans courir le risque de se "mouiller" à deux ! Il est une forme d’exhibitionnisme : il ne tient pas compte de l’autre tel qu’il est au moment où il reçoit le sexto, sauf à considérer qu’il est supposé être disposé à accueillir cette littérature salace. Le récepteur est de fait traité comme un objet, support de l’excitation ou de la jouissance de l’autre : l’émetteur. Celui-ci fantasme : l’autre va être choqué du contenu ? Excité ? Voire dégoûté, le tout dans un contexte décalé et surtout hors d’une relation sexuelle dans la plupart des cas. L’excitation que le sexto est censé déclencher chez l’émetteur, plus que chez le récepteur, n’a pas grand-chose à voir avec celle qui meut des sujets en présence l’un de l’autre et qui conditionne l’acte d’amour. La phase de séduction et les préliminaires gradués sont squeezés. Ces messages sont plus à caractère pornographique que romantique et sous-entendent que celui qui les rédige, possède un minimum de performance, de talent. Si le sexto est suivi d’un passage à l’acte à deux, l’émetteur devra assurer le moment venu et produire ce que le contenu de son texte promettait. En l’absence de sexto, l’attente, la découverte du corps de l’autre et l’imaginaire érotique seraient tout aussi efficaces et aiguiseraient le désir naturellement. Le sexto est une forme de prolongement de la pornographie qui en singe les codes. On est dans la confusion du désir et de l’excitation. Il y a donc fort à parier que celui fort en " sexto " très hard ne sera pas forcément celui qui sera "à la hauteur" et si "sexy" que cela dans la relation sexuelle.

Il s’agit du même relationnel mensonger et/ou utopique que dans certains sites de rencontres où certaines personnes ne respectent pas l’éthique du cadre proposé et mentent de manière éhontée. Là où est censée apparaître l’âme sœur se pressent des hommes qui ne veulent avoir "que" des relations sexuelles. En revanche, et en dehors de toute attente, sur certains sites de rencontres "hard", s’inscrivent parfois des hommes qui ne cherchent "que" des "câlins tendres". Alors comportement adulte ou ado ? Toutes générations confondues, les hommes adultes virils qui "assurent" n’ont rien à prouver et ne tombent pas dans le piège de la communication ado pour frimer ou pour assurer leur érection, de la même façon que certains ados assurent un comportement sexuel sans avoir recours à la pornographie et aux déviances proposées. En d’autres temps, l’expérience de l’un, "mature", aurait pu servir à l’initiation de l’autre, "immature ", pour le guider avec pudeur au premier acte sexuel. La première fois dans tous les moments de la vie est cruciale. Ainsi quitter sa virginité dans des conditions humaines réelles et non à travers les images et codes de la pornographie est un gage de réussite pour une sexualité digne de ce nom.  Il reste des points communs : la peur de se confronter à la réalité de la sexualité de l’autre ; le prolongement d’une sexualité apprise (adolescent) ou exercée (quadra) à partir de contenus pornographiques ; l’influence des sites de rencontre ou plus généralement de la communication via Internet ; l’immaturité grandissante des adultes dans le domaine du sexe ?

BL : Comment définiriez-vous la différence entre la sexualité adolescente et la sexualité adulte ? Celle-ci est-elle toujours aussi marquée ?

MB : L’adolescence est une période de découverte, de transformation, voire de mutation du corps. Françoise Dolto le décrit dans son livre : "Le Complexe du Homard". C’est dans ce contexte qu’apparaît la sexualité adolescente. L’ado passe d’une sexualité auto-érotique caractérisée essentiellement par la masturbation, symbole d’une satisfaction égocentrée, à une sexualité de relation avec l’autre. Il va perdre son indépendance au profit d’une dépendance de l’autre pour sa jouissance. Il doit rentrer en relation avec un autre corps sexué. C’est la raison pour laquelle les sociétés primitives ne laissaient pas cette étape au hasard des rencontres mais avaient instauré une véritable initiation sexuelle.

