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© ALBERTO PIZZOLI / AFP
© ALBERTO PIZZOLI / AFP
Conférence

Sommet des populistes à Rome : l'émergence d’une internationale des conservateurs

Publié le 05 février 2020
A l'occasion de la "National Conservatism Conference", les 3 et 4 février à Rome, les figures majeures nationalistes et conservatrices européennes étaient réunies.
Edouard Husson
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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A l'occasion de la "National Conservatism Conference", les 3 et 4 février à Rome, les figures majeures nationalistes et conservatrices européennes étaient réunies.

Vous rappelez-vous la couverture médiatique française sur la Convention de la Droite du 28 septembre 2019 ? Elle fut majoritairement négative. Heureusement que j’ai toujours en tête la célèbre scène d’Itinéraire d’un enfant gâté où Belmondo explique à Richard Anconina: « Surtout, ne prends jamais l’air étonné ! »; une des premières questions que j’aie entendue, lundi dernier, dans la bouche de Christopher DeMuth et Yoram Hazony, deux des organisateurs de la « National Conservatism Conference » qui s’est déroulée les 3 et 4 février à Rome, c’est: « Dites-nous, donc, quelles sont les retombées de la Convention de la Droite? La droite française commence-t-elle à s’organiser? ». S’engage alors une conversation passionnante, très loin du provincialisme dans lequel est tombée la plus grande partie du débat intellectuel et politique français. 

Chris DeMuth est un ancien conseiller de Ronald Reagan, il a présidé le très influent think tank conservateur American Enterprise Institute pendant plus de vingt ans, de 1986 à 2008. Yoram Hazony est le président de l’Institut Herzl, à Jérusalem ainsi que de la Fondation Edmund Burke, qui organise la conférence romaine, où j’ai été invité à parler de la mutation du conservatisme européen sous l’effet du Brexit. Les deux hommes veulent comprendre ce qui se passe en France. Ils veulent qu’on leur décrive plus précisément, la crise politique et sociale qui marque la présidence d’Emmanuel Macron. Ils veulent surtout qu’on leur explique pourquoi ni Les Républicains ni le Rassemblement National n’arrivent à sortir des réflexes politiques de la période avant la crise de 2007/2008. La mondialisation heureuse a fait naufrage dans la crise des subprimes, Donald Trump est devenu président des Etats-Unis, le Brexit a été voté et il est en train d’avoir lieu: tel est le contexte dans lequel réfléchissent les organisateurs de la conférence. 

Nos interlocuteurs observent un tournant aussi important que celui qui eut lieu en 1979-1980, avec l’accession de Margaret Thatcher à Downing Street et de Ronald Reagan à la Maison Blanche. Ils y voient un moment où les pays occidentaux pourraient se ressourcer à leurs racines culturelles. Mais ils constatent aussi que le tournant de la fin des années 1970 avait été longuement préparé et pensé. Alors que l’élection de Donald Trump ou la victoire de Boris Johnson demandent encore à être comprises, théorisées. La conférence de Rome prend la suite de celle qui s’était tenue à Washington en juillet dernier, où intellectuels, politiques, experts proches du parti républicain ou acteurs du conservatisme anglophone avaient échangé sur le « moment Trump » et l’héritage que laissera, en 2020 ou en 2024, l’actuel président des Etats-Unis. La Fondation Edmund Burke et les réseaux dans lesquels elle s’insère ne sont pas, on l’aura compris, des adeptes du « tournant asiatique » de Barack Obama. Au contraire, il pense, que c’est dans le renouvellement d’un partenariat avec l’Europe que les Etats-Unis pourront déployer au mieux l’actuelle métamorphose du conservatisme. 

Je dois dire que j’ai passé deux jours passionnants, dans un climat d’effervescence intellectuelle, d’ouverture culturelle et de fraternité politique. Il ne m’est pas possible de mentionner tous les orateurs, tant les tables rondes ont été denses et les interventions nombreuses. Avec Rod Dreher, John O’Sullivan, Douglas Murray, Anne-Elisabeth Moutet, Alexandre Pesey, John Fonte, Ryszard Legutko ou Antonio Martino, pour ne citer qu’eux, nous avons vu se déployer toute l’intelligence du conservatisme moderne. Surtout, nous étions au coeur de ce qui définit le conservatisme, au sens propre: l’idée selon laquelle les libertés individuelles ne peuvent se déployer durablement que dans le cadre d’une cohésion sociale et d’une transmission intergénérationnelle. Le Brexit nous a rappelé que, régulièrement, la Grande-Bretagne, ressent le besoin d’un retour aux sources, d’une refondation des libertés historiques de la nation (Magna Carta, Habeas Corpus, Glorieuse Révolution). Le titre de la conférence, qui est aussi celui d’un livre de Yoram Hazony, ne doit pas nous induire en erreur: en français, on préférera peut-être parler de « conservatisme patriotique ». Mais l’essentiel est de se rappeler la leçon que nos amis anglophones ou d’Europe centrale nous ont rappelé pendant deux jours: la liberté abstraite n’existe pas, elle se transforme inévitablement en tyrannie, comme Edmund Burke, le grand organisateur du parti Whig au XVIIIè siècle, l’avait observé à propos de la Révolution française. La liberté n’existe qu’enracinée dans une culture transmise fidèlement de génération en génération et une série de communautés, de la famille à la nation. 

