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Crime environnemental
Comment les mafias ont fait main basse sur nos déchets
Publié le 17 décembre 2014
L'accumulation de règles environnementales a eu pour effet pervers d'encourager le traitement illégal de déchets. Des organisations, dont certaines ont pignon sur rue, en ont fait leurs choux gras.
Docteur en sciences politiques, Fabrice Rizzoli enseigne dans différents établissements universitaires, IRIS, Sciences-po Paris et anime le site mafias.fr (analyse au quotidien d'un phénomène complexe). Il a écrit La mafia de A à Z (aux éditions Tim...
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Docteur en sciences politiques, Fabrice Rizzoli enseigne dans différents établissements universitaires, IRIS, Sciences-po Paris et anime le site mafias.fr (analyse au quotidien d'un phénomène complexe). Il a écrit La mafia de A à Z (aux éditions Tim...
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L'accumulation de règles environnementales a eu pour effet pervers d'encourager le traitement illégal de déchets. Des organisations, dont certaines ont pignon sur rue, en ont fait leurs choux gras.

Atlantico : La Commission européenne a revu à la hausse les objectifs de recyclage de déchets d'ici 2030 (voir ici), or comme le rappelle "Contexte", des organisations mafieuses ont mis la main sur au moins un quart de ce marché très lucratif (voir ici). Quelles sont les quantités concernées, et où les déchets partent-ils ? Quels sont les grands circuits mondiaux ?

Fabrice Rizzoli : Chaque année, des milliers de tonnes de déchets (chimiques, électroniques, industriels) sont exportées illégalement vers l'Asie et l'Afrique pour être "recyclées" ou simplement abandonnées, comme le montre un documentaire sur la Somalie.

Ces opéra­tions permettent de dégager des gains sub­stantiels estimés à plusieurs milliards d'euros à l'échelle mondiale, ce qui explique l'engagement de la criminalité organi­sée dans le tra­fic illégal de déchets. Mais les animateurs de ce trafic sont à rechercher parmi les sociétés de gestion des déchets, moins dans les organisations criminelles. Les organisations criminelles, les mafias se livrent à des trafics surtout locaux. Vous pouvez consulter le rapport d'Eurojust.

Comme dans mon cours à SciencesPo ou à l'IRIS, je tiens à dire ici que le trafic de déchets s'inscrit dans une géopolitique "critique" au regard de la problématique "légal/illégal". Ce ne sont pas les organisations criminelles qui sont responsables du trafic mais toute la société légale.

En l’occurrence : "La production croissante de produits polluants, l'insuffisance des capacités de traitement de déchets toujours plus nombreux et le renforcement de la réglementation qui accroît les coûts de traitement sont à l'origine de ce phénomène". (Atlas des mafias, ed. Autrement p. 58).

Il faut donc changer de modèle de société et produire moins de déchets !

Ce business lucratif a été mis en scène dans le film Gomorra, qui montre comment des déchets dangereux collectés dans le nord de l'Italie sont ensuite enfouis illégalement dans le sud du pays. Tous les pays européens sont-ils concernés par le phénomène ? A quand ce dernier remonte-t-il et à combien estime-t-on les gains qui en sont retirés chaque année ?

Le trafic de déchets en Italie commence de manière industrielle au début des années 90 à cause de l'arrivée de normes pour les entreprises contraintes de recycler leurs déchets. Dans le même temps, les PME/PMI italiennes subissaient la mondialisation et la concurrence déloyale des pays émergents. Subissant un effet ciseau - produire pour moins cher avec des coûts supplémentaires - les PMI se sont tournées vers la mafias pour se débarrasser de leurs déchets.

De fait, le film Gomorra a montré au grand public que ce sont les entrepreneurs du Nord qui demandent à la mafia d'enterrer leurs déchets dans le Sud de l'italie. Mieux, le documentaire "toxic Europe" fait par des journalistes indépendants montre que l’Italie n'est qu'un maillon d'une chaîne transnationale.

Tous les pays sont désormais confrontés à ce problème. En France, récemment une affaire de grand banditisme a défrayé la chronique. Mais il ne faut pas croire que c'est une spécificité du crime organisé, car à Marseille, des affaires démontrent le contraire. D'aprés le rapport du Sirasco, malheureusement confidentiel, 130 000 tonnes de produits dangereux sont exportées de là vers des pays étrangers. Il s'agit d'entreprises légales (négociant) en falsifiant le document "requalification en déchets non dangereux"... Exactement comme en Italie, sauf qu'en Italie, ils en enterrent une partie chez eux… Enfin, la France et ses 53 réacteurs nucléaires ne produit pas de trafic illicite de déchets.

Quelles sont les conséquences environnementales, sociales et sanitaires du traitement illégal des déchets, en Europe et dans les autres parties du monde concernées ?

Partout, le traitement illégal des déchets est une catastrophe humanitaire. En Italie, là ou sont enterrés les déchets, les taux de cancer sont "anormalement élevés". Partout dans le monde, des enfants vivent de nos déchets pour mieux en mourir !

Un marché aussi conséquent ne peut se développer que sur la base d'un système de corruption au niveau des directions d'entreprises, mais aussi des pouvoirs publics. Quelle est l'ampleur de cette corruption en Europe ? Pourquoi les contrôles sont-ils insuffisants ?

Les criminels professionnels comme les entreprises font un arbitrage entre le risque, ici minime, et ce que l'activité criminelle rapporte, comme l'a démontré l'emblématique affaire "PROBO KOALA". Malheureusement, les législateurs n'ont pas encore prévu de punir les trafiquants de déchets à la hauteur d'un meurtre alors qu'il s'agit d'un crime contre l'humanité !

Le trafic de déchets alimente en effet un cycle de corruption gigantesque qui compte les entrepreneurs, les douaniers, les superviseurs, les armateurs, les politiciens….

Mardi 9 décembre avait lieu la journée mondiale contre la corruption, et il serait temps d'inventer de nouveau moyens de lutte.

Au lieu de mobiliser nos forces de l'ordre pour arrêter des milliers de petits consommateurs de cannabis, nos policiers devraient s'occuper des grands trafiquants de déchets et des mafias du blanchiment.

Enfin, plutôt que de dépenser énergie et argent pour "tenter" de mettre les trafiquants en prison, il faudrait confisquer les biens mal acquis et les redonner au nom de l'intérêt général. La maison du trafiquant de déchets doit devenir une école de la deuxième chance. La villa du spéculateur immobilier corse doit devenir le siège d'une association de protection de l'environnement. On le fait en Italie !

C'est la raison pour laquelle, je viens de créer une association, "Crim'HALT-ernative" pour stopper les criminels en donnant à la société civile leurs biens mal acquis.

Propos recueillis par Gilles Boutin

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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zouk
- 14/12/2014 - 10:32
Règles d'élimination des déchets et trafics mafieux
Les bonnes intentions finissent toujours par paver l'enfer, sauf prescriptions et contrôles rigoureux.