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Ni ville, ni campagne : comment on grandit dans la France moyenne qui fait si peu parler d’elle

Publié le 02 février 2015
Un enfer, une "condamnation", la vie à la campagne, loin de tout et surtout du centre-ville, quand on est jeune, plein d’envies et d’appétit ? Dans "Les grandes villes n’existent pas" (Seuil), Cécile Coulon raconte la vie dans le village où elle a grandi, qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ouvre bien plus qu’elle n’invite au repli. Et mieux : construit…
Cécile Coulon est l'auteure de "Le roi n'a pas sommeil" (2012) et "Le rire du grand blessé" (2013) aux éditions Viviane Hamy. Elle vient de faire paraître simultanément "Le coeur du pélican" (Viviane Hamy) et "Les grandes villes n'existent...
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Barbara Lambert a goûté à l'édition et enseigné la littérature anglaise et américaine avant de devenir journaliste à "Livres Hebdo". Elle est aujourd'hui responsable des rubriques société/idées d'Atlantico.fr.
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Cécile Coulon
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Un enfer, une "condamnation", la vie à la campagne, loin de tout et surtout du centre-ville, quand on est jeune, plein d’envies et d’appétit ? Dans "Les grandes villes n’existent pas" (Seuil), Cécile Coulon raconte la vie dans le village où elle a grandi, qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ouvre bien plus qu’elle n’invite au repli. Et mieux : construit…

Barbara Lambert : Le village où vous avez vécu n’est pas en pleine campagne, mais dans une zone à mi-chemin entre la ville et la campagne. Est-ce plus "dur" à votre avis de vivre dans cette "zone intermédiaire" ?

Cécile Coulon : Il y a vingt ans, ce village était en "pleine campagne", car les zones industrielles étaient, à ce moment-là, balbutiantes, en plein essor, elles se sont agrandies avec le temps, et les "banlieues proches" de ce fait, ont été poussées vers l'extérieur, là où se trouvent les villages. Le problème des zones intermédiaires, c'est qu'il y a la promesse des avantages de la ville, qui est toute proche, à vingt, trente kilomètres, mais surtout les inconvénients réels, comme le manque de transport, de commerce, d'infrastructures médicales, etc.. 

On a tendance à l’oublier : ce n’est pas seulement l’accès à la culture qui est difficile à la campagne, mais aussi, surtout, l’accès aux soins. "Mieux vaut ne pas être malade" quand on habite un village, dites-vous…

C'est un problème. Quel jeune médecin a envie d'être généraliste à la campagne ? De devoir faire des "tournées" en voiture pour passer chez les gens ? Evidemment, ça évolue, maintenant il y a le service de soins à domicile pour les gens âgés, ou malades.

Vous soulignez l’absence de transports en commun, la nécessité d’avoir un vélo, un scooter, une voiture… Vous soulignez également que la mortalité liée aux accidents de voiture est très forte : vous avez ainsi perdu pas mal d’amis…

C'est une logique morbide, mais une logique quand même. Plus de gens qui conduisent, plus de jeunes qui conduisent, c'est forcément plus d'accidents, donc potentiellement, plus de décès. Il faut se déplacer pour voir les uns et les autres, on s'organise comme on peut, mais le risque est plus élevé, c'est vrai.

Alors qu’en ville, on vit "à l’intérieur", au village, on vit dehors tout le temps, et par tous les temps… N’est-ce pas une force, un atout pour des jeunes ?

Pour certains c'est une force, pour d'autres c'est une contrainte. Depuis dix ans, l'arrivée d'Internet, du haut-débit dans les foyers, a aussi changé les choses, les modes de fonctionnement. Personnellement, le fait d'être aussi souvent confronté au monde naturel extérieur m'apparaît comme un atout, on se sent plus débrouillard, on a moins peur je crois. Pour les enfants, c'est une chance, parce qu'ils ont un espace où l'imagination peut se déployer à loisir.

Si l’on vit dehors, il n’existe pas moins des frontières imaginaires, "psychologiques" sur ce territoire ouvert…

Les frontières sont celles que nos parents, nos ancêtres, ont installés avant nous. Il y a des limites, naturelles ou non, à ne pas franchir afin qu'on définisse rapidement ce qui est à nous, ce qui nous rassure, et ce qui appartient à un autre groupe d'êtres humains. On redécoupe le territoire avec son imagination, ses racines, son éducation aussi.

Une fois passées ces "frontières", on se comporte différemment, remarquez-vous…

Dès qu'on s'extirpe de l'enfance, on se comporte différemment. Et c'est justement quand on franchit ces limites que l'on sort de l'enfance.

