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Ecole

Cicéron, l’académie qui veut se battre pour sauver la culture générale

Publié le 28 novembre 2019
Sciences-Po avait supprimé la culture générale de ses épreuves alors que le Ministre Jean-Michel Blanquer lui a fait une place au lycée, Guillaume Bigot et Aquilino Morelle ouvriront, ce 27 novembre, dans les murs de la Société de Géographie, boulevard Saint-Germain, une école dédiée à la diffusion de la culture générale.
Guillaume Bigot est membre des Orwéliens, essayiste, et est aussi le Directeur Général d'une grande école de commercel. Il est également chroniqueur sur BFM Business et sur France Libre TV. Il lance l'Académie Cicéron en novembre 2019. 
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Guillaume Bigot est membre des Orwéliens, essayiste, et est aussi le Directeur Général d'une grande école de commercel. Il est également chroniqueur sur BFM Business et sur France Libre TV. Il lance l'Académie Cicéron en novembre 2019. 
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Sciences-Po avait supprimé la culture générale de ses épreuves alors que le Ministre Jean-Michel Blanquer lui a fait une place au lycée, Guillaume Bigot et Aquilino Morelle ouvriront, ce 27 novembre, dans les murs de la Société de Géographie, boulevard Saint-Germain, une école dédiée à la diffusion de la culture générale.

Rencontre avec l’un des créateurs de l’Académie Cicéron qui donnera la parole à Laurent Alexandre, Eliette Abecassis, Jean-Claude Barreau, Mathieu Bock-Côté, Pascal Bruckner, Frédéric Encel, Marcel Gauchet, Jacques Généreux, Philippe d’Iribarne, Renaud Girard, Michel Goya, Henri Guaino, Edouard Husson, Bérénice Levet, Yann Moix, Hector Obalk, Jean-Robert Pitte, Zineb El Razhaoui, Eric Sadin et Jacques Sapir.

Atlantico.fr : Votre combat pour la culture générale ne serait-il pas un peu un combat d’arrière-garde ?

Guillaume Bigot : A l’ère de l’instantanéïté des informations, faire le tri, hiérarchiser et ordonner ses connaissances n’a jamais été aussi indispensable.
 
Dans un univers instable, les connaissances pérennes, universelles et – pour utiliser un mot encore plus désuet – « classiques », deviennent de plus en plus précieuses. 
 
Se fonder sur ce qui a traversé les siècles offre un critère éprouvé pour opérer ce classement et identifier ce qui mérite d’être assimilé et transmis.
 
La culture générale, c’est ce qui restera lorsque les Big data auront « disrupté » toutes les expertises. Jamais le tri et la cartographie des connaissances n’ont été aussi nécessaires qu’aujourd’hui. Le monde n’appartiendra jamais aux techniciens et aux hyper spécialistes. La politique d’ailleurs est la science reine dit Platon, celle qui embrasse toutes les autres, c’est le savoir des généralistes.
 
Lorsque le certificat d’étude équivalait à être finaliste de la dictée de Pivot, la maîtrise des accords ne valait pas tripette. A l’heure où le service de presse de l’Élysée publie des communiqués cousus de fautes, une bonne orthographe devient un signe d’excellence. Ce qui est rare est cher.  Il en va de même de la culture de l’honnête homme, qui tend à devenir le pionnier d’une micro caste.
 
Notre époque ne cesse de célébrer la sacro-sainte créativité. Mais les idées ne poussent pas comme des champignons. Une terre laissée en jachère demeure infertile. Il faut avoir emmagasiné énormément de connaissances extrêmement variées pour devenir créatif. Inventer, c’est toujours établir de nouveaux liens entre d’anciennes lunes. Inventer, ce n’est jamais partir d’une feuille blanche. Pour noircir sa page, il faut avoir beaucoup vécu, lu et médité.
 
Impossible de créer un flux sans un héritage vivant. Rien ne se perd, rien ne se crée, mais tout se transforme. Ce qui vaut pour l’univers physique vaut aussi pour la culture humaine. Les créatifs de demain seront ceux qui auront le plus lu les classiques d’avant-hier.

La culture générale, ce n’est pas très sérieux d’un point de vue scientifique ?

