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© GERARD JULIEN / AFP
© GERARD JULIEN / AFP
Avancée médicale

Une prise de sang pour diagnostiquer les cancers les plus courants ? Une grande étude menée par des chercheurs lyonnais le permettra bientôt

Publié le 30 novembre 2019
D'ici deux ans, il pourra potentiellement être possible de détecter un cancer par le biais d'une prise de sang en mesurant le taux de protéines, grâce à des travaux des services d'oncologie de l’hôpital de Lyon.
Stéphane Gayet
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Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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D'ici deux ans, il pourra potentiellement être possible de détecter un cancer par le biais d'une prise de sang en mesurant le taux de protéines, grâce à des travaux des services d'oncologie de l’hôpital de Lyon.

Atlantico : Une étude menée depuis plusieurs années et venant des services d'oncologie de l’hôpital de Lyon va peut-être révolutionner la détection des cancers chez les patients. D'ici deux ans, il pourra potentiellement être possible de détecter un cancer par le biais d'une prise de sang en mesurant le taux de protéines. Pouvez-vous nous expliquer cette innovation ? Qu'en pensez-vous ?

Stéphane Gayet : Cette innovation repose sur la détection et le dosage de la progastrine, une protéine qui circule dans le sang habituellement, mais à des concentrations beaucoup plus élevées chez les sujets atteints d'un cancer que chez ceux qui en sont indemnes. Le caractère remarquable de cette découverte tient au fait que les concentrations sanguines très élevées de progastrine ne dépendent pratiquement pas de l'origine du cancer : la progastrine serait donc un biomarqueur assez révolutionnaire de la maladie cancéreuse en général, expression prise donc dans son acception générique.

Cette grande étude lyonnaise en cours a été suggérée par un précédent travail montpelliérain : deux chercheurs ont mené une étude sur plus de 1200 patients atteints de 11 cancers différents et ont découvert l'intérêt du dosage de cette protéine dans le sang, cela pour chacun de ces onze types de cancer.

Ce travail a donc contribué à inciter l’Institut de cancérologie des Hospices civils de Lyon (HCL) à débuter en collaboration avec la société ECS Progastrin, une large étude prospective (étude ne concernant que les mois à venir) intitulée ONCOPRO-HCL. Son objectif est ainsi d'évaluer l'intérêt d’un test sanguin reposant sur le dosage de la progastrine, pour le diagnostic du cancer en général et le suivi de l’efficacité des traitements. La progastrine est donc dosée lors du diagnostic et tout au long de la prise en charge des patients (avant et après chaque cure de chimiothérapie, après l'intervention chirurgicale le cas échéant et pendant la surveillance qui suit, pendant plusieurs années).

C'est ainsi que 410 patients atteints de 16 cancers différents seront inclus dans l’étude d’ici 2021. Pour cela, l’étude a été initiée dans 16 services de cancérologie des HCL. Il est essentiel de bien préciser qu'il s'agit d'une étude qui est purement observationnelle : on ne modifie aucunement la prise en charge des patients et ce travail prospectif n'implique ni rendez-vous supplémentaire, ni même ponction veineuse surajoutée. Le docteur Benoît YOU, oncologue et coordinateur de cette étude, tient à le souligner : ce travail est éthiquement inattaquable. De plus, les tubes de sang prélevés -qui ne le sont que lors d'une ponction veineuse faisant partie de la prise en charge habituelle- seront très précieusement conservés afin de pouvoir être réanalysés plus tard avec tel ou tel autre objectif.

Si les résultats de cette étude ONCOPRO-HCL étaient concluants, cela constituerait une avancée tout à fait majeure dans la détection des cancers, ainsi que dans le suivi de l’efficacité des différents traitements.

Car dans la lutte contre le cancer, la détection de la maladie à un stade précoce est déterminante. Le diagnostic repose à ce jour sur une série d’examens comprenant ceux d’imagerie (radiologie : échographies, clichés radiographiques, scanner, IRM…), les analyses anatomopathologiques (tissus observés au microscope après des colorations spéciales) et le dosage de certains marqueurs tumoraux dans le sang. Malgré les programmes de dépistage de certains cancers, comme ceux du sein, du côlon-rectum et du col de l’utérus, les cancers sont encore trop fréquemment reconnus à un stade tardif ne permettant plus la guérison. De ce fait, un test sanguin qui permettrait de détecter la présence ou non d’une tumeur maligne chez les personnes à risque serait un apport considérable. Il y a donc un réel besoin d’identifier de nouveaux marqueurs tumoraux qui pourraient aider au diagnostic et au suivi de l’efficacité des traitements des cancers.

En somme, la découverte de l'intérêt considérable de la progastrine en tant que biomarqueur cancéreux de portée générale constitue sans doute une très belle et prometteuse avancée.

Des chercheurs américains s'étaient déjà penchés par le passé sur cette technique de détection. La France est-elle en train de rattraper les chercheurs américains ? Qu'est-ce que cela dit de la médecine française ?

En effet, plusieurs équipes de recherche nord-américaines étudient depuis quelques années les possibilités de détecter des cancers dans le sang, par un simple prélèvement veineux.