L’éternel débat : la sexualité est-elle innée ou acquise est alors en partie réglé ! Dans certaines cultures on déterminait un âge où l’enfant était prêt pour ce rituel qui le rendait "homme". En Europe la durée de l’adolescence est une période qui s’étend entre 11 et 18 ans si ce n’est plus. Aujourd’hui les rituels sont supprimés et la pornographie sert trop souvent d’initiation. Les images pornographiques filmées sont "effractantes" (qui provoquent l’effroi) pour un jeune et loin de la réalité d’une sexualité faite d’apprentissages et de découvertes. Au moment où le jeu des pulsions embrase les adolescents, les réseaux sociaux leur offrent la tentation de rester dans le lien virtuel et de ne pas risquer la relation directe avec l’autre sexué. Or c’est le moment de rencontrer l’autre en chair et en os, de le découvrir petit à petit, au rythme de chacun et de faire ses armes avec quelques maladresses certes, mais qui peuvent être touchantes dans un contexte où le sentiment préside à l’acte.

Le passage à la sexualité adulte se fait dans la relation sexuelle par le passage à l’autre. On devient homme dans le regard de la femme qu’on fait jouir. On devient femme dans le regard de l’homme qu’on fait jouir. La difficulté, aujourd’hui, c’est l’exigence de performance qui prévaut. L’anxiété de la performance professionnelle s’étend à la sexualité, elle est largement relayée par les médias, notamment les magazines féminins. Elle s’est propagée dans notre intimité, ce qui crée pour les adolescents comme pour les adultes un sacré challenge ! Alors comment être performant ? Comment s’initier ? Pour être performant, chacun œuvre en solo pour arriver aux objectifs : "je dois avoir une érection pour qu’elle jouisse", "je dois jouir pour qu’il bande". L’autre en sa qualité de sujet n’existe plus ; il devient au mieux comptable des performances ou des échecs, ce qui met les adultes parfois au rang des ados. Or, eux aussi, ont l’obligation de se perfectionner : "si s’applique, peut mieux faire !"

BL : On parle de films ou de livres " pour adultes " pour qualifier les films et livres porno. Y a-t-il un âge pour le porno ? Le porno a-t-il un âge ?

MB : La pornographie a toujours existé même si le terme apparaît en Angleterre pour la première fois dans la deuxième moitié du XIXème siècle. Toutes les civilisations - romaine, grecque, chinoise, indienne, japonaise et perse - avaient leur représentation de scènes sexuelles explicites sous formes de peintures, de fresques, de sculptures. Ce sont les supports qui sont différents et qui ont évolué avec le temps. Leurs qualifications aussi changent selon les époques. Les scènes sexuelles avaient souvent un caractère religieux et pouvaient parfois représenter la fertilité. La régulation de toutes ces scènes pornographiques est venue par la censure des religions. En revanche, la littérature s’est toujours intéressée à la sexualité depuis les Grecs (avec le "Satyricon" de Pétrone), en passant par le XVIIIème siècle avec Sade, jusqu’à Georges Bataille, Henry Miller ou aujourd’hui des livres plus softs comme "50 Nuances de Grey". Pendant toute une époque, la pornographie a été réservée aux aristocrates qui craignaient "l’effet délétère sur la convoitise animale des non instruits" (Source Wikipédia, article sur "L'Histoire des représentations érotiques"). Ce qui peut induire que l’instruction serait nécessaire pour ne pas tomber dans les travers de la pornographie…

Aujourd’hui, le "classé X" est accessible à tous et pour tous, et ce depuis 1982 et la législation autorisant les vidéos pornos. Le "X" est relayé sur tous les supports numériques accessibles en deux clics, quelle que soit la tranche d’âge. Le porno a changé : il s’est démocratisé et recyclé en "clair". Là où il n’y a pas si longtemps, s’il ne circulait plus sous le manteau, il était néanmoins qualifié d’obscène et d’immoral ! Cette "démocratisation" de la pornographie et l’accès immédiat et sans contrainte sur Internet ont créé un phénomène nouveau : la consommation abusive et le risque d’addiction qui peuvent difficilement être considérés comme marginaux, si l’on en juge par le nombre nettement croissant de demandes de consultations auprès des sexologues et d’addictologues.

A la question "y a-t-il un âge pour le porno ?", j’aurais tendance à répondre : "l’âge de ses artères" ! En effet, la physiologie conditionne en partie la sexualité de l’homme pour son érection. L’homme ayant besoin de valider ce bon fonctionnement use de tous les moyens pour le vérifier et l’assurer : le rêve, les fantasmes, les lectures, les films et maintenant les sextos ! C’est légitime, eu égard à l’importance que revêt pour lui la sexualité. Néanmoins l’homme étant avant tout visuel, le sexto ne remplace pas les photos ou les films pour les quadras. Malgré l’étude à laquelle vous faites référence, on peut penser que ce n’est qu’une minorité qui y a recours.