Votre question est typique d’une époque où les savants se méfient comme de la peste de la vulgarisation. La vulgarisation est devenue vulgaire. En dépit d’un engouement de façade pour l’interdisciplinarité, les savoirs sont de plus en plus émiettés et hyper spécialisés. 
 
Le jargon est partout. Les réseaux sociaux comme le marketing et les Big data se conjuguent. Les spécialistes parlent de plus en plus aux spécialistes. Le résultat, c’est une science qui devient de plus en plus myope et bornée à mesure qu’elle se renferme dans sa tour d’ivoire : elle voit de mieux en mieux l’infiniment petit et l’infiniment grand, mais ignore de plus en plus le monde qui l’entoure.
 
Pourtant, il n’y a aucune opposition entre une culture savante et la culture générale, qui est une culture synthétique et rendue intelligible afin d’être mise au service de tous.
 
Qui peut le plus peut le moins. C’est ce que les mathématiciens appellent un raisonnement par récurrence. Être un grand spécialiste d’un domaine pointu ne garantit pas d’être un bon vulgarisateur. L’esprit de synthèse ne va pas toujours de pair avec l’esprit d’analyse. 
 
Il n’en reste pas moins que savoir synthétiser, expliquer de manière pédagogique, mettre des connaissances, des raisonnements, des savoirs à la portée du plus grand nombre requiert souvent une extrême maîtrise. La culture générale véritable, c’est tout le contraire d’un charabia de surface.
 
Lorsqu’elle aborde un sujet, la culture générale doit subsumer une formidable somme de connaissances dans laquelle elle va piocher soit des traits saillants, soit une synthèse qui se doit d’être cohérente et vraie.
 
Il y a un siècle, la vulgarisation était très prisée des universitaires. En prenant sa retraite, un grand mandarin de la faculté de médecine avait souvent à cœur de publier une somme synthétisant sa discipline, en choisissant l’angle de traitement le plus large et en rédigeant dans le français le plus sobre et le plus élégant (cf. Boileau). Il en allait de même dans toutes les disciplines. Quel professeur de médecine se lancerait aujourd’hui dans un exercice de ce type ? Quel géographe oserait rivaliser avec les frères Reclus ?

D’après-vous, la culture générale serait presque devenue dangereuse ?

Elle l’a toujours été. La culture générale est l’ombre portée de la démocratie sur un plan culturel. S’opposer à sa diffusion, la délégitimer, c’est indirectement s’en prendre au peuple et à l’égalité.
 
Si l’on ne veut plus vulgariser les connaissances, on abandonne le peuple à la doxa la plus sévère par préjugé aristocratique. Ce refus de vulgariser s’accompagne d’une attitude que Mao appelait la morgue du bachelier. Cette posture hautaine voire suicidaire conduit à la calcification, par manque de mobilité sociale et par arrogance de classe. Une classe dirigeante qui cède à cette tentation est déjà condamnée à la disparition. Sans le savoir, la nôtre est déjà entrée dans ce que Chateaubriand appelait son troisième âge : l’âge des vanités.
 
Nos « élites » (plaçons ce terme entre guillemets car élite est un terme positif), tout en déplorant le populisme, cultivent l’entre-soi dont le mépris de la culture générale offre une traduction très claire. Emmanuel Todd a raison : les semis cultivés que sont les bobos, ce qu’il appelle la France Télérama, loin de vouloir partager leur savoir avec le plus grand nombre, le dissimule soigneusement comme on cache son ignorance.
 
Dans le monde anglo-saxon, certains savants osent encore écrire, à la manière du prix Nobel d’économie, Paul Samuelson, un manuel destiné à mettre à la portée de sa concierge toute la science économique, y compris les théories les plus récentes.

Est-ce par ce que les Américains sont culturellement moins bégueule que les Français ? 

L’existence de grandes synthèses existent aussi en Grande-Bretagne, pays aristocratique. La méfiance à l’égard des idées et des théories générales, le discrédit de la vulgarisation est le pendant de la défiance à l’égard de la démocratie et plus généralement à l’égard du peuple.
 
