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100 milliards d’arbres contre le Gobi : la nouvelle grande muraille de Chine suffira-t-elle à sauver le pays des sables ?

Publié le 28 décembre 2014
Alors que le pays souffre d'une mauvaise qualité de l'air, vicié par la pollution, la Chine doit aussi faire face aux tempêtes de poussière. Fréquentes et massives, celles-ci tirent leur origine du désert de Gobi, lui même en voie d'agrandissement. Une menace que le gouvernement chinois, dans sa considération un peu pharaonique des réponses politiques, a décidé de solutionner par la plantation d'une centaine de milliards d'arbres.
Jean-François Doulet
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Jean-François Doulet, maître de conférences à l'Institut d'urbanisme de Paris (Université Paris Est) est directeur-adjoint du Centre franco-chinois Ville et Territoire. Il vient de publier La ville "made in China" aux Editions B2.
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Alors que le pays souffre d'une mauvaise qualité de l'air, vicié par la pollution, la Chine doit aussi faire face aux tempêtes de poussière. Fréquentes et massives, celles-ci tirent leur origine du désert de Gobi, lui même en voie d'agrandissement. Une menace que le gouvernement chinois, dans sa considération un peu pharaonique des réponses politiques, a décidé de solutionner par la plantation d'une centaine de milliards d'arbres.

Atlantico : En quoi consiste cette "grande muraille verte" chinoise construite sur le pourtour du désert de Gobi et à quoi sert-elle ?

Jean-François Doulet : L’humanité est confrontée à une réduction de son oekoumène, c'est à dire de l'espace effectivement utilisable pour son implantation permanente. La progression des déserts est l'une formes les plus flagrantes de ce phénomène : plus de 40% des terres émergées sont menacés par la désertification ; pour y faire face, l'une des solutions mises en place depuis plusieurs décennies, à la proximité des grands déserts chauds, est la plantation d'arbres sensés jouer le rôle de barrière naturelle ; les expériences menées au sud du Sahara depuis les années 1970 ont le plus souvent été des échecs malheureusement. Le programme présenté par le gouvernement chinois, mis en place depuis déjà une dizaine d'années, s'inscrit dans cet axe d'action. Il faut relevé un enjeu spécifique au cas chinois autour du désert de Gobi : la Chine du nord souffre d'une sécheresse chronique qui se traduit par un important déficit hydrique. Pékin, la capitale du pays, mégapole de 20 millions d'habitants souffre ainsi d'un cruel manque d'eau. La progression du désert dans son flan nord-ouest est une menace réelle. Aussi le projet de "grande muraille verte” revêt-il une enjeu de dimension nationale.

Le gouvernement souhaite, à terme, planter près de 100 milliards d'arbres, un chiffre qui donne le tournis. Cette ambition est-elle réelle, et même réalisable, ou s'agit-il d'un effet d'annonce ?

Au-delà du caractère réaliste ou non du projet, il est intéressant de révéler une nouvelle fois la nature très particulière de la stratégie chinoise de développement : une forme de volontarisme moderniste. Le régime politique chinois demeure façonné par l'idée, très moderne, que la société par son simple vouloir peut façonner la nature, et plus globalement la réalité, tant qu'elle s'en donne les moyens. Au-delà du cas discuté, on a pu retrouver il y a peu un exemple de cette posture dans le cas de l'aménagement de la ville nouvelle de Lanzhou, dans la province du Gansu, qui a imposé d'araser des montagnes, ou du moins, de transformer totalement la morphologie du relief pour y implanter de la ville ; on pourrait également cité un autre projet bien connu : le barrage des Trois-Gorges… Ce volontarisme moderniste possède trois importantes caractéristiques : l'autoritarisme politique, la foi en la technologie et le gigantisme. Un tel projet, par son ampleur et son caractère excessif ne peut être porté que par un régime fortement autoritaire qui possède le loisir d'utiliser les ressources économiques à sa guise (autoritarisme). Au vue de la grandeur physique et symbolique de la Chine, les projets portés par le politique répondent souvent à un impératif de taille ; l'empreinte politique doit posséder une dimension à sa mesure (gigantisme). Pour finir, la simple possibilité d'envisager un tel projet est rendu possible par la croyance que la technologie ou la technique peut être une réponse à tous les maux, quitte souvent à surestimer son efficacité réelle (foi en la technologie). Ainsi, derrière ce qui pourrait apparaître comme un effet d'annonce, ce cache une posture culturelle qui nous échappe en partie parce qu'elle est ancrée dans un autre rapport à la modernité.

Est-ce que cette opération ne pose pas, en elle-même, des questions écologiques ?

La “grande muraille verte”, par son gigantisme, est de nature à inquiéter, pas tant par son efficacité pour lutter contre la désertification que par les nombreuses interrogations quant aux effets variés de la création d'un massif forestier de cette taille, à savoir une quart de la forêt amazonienne. Connaît-on véritablement ses effets écologiques ? sur la nature des sols ? sur le développement de la faune et de la flore ? sur l'atmosphère en général ? etc. L'exemple du barrage des Trois-Gorges est riche d'enseignement à ce titre : sa construction avait entraîné la constitution d'un vaste lac de retenue de 600 km de long sur le cours moyen du Changjiang. Plusieurs recherches ont montré que ce projet gigantesque avait mis à mal les équilibres internes au régime fluvial et aux divers écosystèmes qui y sont attachés. Je ne suis pas sûr que la Chine ait pris la mesure des conséquences imprévisibles d'un tel programme de plantation d'arbres. Il est certain que la création de cette immense forêts s'étalera sur plusieurs décennies…

Cette réalisation titanesque pose, plus largement, la question de l'environnement en Chine. Longtemps considérée comme l'un des pires pollueurs au monde, la Chine semble prendre de plus en plus de mesures pour protéger son environnement, qu'en est-il réellement ?

La question environnementale est certainement l'une des questions les plus sensibles au cœur de la stratégie chinoise de développement ; on sait aujourd'hui que les dégâts sur l'environnement en Chine depuis trois décennies vont rapidement impacter la croissance. Pendant trop longtemps, le développement du pays s'est fait au détriment des ressources naturelles, quelle qu'elles soient : les écosystèmes ont systématiquement subi les effets de l'industrialisation à outrance et de l'urbanisation tous azimuts. Les lacs, les cours d'eau, les sols, l'atmosphère ont subi des altérations provoquées par diverses formes de pollution. La Chine est progressivement en train de perdre nombre de ses richesses naturelles qu'il sera difficile, et parfois impossible, de recréer. Bien évidemment, on ne peut passer sous silence les efforts considérables que la Chine déploie pour tenter d'associer développement économique et contraintes environnementales. Il semblerait que le modèle de développement prôné par l'équipe dirigeante actuelle menée par le président Xi Jiping conforte cette ligne stratégique. Toutefois, on reste frappé de constater que les modalités du développement actuel du centre et de l'ouest du pays - là où aujourd'hui les usines s'installent et où les villes se créent - restent inféodées à un modèle de croissance somme toute classique dans lequel la prise en compte de l'environnement est relativement marginale…

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Commentaires (1)
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Le gorille
- 28/12/2014 - 19:36
Complément d'info, SVP !
Merci Atlantico de compléter l'article par des données de réalisation. La philosophie, c'est peut être bien, quoique de telles démarches (autoritarisme, gigantisme...) ont déjà eu lieu il y a plusieurs siècles et même millénaires, mais décrire ce projet ce serait beaucoup mieux, notamment la partie irrigation, le schéma directeur des surfaces, la vitesse de plantation, moyens mis en oeuvre, espèces retenues ... Bref du concret !