Il est à souligner que la pornographie a pris une place importante mais aussi modifié les comportements, notamment avec le recours à la prostitution qui devient moins politiquement correcte ! Or, la prostitution est moins dangereuse en termes d’accoutumance : en effet, le "consommateur de prostituées" reste dans une sexualité, certes monnayée, et en plus taxée très chère (avec des amendes de 1500 euros), mais il continue de "toucher le réel des corps" ; alors que le consommateur de sexualité virtuelle tombe dans les travers "des corps virtuels". La quasi-gratuité est un atout et une incitation !

En revanche, c’est souvent l’anxiété de performance qui conduit l’homme à contourner le réel du sexe. Des études récentes démontrent les effets délétères dans le cerveau du visionnage du porno à haute dose. La dopamine est mise en cause. Ce neuro-transmetteur est en effet responsable de l’addiction sexuelle. Il a une action réelle sur la volonté et le désir - les hommes ont du mal à le croire car il est insupportable de ne pas être maître de son désir. La société est anxiogène et renforce la fragilité de l’homme qui a perdu ses anciens repères. La société donne l’étalon de la normalité : les banquiers, les traders, les hommes d’affaires sont les guerriers des temps modernes, il faut assurer 24h sur 24h ! Le sexto est-il la nouvelle trouvaille, le nouveau cordon qui permettrait de rajeunir, de retomber dans l’adolescence ? Non ! En revanche, que le quadra soit en relation, voire en connexion avec l’enfant qu’il a été est une réflexion à creuser ! Pour les ados, il faut les prévenir des éventuels dérapages de ce mode de communication, car ils peuvent faire des ravages s’ils sont diffusés sur les réseaux sociaux.   

>> Lire également Quand le porno tue la libido de toute une génération

BL : Qu’en est-il de ce qu’on appelle " le démon de midi " ? Est-ce toujours une réalité aujourd’hui ?

MB : Cette expression est tirée de la Bible - et de la mauvaise traduction d’un verset ! C’est une allusion au péché de chair. Cette formule est toujours d’actualité et permet de coller la responsabilité de la tentation sur le dos d’un démon ! Elle ne se passe pas à midi, au milieu de la journée, mais au milieu de la vie ! Majoritairement vécu par les hommes, ce démon gagne aussi les femmes vers 40/50 ans, aujourd’hui. Ce phénomène est lié à la notion de couple. Ceux qui y succombent sont stigmatisés, "pris par le démon" - les pauvres, ils n’y peuvent rien ! Ils retrouvent un temps où la vie était plus excitante et les désirs plus fous. Ce phénomène s’explique par la lassitude de ceux qui vivent ensemble depuis longtemps et ont perdu "l’envie d’avoir envie". Le syndrome du nid vide est aussi en cause (les enfants quittent la maison). L’interdit, la transgression, l’appel du large permettent de retrouver une deuxième jeunesse. Tous les mécanismes mis un peu en veilleuse peuvent se raviver avec une ou un nouveau partenaire, alors que dans la quiétude du foyer et du devoir conjugal, les prémisses liés aux problèmes de ménopause pour la femme, et d’andropause pour l’homme, prennent toute la place dans le lit ! Le renoncement à la sexualité n’est pas loin si on ne rebooste pas le désir ! Même si l’adultère est souvent un manque d’imagination, il est la voie de la facilité… L’amour a besoin de l’imaginaire pour rester vivant. Il doit aussi, dans le même temps, se coltiner d’une part avec le réel du temps qui passe, et de l’autre avec la complexité de son image qui évolue.

Alors, aujourd’hui plus que jamais, on est pris par le démon de midi. C’est une réalité, sauf que ce n’est plus à midi qu’il sonne ! Il nous guette, nous tente, nous incite, nous excite à toute heure du jour et de la nuit. L’humain est pris dans une poursuite effrénée, une quête du jouir par n’importe quel moyen avec n’importe quel autre, à n’importe quel âge. C’est peut-être le démon tout court ? On avait pourtant brûlé les sorcières, si je ne m’abuse ?   

BL : Si les quadras se mettent à pratiquer le sexe comme les ados, n’est-ce pas, d’une certaine manière, pour rajeunir ?