Je ne m’étendrai pas sur les interventions politiques à la Conférence de Rome, déjà largement commentées dans les médias depuis hier. Giorgia Meloni, Viktor Orban et Marion Maréchal sont venus témoigner de leur engagement au service de la cité et dresser des perspectives d’avenir. La conférence avait été placée sous les auspices du président Reagan et du pape Jean-Paul II, les fondateurs, avec Margaret Thatcher, du conservatisme des années 1980, grâce auquel le communisme a été renversé et les nations démocratiques ont pu surgir ou renaître dans le monde entier. Aussi était-il émouvant d’entendre Viktor Orban évoquer l’esprit de liberté des années 1980 et le combat courageux du peuple hongrois, jusqu’à aujourd’hui, souverain et libre, pour son existence comme nation démocratique. Avec Orban, nous avions une trajectoire, un aboutissement de trente ans, un souci de transmission à une nouvelle génération d’hommes et de femmes politiques. La présence et le discours de Marion Maréchal, outre le fait qu’ils exprimaient la participation française à la construction d’un nouveau conservatisme des deux côtés de l’Océan Atlantique, ont permis de se projeter dans les trente ans à venir. Comment habiter autrement l’Union Européenne, après le Brexit, en en faisant à nouveau, ce qu’elle était à l’époque du Général de Gaulle, une communauté de nations démocratiques bien coordonnées? Comment rétablir nos frontières pour arrêter le fossoyeur le plus immédiat de la démocratie, les mouvements migratoires non contrôlés? Comment reprendre possession du territoire national, pour éviter qu’il se clive toujours plus entre métropoles et périphéries? Comment développer la seule écologie qui vaille, conservatrice et entrepreneuriale, écologie de la nature mais aussi écologie humaine, protégeant les personnes de toutes les tentatives d’en faire des « organismes génétiquement modifiés » et des marchandises ? Telles sont les questions qu’a traitées Marion Maréchal, en présentant le conservatisme qui naît comme l’humanisme du XXIè siècle, celui nous protégera des manipulations politiques, économiques, technologiques. 

Il n’y a pas de doute qu’un puissant esprit de liberté a soufflé ces deux derniers jours à quelques mètres de la Place d’Espagne. Que Yoram Hazony, Chris DeMuth et Anna Wellisz, les organisateurs de cette conférence, en soient remerciés. Contrairement aux vaticinations progressistes, il existe une fraternité profonde entre tous ceux qui, aujourd’hui, en Amérique du nord et en Europe veulent défendre l’intégrité de nos nations démocratiques. On pourrait dire, par boutade, qu’une Internationale des conservateurs est née ! 

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salamander
- 07/02/2020 - 18:57
@Le Gorille
bien... mais dans le cas du déficit structurel depuis 45 ans , droite et gauche ds le m^me panier non?
pendant ce temps l'Allemagne de Merkel et nb de pays du nord sont en excédent structurel.
Le gorille
- 06/02/2020 - 04:36
@Salamander
J'y vais direct : "rigueur". C'est ce qui, dans vos exemples, fait la distinction entre droite et gauche.
Le gorille
- 06/02/2020 - 04:30
Droite ? Gauche ?
Monéo n'est pas du centre, il est de gauche... C'est la caractéristique : le monde change, il faut suivre à sa vitesse ! Mais il est de droite aussi : il lui faut une assise, qui se transmette. Mais comment transmettre une assise quand le monde change ? Monéo est alors effectivement du centre : il ne sait pas ! Bref, qu'est-ce qu'être de droite ? C'est avoir des valeurs (la gauche n'en n'a pas ou parfaitement déviantes), et c'est effectivement les transmettre, en s'appuyant sur l'histoire (déniée par la gauche) et la culture (massacrée par la gauche), pour que la descendance fasse fonds dessus et puisse avoir sa propre réponse si le monde évolue. Mais voilà : il faut que ces valeurs soient étayées, comprises, assimilées, aient une assise : la gauche n'en a pas, sa réflexion est purement humaine, hors sol. La droite s'appuie (pas forcément à bon escient...) aussi sur une religion qui transcende l'humain et qui lui donne de vraies et de solides références. La gauche, la Révolution les nient, les combat... on voit où cela nous mène : à tomber dans les bras d'une autre qui affiche elle ses propres valeurs qui, on l'a dit, sont incompatibles... mais hélas dans la mouvance de la gauche.