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Comment tuer vos amis ? Leçon du plus grand chef de la police secrète soviétique
Publié le 12 mai 2013
Dans l'ombre de Staline, Beria fut pendant quinze ans le chef de la police secrète soviétique et d'un réseau d'espionnage à l'échelle mondiale. L'auteur Thaddeus Wittlin revient sur son histoire sulfureuse. Extrait de "Beria : Chef de la police secrète stalinienne" (1/2).
Historien américain d'origine polonaise et spécialiste du système soviétique, Thaddeus Wittlin est le premier biographe du sulfureux Beria. Son œuvre est le résultat de plus de six années de recherche de part et d’autre du rideau de fer.
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Historien américain d'origine polonaise et spécialiste du système soviétique, Thaddeus Wittlin est le premier biographe du sulfureux Beria. Son œuvre est le résultat de plus de six années de recherche de part et d’autre du rideau de fer.
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Dans l'ombre de Staline, Beria fut pendant quinze ans le chef de la police secrète soviétique et d'un réseau d'espionnage à l'échelle mondiale. L'auteur Thaddeus Wittlin revient sur son histoire sulfureuse. Extrait de "Beria : Chef de la police secrète stalinienne" (1/2).

Bientôt, les événements se précipitent à Moscou, à la vitesse d’une avalanche. Au cours d’une grande purge décidée par Staline, plusieurs personnalités éminentes sont mises en accusation. Lev Borisovitch Kamenev et Grigori Ievseievitch Zinoviev, deux bolcheviks vétérans, en activité depuis 1901, et pionniers de la révolution d’Octobre, sont arrêtés et avouent leurs crimes : ils sont trotskistes, ont organisé des bandes d’assassins, de traîtres et d’agents de l’étranger. Ils plaident coupable, en même temps que quatorze autres personnes accusées d’avoir collaboré avec eux ou de faire partie de leur organisation subversive. Le procès commence le 19 août 1936, dure six jours et se termine par la condamnation à mort des inculpés. Il n’y a pas d’appel et les condamnés sont exécutés dans les vingt-quatre heures. Beria a son idée personnelle sur le procès. Du groupe des seize accusés, les deux principaux, Kamenev et Zinoviev, ont été de proches amis de Lénine et ses adorateurs. Ils ont été membres du Politburo et des figures essentielles du Comité central. En 1920, Zinoviev était président du Comintern (l’Internationale communiste). En d’autres mots, leurs activités ont été pour le moins aussi honorables et aussi méritoires que celles de Staline. Mais tous deux sont Juifs. Grigori Ievseievitch Zinoviev s’appelle en réalité Hirsch Apfelbaum, tandis que Lev Kamenev est né Rosenfeld. En outre, Kamenev, élevé à Tifl is où il a fréquenté l’école moyenne, a mené le combat communiste en Géorgie où son activité clandestine parmi les ouvriers est, pour le moins, aussi connue que celle de Staline. Cela pèse fort sur les ambitions de Staline qui veut rester le seul et unique héros communiste du Caucase. Kamenev, fort lié à Lénine, adhère au Parti géorgien et représente la ligne politique de Lénine dans ce pays. Et le point de vue de Lénine diffère de celui de Staline. Kamenev prend également l’habitude de se rendre fréquemment à l’étranger. Il passe plusieurs semaines à Londres en tant que délégué au troisième Congrès de l’Internationale communiste. Pour Staline, qui voit en chacun un espion, il semble que Kamenev ait établi des contacts avec des agents britanniques à Londres. En outre, il a épousé la soeur de Trotski et sa qualité de beau-frère du traître fait de lui un traître également. Mais surtout, lorsque Staline s’est évadé d’exil, Kamenev l’a aidé à trouver une cachette à Tifl is. Il l’a fait si adroitement que la police tsariste n’a pu pincer le fugitif en dépit d’une perquisition dans l’appartement de Kamenev et d’une enquête auprès des locataires. Le succès d’un tel exploit suffi t à Staline pour condamner Kamenev à mort, car il exècre toute forme de charité ou de sympathie spontanée. Il y a aussi le danger que Kamenev révèle cet événement dans ses mémoires. Staline ne veut pas qu’on sache qu’il a été aidé dans ses activités clandestines.