MB : L’époque actuelle donne la priorité aux jeunes et aux valeurs de la jeunesse. Certains ont même pu parler de "jeunisme" pour qualifier cette tendance. Qu’il s’agisse du développement des salles de sport ou de la chirurgie esthétique généralisée, la jeunesse est le modèle et l’âge de la vie qu’il faut conserver, au risque de se tromper soi-même. La jeunesse est également le temps de la performance, le temps où l’individu est en pleine possession de ses moyens. Cette exaltation de la jeunesse rencontre l’inscription profonde dans les mœurs du "droit à la jouissance". L’orgasme doit être garanti et chaque semaine, "Elle", "Cosmopolitan", "Biba" ou encore "Marie-Claire" interrogent les femmes sur leur jouissance : "combien d’orgasmes avez-vous ?", "avec quelle intensité ?", "votre compagnon est-il un bon amant ?", etc. De cette rencontre est née la quasi-obsession de la performance, chez les hommes. Il serait probablement plus juste de dire que les quadras se veulent aussi performants que les très jeunes hommes qui peuvent enchaîner à la suite de nombreux rapports sexuels. Les sites de rencontres sont aujourd’hui totalement banalisés alors qu’il y a quelques années ils n’étaient pratiqués que par des "prix à réclamer". Ils permettent de multiplier les rencontres pour jouir plus et sans limites et  maintiennent la promesse que le /la partenaire idéal(e) existent dans le catalogue. Il suffit de rentrer dans ce labyrinthe et de cocher la bonne case : c’est le loto de la rencontre !

La sexualité est un booster de vie ; elle réanime les corps perdus et les libidos en berne ! Hélas, rarement avec un/une partenaire de longue date ! Epuisée par la monotonie et le quotidien, la sexualité retrouve une nouvelle jeunesse dès lors qu’elle s’incarne dans la transgression, l’inaccessible et la découverte de la nouveauté ! Dans une société où la consommation et le "jouir plus" ont envahi tout notre être, il semble difficile de résister à la tentation, d’autant qu’elle est fortement conseillée et même organisée par les sites de rencontres pour les couples mariés.  Une nouvelle aventure vaut un lifting ! Si l’amour et le sexe sont au rendez-vous, ils créent de telles pulsions de vie que parfois, c’est une rencontre incontournable. Si vous voulez sauver le couple, c’est en amont qu’il faut agir. Quand le démon se présente, c’est trop tard, on est ferré ! Si vous ne voulez pas y succomber, soyez vigilant !  

BL : N’est-ce pas aussi le signe d’un brouillage, d’une confusion des âges ?

MB : Dans une société où vieillir n’est plus concevable, on est bien dans le déni de la réalité de la vie et de la mort inéluctable. On a beau supprimer les "vieux" au profit du "troisième âge", traquer la moindre ride dès qu’elle apparaît, faire un lifting par-ci, par-là, avoir recours à la chirurgie esthétique pour palier le défaut du vieillissement, habiller les mères comme leurs filles, faire des enfants à l’âge d’être grands-parents - la liste n’est pas exhaustive : elle démontre une volonté de tricher avec le temps, de nier cette évidence qui est constitutive de l’être humain. Ce qui est fondamentalement recommandé, c’est de s’entretenir, de faire du sport, d’avoir une "hygiène de vie" et de ne pas se laisser aller, évidemment ! La bonne "santé sexuelle" fait partie du programme d’une chaire qui s’est récemment ouverte à l’Unesco et c’est important.

Le nivellement et l’absence de repère entre les générations sèment le trouble pour les jeunes dont on vole parfois la place tandis qu’on fait croire aux "vieux" qu’ils sont immortels dans le même temps ! En témoignent les divorces et le départ d’un, voire des deux parents, au moment où c’est le jeune qui doit quitter le nid… Alors, pour la sexualité et la pornographie, le nivellement est aussi de rigueur. Le porno est aujourd’hui consulté par les "enfants de 7 à 77 ans" - c’était le slogan de "Tintin" en son temps… Quelle évolution !