C'est une équipe de chercheurs canadiens -dirigée par le docteur Daniel de Carvalho- qui a étudé les anomalies épigéniques des cellules cancéreuses. Ce travail est titanesque, car à la différence des altérations géniques, les anomalies épigéniques sont nombreuses et la plupart sont non spécifiques des cellules cancéreuses. Il a donc fallu étudier un nombre immense de témoins indemnes de cancer et un grand nombre de cellules cancéreuses obtenues chez différents malades. Ce travail a pu être réalisé grâce aux formidables logiciels de traitement statistique de bases de données gigantesques et aux systèmes informatiques experts éducables. Les chercheurs ont ainsi fini par trouver des modifications épigéniques caractéristiques de certains cancers. Leur détection dans le sang circulant est désormais possible grâce aux sondes ultra sensibles (amplification de signal) de biologie moléculaire. Leur sensibilité est déjà fort intéressante (détection de cancers débutants) et fera sûrement des progrès. Le travail a porté sur les cancers du pancréas, du sein, du poumon (bronchique), du rein, de la vessie et sur la leucémie myéloïde aiguë. Tous ces cancers sont de redoutables tueurs, souvent diagnostiqués à un stade trop avancé. On ne peut pas encore parler véritablement de test, mais plutôt de méthode innovante de détection précoce. Ce travail scientifique de haut niveau a été publié dans la revue « Nature », revue scientifique à la fois généraliste et de référence dont le siège est au Royaume-Uni.

On voit que, face à ce travail titanesque nord-américain, l'étude française est beaucoup plus intéressante, étant donné que tout repose sur le dosage d'une seule et même molécule protéique, la progastrine.

Cette compétition qui semble en train d'être gagnée par la France nous rappelle que les Américains ont d'énormes moyens financiers, ce qui leur permet d'entreprendre des études gigantesques. Mais les Français, peut-être en raison du fait qu'ils ont des budgets plus limités, font parfois preuve de plus de perspicacité et de pertinence.

Cette nouvelle technique peut-elle s’étendre à d'autres maladies ?

Le succès des équipes de recherche françaises (montpelliéraine et lyonnaise) tient dans le dossier qui nous occupe au fait que l'on a découvert l'intérêt presque exceptionnel d'une protéine au demeurant banale, la progastrine. Il est nécessaire de préciser que la gastrine est une substance considérée comme une sorte d'hormone, protéine sécrétée par l'estomac et qui active les processus gastriques de digestion à l'intérieur de cet organe. La progastrine est donc un précurseur de gastrine (il existe en réalité deux gastrines, désignées par les chiffres I et II).

Comment aurait-on pu penser qu'un précurseur de la gastrine était produit massivement en cas de cancer, quel qu'il soit ?

Dans toute découverte scientifique, le hasard joue un rôle, parfois même important.

On ne peut pas affirmer que cette technique pourra s'étendre à d'autres maladies : ce type d'avancée considérable est bien entendu tributaire de ce type de découverte. Plus on cherche et plus on découvre, mais il faut quand même bien admettre que ce type d'avancée reste assez peu prévisible. C'est de toute façon un exemple qui nous pousse à chercher dans un grand nombre de directions et surtout à exploiter avec le plus d'intelligence possible tout ce que nous découvrons. On voit ici le grand intérêt des logiciels experts et des logiciels d'analyses statistiques qui réalisent un travail dont le cerveau est tout à fait incapable.

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Mots-clés :
cancer, diagnostic, détection
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Forbane
- 01/12/2019 - 00:27
Bonsoir
Ce qui pose question : à quel stade de la maladie le dosage de la progastrine deviendrait-il significatif?
En effet, si le dosage était positif dès la multiplication de quelques cellules cancéreuses, la tumeur ne serait peut-être pas détectable par imagerie, voir par explorations invasives et le « malade » resterait peut-être longtemps dans l’angoisse avec un diagnostic posé de cancer mais de localisation inconnue..
S’il a un seuil de positivité bas, ethiquement ( comme pour le diagnostic génétique de la Chorée de Huntington chez les enfants d’un malade...) et économiquement cela pourrait être discutable de le pratiquer, et notamment chez les « peu à risque »
Anouman
- 30/11/2019 - 18:57
Test
Si ce test n'est pas trop compliqué on ne voit pas pourquoi il ne serait pratiqué que sur des personnes à risque. Car dans tous ceux qui sont atteints d'un cancer je doute qu'ils soient systématiquement identifiés comme ayant des risques, notamment les enfants, les personnes jeunes. Par ailleurs il y a quelque temps on avait parlé d'un test élaboré par une biologiste italienne et visant les mêmes objectifs. Qu'en est-il en pratique?
spiritucorsu
- 30/11/2019 - 15:28
Information intéressante,mais...
Information intéressante comme toujours de la part du dr Gayet,mais ce qu'on aimerait surtout avoir ce sont des nouvelles plus réjouissantes en ce qui concerne l'arrivée sur le marché d'un ou plusieurs traitement enfin efficaces contre ce fléau qui fait chaque année en France 150000 nouvelles victimes et pour lequel 400000 nouveaux cas sont diagnostiqués,ce qui constitue le plus grand scandale sanitaire de notre pays.En effet on nous sert l'argument de la consommation de tabac et d'alcool pour expliquer l'origine de de cette très forte progression de la maladie alors que par ailleurs le nombre de fumeurs et la consommation d'alcool ont nettement diminué.On a la nette et fâcheuse impression que les pouvoirs publics se servent de cet argument pour masquer les impacts environnementaux de toutes sortes(pesticides,pollution de l'air ,contamination alimentaire,contamination de l'eau ...)bien commodes pour dissimuler l'incurie de nos gouvernants dans ce domaine,mais ce n'est certainement pas rassurant pour les citoyens qui faute de véritables solutions et dont la confiance est sérieusement ébranlée vive dans l'angoisse et se tournent vers d'autres alternatives.