Quant aux aveux, Beria ne nourrit aucune illusion sur la manière dont on les a obtenus. Le NKVD utilise des méthodes éprouvées pour réunir les preuves et pour préparer les inculpés en vue du procès. Le procureur général Andreï Yanouarevitch Vychinski est certain d’obtenir tous les éléments nécessaires pour soutenir l’accusation. Cela est d’autant plus évident que plusieurs accusés ont été arrêtés immédiatement après l’assassinat de Kirov et qu’un séjour prolongé derrière les barreaux les a disposés à se plier plus facilement à la volonté des accusateurs.Après avoir monté ce procès spectaculaire, Staline part prendre ses vacances d’été en Géorgie. Comme d’habitude, il voyage dans son train privé, blindé et protégé par des pelotons de gardes du corps aux ordres du général de l’armée Rouge Nikolaï Vlasik. Vlasik est un paysan simple et rude, illettré, mais doué d’un fl air inné pour sentir le danger. Jusqu’à la dernière minute, tout le monde ignore dans quelle voiture voyagera le dictateur, et, dans chaque ville où le train s’arrête pour faire le plein d’eau et de charbon, la police locale est priée de vider la gare et de l’entourer d’un cordon de troupes. Cette fois-ci, Staline emmène comme adjoint Andreï Alexandrovitch Jdanov, secrétaire du Comité central du parti communiste. Il l’a choisi non seulement pour l’agrément de sa compagnie, mais aussi pour le charger d’une lourde tâche qu’il devra accomplir pendant son séjour sur les rives de la mer Noire. À l’arrivée du train en gare de Tbilisi, les détails de la surveillance sont pris en charge par Beria lui-même. Pendant son bref séjour dans la capitale de la Géorgie, Staline passe le plus clair de son temps au chevet de sa mère malade. Elle a quatre-vingts ans. Deux jours plus tard, Staline part pour sa villa de Sotchi. Cet été, cependant, le temps n’est pas au repos ni à la détente. Avec Jdanov, qui fait davantage offi ce de secrétaire que d’adjoint ou de conseiller, Staline décide de mettre la dernière main au projet de constitution que lui ont préparé Boukharine, Zinoviev et Radek, tous communistes éminents qu’il envisage d’anéantir tôt ou tard, ainsi que le procureur général Vychinski. Il veut préparer le terrain à l’écrasement de plusieurs vieux bolcheviks qui, ayant l’esprit indépendant, lui barrent encore la route du pouvoir absolu. Offi ciellement, cependant, Staline séjourne dans son beau domaine d’Abkhazie pour y passer des vacances. Le soir, il invite ses compatriotes et meilleurs amis Beria, Lakoba et Mdivani. En leur compagnie, il peut parler librement, manger et boire à satiété.

Pour lancer une nouvelle purge, encore plus perfi de que celle qui a frappé Kamenev et Zinoviev, le dictateur a besoin de quelqu’un de plus impitoyable encore que le chef actuel du NKVD, Iagoda. En tant que chef de la police secrète de l’ensemble de l’URSS, celui-ci s’est acquitté de ses devoirs dans l’affaire de l’assassinat de Kirov, affaire qui servit de prétexte à l’arrestation massive d’ennemis en puissance de Staline. Cette catégorie comprenait les plus méritoires et les plus éminents des bolcheviks. Son service actif a commencé lorsque, au vu de son ancienne profession de pharmacien, Iagoda fut nommé chef du laboratoire de Toxicologie du Kremlin. Cela lui permit de hâter la mort de Lénine qui, de toute manière, se remettait mal de trois attaques. Sa connaissance des drogues et des poisons continua à servir Iagoda en lui permettant d’obtenir le poste vacant de chef de la Guépéou lorsque son supérieur Viatcheslav Menjinski mourut inopinément. Sa science s’est encore révélée utile en mettant défi nitivement fi n aux douloureuses quintes de toux de Gorki. L’écrivain avait un jour refusé d’écrire un livre sur Staline et cela avait suffi à décider le dictateur à le supprimer. Tout ce que Iagoda avait fait, avait été exécuté sur l’ordre de son maître, le grand camarade Staline. À présent, Iagoda a rendu suffi samment de services. Staline n’a plus besoin de lui, le poste pourrait revenir à Beria, mais Staline veut maintenir ce dernier quelque temps encore dans le Caucase pour mener à bien des purges en Géorgie, en Azerbaïdjan et en Arménie jusqu’à la liquidation fi nale des dernières traces de l’indépendance nominale incarnée par la Fédération transcaucasienne.

