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La traque : Mohamed Merah était-il vraiment le terroriste qu'il prétendait être ?

Publié le 27 octobre 2013
Hugues Moutouh a été au cœur des 168 heures qu'a duré la traque de Mohamed Merah. Du profilage des suspects à leur filature jusqu'à l'assaut final mené par le Raid, il a vécu l'affaire minute par minute. Extrait de "168 heures chrono: la traque de Mohamed Merah" (2/2).
Hugues Moutouh, préfet, était conseiller spécial du ministre de l'Intérieur au moment de l'affaire Merah.
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Hugues Moutouh a été au cœur des 168 heures qu'a duré la traque de Mohamed Merah. Du profilage des suspects à leur filature jusqu'à l'assaut final mené par le Raid, il a vécu l'affaire minute par minute. Extrait de "168 heures chrono: la traque de Mohamed Merah" (2/2).

Progressivement, Amaury et ses hommes s’aperçurent qu’en dépit de ses déclarations répétées Merah ne se rendrait pas facilement. Personne, à ce moment-là, n’était vraiment capable de déchiffrer ses intentions. Le Raid misait beaucoup sur le fait que Merah semblait fier de ses actes qui avaient « fait trembler la France ». L’organisation d’un procès pourrait très bien lui servir de tribune pour les exposer au monde entier. Tout au long de la matinée, un débat avait eu lieu au sein du PC. Le patron du Raid se trouvait dans le camp des optimistes, avec le chef négociateur. Olivier Richardot, en revanche, se montrait plutôt pessimiste. Quant au psychologue, il était très réservé sur les chances réelles d’une reddition sans histoires. Le profil de Merah lui paraissait mortifère et sa démarche profondément suicidaire. Si les pulsions de mort l’emportaient sur son instinct de survie, il y avait peu de chances pour qu’il se laisse prendre vivant. En tout cas, une chose paraissait claire à tout le monde : se précipiter pour donner l’assaut ne servirait qu’à aggraver la situation. Il fallait laisser une chance aux deux négociateurs, en misant particulièrement sur la relation de confiance que Merah semblait entretenir avec Hassan.

Au début, l’agent de la DCRI avait paru un peu fébrile au Raid. Il est vrai que son métier ne l’avait guère préparé à gérer une telle situation. Il fallait imaginer ce petit homme maigre, plutôt habitué à l’analyse qu’aux opérations de terrain, parachuté brutalement au milieu d’une zone de combats, revêtu d’un gilet pare-balles et chargé de négocier avec un tueur en série se réclamant d’Al-Qaïda. Merah avait tout fait, au début, d’ailleurs, pour le déstabiliser, en lui apprenant que son nom était en bonne place sur la liste noire des personnes qu’il comptait abattre.
 
Pire encore, il était déjà passé à côté de la mort sans le savoir, puisque Merah lui avait tendu un guet-apens, sans succès. « Je t’avais ciblé », avait-il tranquillement dit à Hassan. Il avait prévu de l’attirer quelque part, sous prétexte de lui donner une information, avant de l’abattre d’une balle en pleine tête. Merah n’avait pas prévu que le policier chargé de transmettre le message à Hassan ne lui ferait pas la commission. Que celui-ci ait tout simplement oublié, ou qu’il ait trouvé le procédé suspect, Hassan lui devait une fière chandelle.
 
L’agent de la DCRI n’était qu’une des nombreuses cibles repérées par Merah. Tout au long de la discussion, on allait s’apercevoir qu’il y en avait beaucoup d’autres encore. Le lundi 19 mars, il s’était ainsi posté, aux environs de 5 heures du matin, devant le domicile d’un militaire travaillant à la caserne du quartier Pradère à Toulouse. Il l’avait suivi comme à son habitude, quelques jours auparavant. Il connaissait ses habitudes. Embusqué près du portail, derrière les poubelles, il avait prévu de tirer sur lui à travers le pare-brise, au moment où le véhicule marquerait un temps d’arrêt devant lui. Mais ce jour-là, le militaire avait décidé d’ouvrir son portail de loin, et sa voiture était passée devant Merah, sans s’arrêter. Les enfants de l’école Ozar-Hatorah n’auraient pas cette chance, puisque c’est en chemin pour rentrer chez lui, deux heures plus tard, qu’il s’en prendrait à eux, à l’improviste.
 