A l’intérieur du village, il n’y a que les fêtes, les célébrations qui permettent d’échapper à la "surveillance" des grands…

Oui, je crois que c'est un moment de détente approuvée par tous, une trêve dans la surveillance ; le temps s'arrête, et c'est pour ça qu'on attend ces moments avec impatience, c'est comme une zone où chacun accomplit un "devoir de liberté réduite".

On rêve d’échapper au regard de ceux qui "inventent notre vie à notre place", dites-vous, en pensant notamment aux "vieux" de la place du village. Vous le dites pourtant aussi : contrairement à ce que croient les citadins, "tout le monde ne connaît pas tout le monde"…

C'est ambigu. Il y a deux choses : d'abord l'endroit est petit, beau et petit, donc on croise les mêmes visages, souvent, c'est agréable, parce qu'on ne se sent pas seul. Mais cela induit de vivre avec le regard des autres sur soi, en permanence. Il y a alors deux existences synchronisées : celle que l'on vit, et celle que l'on nous fait vivre. Quand je dis que tout le monde ne connaît pas forcément tout le monde, c'est qu'il y a une grande part d'imagination, de fantasme ce que les autres pensent ou disent de vous.

Plus que l’école, c’est le stade qui est "le premier vecteur d’ouverture à l’autre", écrivez-vous. Au village, pensez-vous qu’on est plus ouvert aux personnes de générations et d’origines différentes ?

On est plus ouvert aux personnes qui habitent le village, quels que soient leurs origines ou leur âge.

Vous dites qu’on n’a jamais peur d’être agressé, qu’on ferme rarement sa porte, la nuit. Vous remarquez d’ailleurs que, de plus en plus, les maires suppriment l’éclairage la nuit, par mesure d’économie, mais aussi pour avoir "le calme"…

Oui, c'est la grande mode d'éteindre les lumières la nuit, ça fait des économies pour la mairie, et surtout, le village plongé dans le noir, ça évite que des gens "traînent" dans les rues le soir. L'obscurité n'attire personne.

A propos des relations amoureuses, de l’apprentissage amoureux, vous notez seulement qu’il vaut mieux avoir un amoureux un peu éloigné de son lieu de résidence…

On en revient à la question du regard des autres qui vivent avec vous, à côté de vous. À l'adolescence, c'est plus simple quand l'intime se tient à une distance judicieuse du manège social auquel nous sommes habitués. Déjà qu'on a du mal à comprendre ce qui se passe en nous, alors on ne veut pas que le regard des autres en rajoute une couche.

Parce qu’ils pensent tout connaître de leur territoire, les jeunes vivent "dans l’illusion que la Terre leur appartient", dites-vous. Est-ce un inconvénient ou un atout ?

Etre dans l’illusion n'est ni un inconvénient, ni un atout. Cela donne à certains de l'assurance, de la fierté, et à d'autres de la méfiance.

Vivre dans un "enclos" comme peut l’être un village est le meilleur moyen de donner envie de partir, remarquez-vous. Faut-il comprendre que le village prépare mieux à la vie adulte que la ville ?

Non, il n'y a pas de façon meilleure qu'une autre pour préparer à quoi que ce soit. La vie à la campagne produit un mode de vie différent, une perception différente de l'espace naturel, c'est certain. Je ne sais pas en quoi consiste "la vie d'adulte", alors j'aurais du mal à parler de comment la préparer !

En conclusion, vous dites que pour les jeunes nés dans un village, "les grandes villes n’existent pas". Comment faut-il le comprendre ? Est-ce par défiance, méfiance, peur ? La ville fait bien fantasmer un peu, quand même…

Je ne dis pas exactement ça, simplement, pendant un temps, la ville est lointaine. C'est un fantasme : certains la désirent, d'autres la rejettent. On a l’illusion d'un endroit qu'on ne connaît pas : les grandes villes, telles qu'on les fantasme, n'existent pas.

Vous notez également que tous ceux qui sont partis restent profondément attachés à leur village d’origine. N’est-ce pas là la vraie force ? Dans le sentiment d’avoir un ancrage, un vrai ? N’est-ce pas, du coup, terriblement troublant, douloureux, de voir son village se transformer, voire se désagréger ?

Je crois que ce ne sont pas les hommes qui façonnent les lieux, mais l'inverse. Quand un village disparaît, c'est comme si on perdait un membre de sa famille, quelqu'un qui nous a élevé.

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Mots-clés :
Ville, Campagne, jeunes, vieux
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