Aujourd’hui, on veut rester performant, il est même interdit de ne pas être performant ! A la moindre panne sexuelle, on recourt au tiers soignant, si ce n’est au tiers incarné par la fameuse molécule de type "viagra". C’est une invention magique, sachant à quel point l’érection est importante pour l’homme. Néanmoins, le tiers a toujours existé dans la relation sexuelle sous forme de fantasmes, de scénarios, de rêves, et le recours à la pornographie n’est pas un fait nouveau. Peut-être est-ce juste la façon de l’utiliser qui est à interroger ? La pornographie ne peut pas systématiquement être utilisée comme un "doudou", qui apaise les angoisses ou les excitations mal gérées qui ne peuvent être différées. La consommation excessive est risquée et peut conduire à l’addiction. Quant à la pornographie pour les jeunes adolescents, elle est néfaste, surtout quand elle est utilisée comme initiation. Ce n’est pas formateur mais plutôt effractant à cause du "cru" des images et du traitement de la femme comme objet. Avoir recours au porno dénote toujours un manque d’imagination et témoigne d’une forme de passivité et de dépendance. Elle condamne plus ou moins l’utilisateur à y avoir à nouveau recours pour trouver son excitation. Pour être une relation, la relation sexuelle exige du désir et de l’excitation, mais aussi d’être deux ! C’est toujours mieux ! Il est vrai qu’avant, le porno était considéré comme une béquille pour ceux qui n’avaient pas forcément la chance d’avoir une partenaire. Aujourd’hui, ce n’est plus le cas : pour certains, le porno se substitue à une relation en chair et en os. Ni vu ni connu, on consomme et on se fait plaisir à bon compte ! Pourquoi pas ? Si on arrive à garder le sexe sur terre !   

BL : N’est-ce pas aussi révélateur d’une " confusion sexuelle " ? Et si, oui, touche-t-elle tous les âges ?

MB : Un monde où il n’y aurait plus ni homme, ni femme, ni âge, est peut-être en train de voir le jour ! Il se présente sous la forme d’une théorie qui est en train de s’insinuer petit à petit dans notre quotidien à bas bruit. La "théorie du genre", pour ne pas la nommer, est en train de brouiller les sexes, les esprits et de générer une confusion de l’école maternelle jusqu’à l’âge adulte, en niant la différence des sexes et, qui sait ?, peut-être aussi des générations !

Il est un autre phénomène qui peut aussi interroger, c’est la guerre des poils ! En effet, la grande tendance de l’épilation définitive des poils pubiens à l’âge adulte vient singer la période pré-pubère et ce n’est pas rien dans la confusion. La complémentarité sexuelle qui était la base de notre sexualité est en train de voler en éclats. Comme l’écrit Bérénice Levet dans son livre, "La théorie du genre" (Grasset, 2014) : "Il s’agit de délier l’individu de tout ordre naturel et symbolique des concrétions du temps, d’affranchir les femmes, mais au final non moins les hommes, des normes dont ils ne sont pas les auteurs, qui leur sont transmises par les adultes complices du vieux monde, et dans lesquelles, confiants,  ils se glissent docilement".

S’il n’y a pas de "rapport sexuel", comme le disait Jacques Lacan, à quoi bon garder ces différences sexuelles et ces différences d’âge et de générations ? La question se pose d’autant plus que ces différences peuvent se régler en quelques coups de bistouris et d’hormones ; choisir son sexe est aujourd’hui dans la gamme des possibles, ne pas vieillir aussi ! Cela permet à l’humain d’être dans la toute-puissance de la création et de ne plus dépendre d’un Dieu qui ne se contentait pas seulement de lui attribuer un sexe mais avait en plus l’audace de décider de son vieillissement et du cours des étapes de sa vie !

Nous sommes donc devenus libres de choisir notre sexe au lieu d’y être assignés ! Une fois choisi ce fameux sexe, il n’y aura plus qu’un pas à faire : en jouir dans le virtuel. La solution de la pornographie et de la sexualité virtuelle serait une parfaite monnaie d’échange sexuel entre les nouveaux êtres ainsi constitués ! Alors, le sexto pourrait être validé et adopté comme nouvelle langue pour tous ! Le sexto pourrait être enseigné dès l’école primaire comme langue sexuelle ! A vos tablettes !

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Christophe Colera
- 30/01/2015 - 00:17
Excessif
Outre le fait que le Satyricon est romain et non grec, je dirais que cette interview omet de signaler quelques avantages du X, et du virtuel...
bjorn borg
- 29/01/2015 - 21:03
Peut-être
que Barbara en connaît un rayon si elle nous écoute. Peut-être oui, peut-être non, allez donc savoir!!!
bjorn borg
- 29/01/2015 - 21:01
Vous savez bien
que les quadras ne sont pas au fait de tout ce qui concerne la sexualité! C'est un vaste sujet s'il en est!