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Quand trop de com tue la com ! Rappel de quelques règles élémentaires du message politique à l'intention de François Hollande

Publié le 09 novembre 2014
La présence de François Hollande sur TF1 a fait l'effet d'un soufflé : à peine sorti du four, il s'est dégonflé. Une nouvelle preuve que, si les "spin doctors" et autres "speechwriters" sont excellents dans la conquête du pouvoir, ils s'endorment pendant son exercice.
Christophe de Voogd
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Christophe de Voogd est normalien et docteur en histoire, spécialiste des idées et de la rhétorique politiques qu’il enseigne à Sciences Po et à Bruxelles. Dernier ouvrage paru : « Réformer : quel discours pour convaincre ? » (Fondapol, 2017)...
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La présence de François Hollande sur TF1 a fait l'effet d'un soufflé : à peine sorti du four, il s'est dégonflé. Une nouvelle preuve que, si les "spin doctors" et autres "speechwriters" sont excellents dans la conquête du pouvoir, ils s'endorment pendant son exercice.

« Bon, on allait voir ce qu’on allait voir » ! Le Président allait « parler aux Français » ! Au cœur de son mandat, il allait « fendre l’armure », « donner le cap », voire « faire des annonces »… Et puis, après la montée ; cuisinée des jours durant ; de la mayonnaise médiatique, que constate-t-on ? Un retentissant « pschitt » ! Nous voici, aujourd’hui avec le résultat prévu par les plus lucides : il ne s’est, tout simplement, rien passé. Sauf une audience quasi-sarkozienne. Mais, hélas, tout est dans le « quasi »…

Sans doute, le chœur habituel des avocats des causes perdues a tout fait pour minimiser le désastre : « mais comment voulez-vous, avec une telle impopularité » ? « Et de si mauvais résultats économiques » ? « Et puis, il y a l’Europe, si exigeante » ; « et puis, il y a le PS, si divisé » ; « et puis il y a le caractère, si pudique, de François Hollande » « Et puis… Et puis… » Bref, toutes choses connues avant, et que les commentaires d’après font semblant de redécouvrir.

Il eût peut-être été plus simple de consulter les tables de la loi en matière de discours politique. Non pas les spin doctors de nos jours, mais les bons vieux théoriciens de la rhétorique : Aristote ou Cicéron, par exemple. Avec l’avantage financier qu’ils sont d’accès gratuit et disponibles au premier « clic » sur Google !

Ils auraient rappelé quelques règles élémentaires de tout discours politique :
1/ Démontrer sa crédibilité et sa représentativité  (donc le droit de parler au nom du groupe)
2/ Enoncer une thèse simple et bien argumentée (c’est à dire un constat d’ensemble sur la situation du pays)
3/ Emettre un message qui découle logiquement de cette thèse (en l’occurrence, ce ne pouvait être qu’un ressourcement démocratique du pouvoir)

Bref, tout ce qu’a manqué François Hollande (et encore une fois de façon totalement prévisible). Il a mis, comme disait le Général, « à côté de la plaque ».

1/ En ressassant un « moi, je, c’est moi qui décide», il a manqué l’enjeu fondamental du « nous » collectif. Pour « parler aux Français » il faut d’abord les comprendre. On a mesuré l’écart lorsque le Président fut confronté à ces fichus Français : parler de macroéconomie à une chef d’entreprise engluée dans les formulaires de l’URSSAF ou promettre un emploi aidé pour chômeurs non diplômés à un jeune qui l’est, relève d’un sens du public un peu approximatif. A quoi s’ajoute qu’en matière de crédibilité, reconnaitre que l’on « s’est trompé », sans argumenter davantage sur les causes profondes de cette erreur et les leçons qu’on en tire, n’est pas la meilleure garantie que l’on aura raison dans l’avenir…2/ On a beau chercher : cette (très) longue émission n’a abouti à aucune thèse simple et convaincante. Qui suis-je ? Quel est mon but ? Où en est le pays ? Où en est le gouvernement ? Où en sont les réformes ? Et, accessoirement, où en est le vaste monde ? Il est vrai que la meilleure « boîte à outils » ne saurait répondre à ces questions !

3/ Quel peut donc être le message, si rien n’est clair quant au diagnostic ?

Et pendant ce temps-là, les deux grands rivaux (les deux vrais rivaux) de François Hollande, appliquaient, eux, à la lettre, les principes élémentaires de la rhétorique politique: évidemment Nicolas Sarkozy, sortant enfin du « moi, je », qui avait encalminé son retour, pour parler de « République » à ses électeurs de l’UMP, jusqu’ici coincés entre extrême droite et political correctness …

Et aussi, quelqu’un d’autre, plus discrètement, parce que Premier Ministre de l’Autre, tout de même !, Mais qui ne se trompe ni de destinataires (les réformistes, pas si rares en France) ni de thèse (« la gauche a eu tout faux jusque-là ») ; ni de message (« il faut tout revoir »). Et qui, chaque jour, ajoute une valise supplémentaire en vue de son prochain départ…Dont il choisira la date !

Il est vrai que, lorsqu’il s’agit de conquérir le Pouvoir, les speechwriters sont excellents. Ils s’endorment à son exercice. Pour une raison très simple : les « communicants » sont d’abord des courtisans. François Hollande vient d’en faire l’amère expérience.

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Commentaires (2)
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Christophe de Voogd
- 09/11/2014 - 18:24
christophedevoogd@hotmail.com
Bien vu! Mais cela relève davantage de l'inconscient politique que du message délibéré. La vraie thèse était plutôt "c'est moi le président" ce qui est une évidence, et le message "je me cramponne": ce qui n'est pas la question pour les Français.. et est plutôt désastreux dans son ambiguïté!
john mac lane
- 09/11/2014 - 14:14
Çà coûte rien, c'est l'état qui paye.
Vous n'avez pas vu de message?
Pourtant il est clair limpide et l'a dit clairement......
Çà coûte rien c'est l'état qui paye. Tout est dit de sa pensée.