Ce jour même où le Raid intervenait à son domicile, Merah avait programmé de retourner chez ce militaire pour tenter à nouveau de l’abattre. L’opération ne présentait, en effet, guère de risque. Mais il avait décidé, cette fois, d’être prudent et de changer son mode opératoire pour brouiller les pistes : il aurait pris sa voiture au lieu de son scooter et porté une cagoule noire à la place de son habituel casque intégral. Il aurait changé d’arme, aussi, en utilisant le colt qu’il venait de remettre à la police. Toujours du 11.43. Les hommes d’Amaury avaient eu beaucoup de chance de le trouver chez lui, parce qu’il s’apprêtait à quitter définitivement son appartement pour s’installer en lieu sûr, chez une de ses amies. Il l’avait recroisée récemment en discothèque et lui avait demandé de l’héberger quelques jours, juste le temps de « régler des problèmes personnels ».
 
Ce n’était pas tout. Merah avait encore d’autres objectifs en tête, des policiers, en particulier, comme le chef de la brigade anticriminalité de Toulouse. Il avait réussi à obtenir son adresse, comme celle d’un certain nombre de ses collègues de la région. En décidant de l’interpeller immédiatement, dans la nuit de mardi à mercredi, on avait sans doute évité l’une des pires cavales sanglantes de ces dernières années. Car Merah n’aurait reculé devant aucune extrémité. Sachant dès le départ que ses jours étaient comptés et que la police finirait forcément par l’arrêter ou le tuer rapidement, il avait décidé de multiplier les attentats, au culot, presque au hasard, s’en prenant à n’importe quel policier ou gendarme dans la rue. Il avait même imaginé un final en forme d’apothéose, à la Rambo ou à la Scarface : projeter une voiture-bélier puissante sur la façade d’un commissariat, et ouvrir le feu, une fois dedans : « J’aurais canardé jusqu’à ce qu’on me tue. »
 
Tuer… Ce geste qui l’avait fortement éprouvé la première fois, après le meurtre d’Ibn Ziaten, fatigué psychologiquement et physiquement, au point de ressentir le besoin de dormir, était désormais devenu naturel pour lui. Enfermé dans une spirale infernale, maladive, il avouait y avoir pris goût après la fusillade de Montauban : « Je ressentais mon cœur apaisé. Et comme il était apaisé je voulais refaire ça… Je me sentais de mieux en mieux. » Hassan et ses voisins de la cellule de négociation comprenaient que le jeune délinquant des Izards était devenu en l’espace de quelques années, sous couvert de fanatisme religieux, un authentique tueur en série boulimique, un dangereux psychopathe retirant du plaisir de ses crimes. Son comportement de prédateur et son mode opératoire le rapprochaient d’ailleurs davantage du serial killer que du terroriste.
 
Extrait de "168 heures chrono: la traque de Mohamed Merah", Hugues Moutouh, (Plon éditions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.
 
 
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lsga
- 28/10/2013 - 12:52
vite : des théories complotistes impliquant le Mossad !
 
jean fume
- 27/10/2013 - 22:36
En réponse à la question du titre :
Certainement pas ! C'était des notions qui devaient le dépasser.
Probablement, juste une petite merde qui se prenait pour un caïd.
Mais à partir du moment où il avait flingué "gratuitement", il ne méritait aucune considération.
sam84
- 27/10/2013 - 18:45
Par ce qu'un terroriste n'est pas un serial killer ?
On nous prend vraiment pour des billes il y aurait une différence entre le Djihadiste qui prend son pied en tuant des innocents et un tueur en série Le "cas" Merah la patate chaude qui ne doit surtout pas être classée islamiste Dormez brave gens dormez