En remplacement de Iagoda, Staline choisit Nicolaï Ivanovitch Iejov, ancien commissaire politique de l’armée Rouge, puis membre du Comité central du Parti. Nommé chef de la division des cadres du Parti, Iejov est bientôt élu membre du Comité central et agent de liaison entre le Politburo et la Sûreté. Mais, en dépit de tous ces honneurs, Iejov souffre toujours de son enfance pauvre et de son manque d’instruction. Il hait l’intelligentsia et quiconque se distingue. Cela comprend maints bolcheviks, créateurs de l’ordre nouveau. Staline est au courant de cette haine et croit fermement que Iejov supprimera avec joie quiconque a eu un peu d’importance dans la mère patrie. Aussi est-il l’homme de la situation. Le 25 septembre 1936, depuis sa résidence d’été de Sotchi, Staline, ainsi que Jdanov, envoient à Kaganovitch, à Molotov et à d’autres membres du Politburo le télégramme suivant : Nous estimons absolument nécessaire et urgent que le camarade Iejov soit désigné au poste de commissaire du peuple aux Affaires intérieures. Iagoda a définitivement fait la preuve qu’il était incapable de démasquer le bloc trotskiste-zinoviétiste. La Guépéou a quatre ans de retard dans cette affaire. Cela a été remarqué par tous les militants et par la majorité des représentants du NKVD26. Immédiatement après cet ordre, Genrikh Iagoda est relevé de ses fonctions et remplacé par Nikolaï Ivanovitch Iejov. Le nouveau chef de la Sûreté sait parfaitement ce que signifi e sa nomination. Aussitôt, une vague d’arrestations submerge Moscou. En peu de temps, des centaines de bolcheviks parmi les plus éminents, anciens collaborateurs de Lénine dans l’édification de la patrie nouvelle, vont en prison. Staline projette de rentrer au Kremlin dans quelques semaines. Mais, dans les premiers jours d’octobre, Beria téléphone de Tbilisi pour l’appeler auprès de sa mère. La vieille Ekaterina Georgievina Djougachvili est morte. Les funérailles constituent une cérémonie importante pour les Géorgiens de la capitale, à qui Beria impose un deuil offi ciel. Les écoles, les usines et les magasins restent fermés, tandis que les écoliers, les étudiants et les professeurs doivent suivre le corbillard avec des cierges allumés. Les enfants de Staline Iakov, Vassili et Svetlana arrivent de Moscou. Les jeunes gens sont les hôtes de Beria et demeurent dans son luxueux appartement du quartier résidentiel. De Moscou viennent aussi les Svanidzé, les Allilouïev, ainsi que des amis, notamment Boukharine, rédacteur en chef des Izvestia, Malenkov, Boulganine, Khrouchtchev, Kaganovitch, Molotov, Mikoïan et Ordjonikidzé.

En approchant du cercueil ouvert de sa mère et en lui baisant le front et les joues, Iosif Vissarionovitch est sincèrement et profondément ému, bien qu’il ne verse pas de larmes comme il l’a fait avec tant d’ostentation à l’enterrement de Kirov. Sitôt après la cérémonie, parents et amis regagnent Moscou, de même que les personnalités parmi lesquelles se trouve Malenkov. Ce dernier rentre avec des instructions particulières données par Jdanov, le principal assistant de Staline. Boukharine est aussitôt arrêté, alors qu’il travaillait dans le bureau de sa rédaction et, sur l’ordre exprès de Iejov, il est emprisonné dans la prison la plus sûre des environs de Moscou : Lefortovo. Le lendemain, le dictateur regagne Sotchi en compagnie de Jdanov et de son garde du corps, le général Vlasik. Il emmène avec lui deux de ses enfants Vassili et Svetlana mais pas Iakov. Il n’a jamais pu le supporter. Ils sont rejoints par Lavrenti Beria, le meilleur ami de la famille et le plus fidèle disciple du chef, le Grand Camarade Staline.

Extrait de "Beria : Chef de la police secrète stalinienne" (Nouveau monde édition), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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Tontonne
- 13/05/2013 - 19:45
@ mich2pains
Vous vous faites plein d'illusions. Ce sont des malades.
Cette maladie mentale est imperméable au bon sens, et a encore bien des beaux jours devant elle.
J'ai un très bon (camarade!) qui n'accepte pas l'absence de Robespierre dans les noms de rue. Attendez vous a une promo Robespierre a l'ENA - Puis Fouquier-Tinville, tant que nous y sommes.
Bientôt une initiative dans ce sens des Flanby brothers, maintenant que le lièvre est levé?.
ciceron
- 12/05/2013 - 18:21
Il n'y a pas de pire sourd
que celui qui ne veut entendre
Ainsi donc nous sommes le dernier pays occidental avec un parti communiste officiel ! et fier de son héritage ! Tout cela est globalement positif !!
Grand pays que le nôtre
Glabre et Ingambe
- 12/05/2013 - 13:20
L'esprit communiste.
Une belle bande d'ordures, pas à dire !