De manière sans doute très inconsciente, sur un vieux continent marqué au fer rouge et au fer noir par les deux grands totalitarismes, les grands récits simplificateurs et ultra synthétiques qui fournissaient des clés d’explication globale de l’histoire voire de l’espèce (le marxisme comme science de l’histoire ou la lutte des races comme clés de lecture) suscitent spontanément rejet et dégoût. Dans totalitarisme, il y a « total ». Cette détestation des « visions du monde » conduit aujourd’hui à une suspicion à l’égard de visions synthétiques et claires du savoir.
 
On tend à confondre la culture générale et l’art de la synthèse avec l’idéologie qui est une culture générale enrégimentée, bottée et casquée au service d’une prise de pouvoir ou d’un projet de manipulation des masses et d’une ambition de puissance.
 
Partout où le nazisme et le stalinisme ont creusé des fosses communes, les classes dirigeantes se méfient de la culture générale.

La culture générale, n’est-ce pas un instrument formidable de reproduction sociale ?

Oui, c’est indéniable. Mais c’est aussi le premier levier d’ascension sociale. Souvenons-nous du temps où les grandes familles de diplomates ou d’inspecteurs des finances organisaient des dîners qui étaient autant d’épreuves de sélection. Il fallait montrer patte blanche et la culture générale faisait clairement de l’étiquette, elle était une extension du savoir-vivre et une marque de distinction sociale qui signait moins la preuve d’une sensibilité ou d’une intelligence personnelle que l’appartenance à un cercle de privilégiés. 
 
Un siècle plus tard, Sciences-po qui fut sans conteste le temple de la culture générale dans notre pays, supprime l’épreuve tant redoutée de la dissertation de culture générale tandis que le chef de l’État – qui se dit impressionné par le système Richard Descoings – serait, dit-on, favorable à l’utilisation d’algorithmes pour sélectionner les hauts fonctionnaires dans la future école destinée à remplacer l’ENA. Finalement, on va passer d’un algorithme à l’autre, d’une reproduction à l’autre en escamotant ce qui faisait la force de la culture générale : un mélange de gratuité.
 
La beauté de la culture générale, c’est qu’elle améliore la capacité à se questionner, à développer son esprit critique, attitudes qui seules préservent l’individualité de la loi des grands nombres.
 
La culture générale authentique résulte d’un formidable paradoxe : d’un côté, elle part du principe que ce qui est réellement intéressant forme un corpus à la portée de ceux qui sont cultivés. De l’autre, elle se fonde sur l’idée que l’on ne peut acquérir ce corpus qu’en se l’appropriant de manière extrêmement personnelle et presque intime.
 
Tout le monde devrait avoir lu une fois dans sa vie les Essais, mais chacun fera son propre miel de Montaigne. Aussi n’y a-t-il rien de plus étranger à la véritable culture générale que l’émission « Questions pour un champion ». L’homme cultivé est forcément l’ennemi du dîneur en ville qui maîtrise les codes et les récite comme un singe savant. La culture générale est donc nécessairement personnelle. Plus une culture est profonde et plus elle est personnelle, humble et critique. Aussi, la culture générale est-elle une arme contre la discrimination sociale massive. C’est le plus puissant désintégrateur à préjugés. Le jeune Julien Sorel, fils d’un scieur de bois, parvient à se frayer un passage dans la bourgeoisie de Verrières (ville imaginaire du Doubs) en impressionnant ses interlocuteurs par sa maîtrise du latin.
 
La culture est toujours émancipatrice pour l’individu comme pour les peuples. Les gauchistes culturels qui nous gouvernent se réclament des dé-constructeurs des années 70, qui répètent que toute culture est domination. Admettons-le. Mais, dans ce cas, pour contester la domination, pas d’autres choix que de se cultiver.
 
Le discours anti culture-générale, qui veut remplacer la princesse de Clèves par des « savoir faire » ou des « savoir être », exprime le préjugé d’une classe dirigeante inculte et mondialisée qui a effacé les chefs d’œuvres au profit des performances de l’art contemporain et des tableurs Excel et qui ne connaît du monde que les « lounges » d’aéroports. Le libre échange est une échelle que l’on tire lorsque l’on est monté disait l’économiste Friedrih List. Les classes dirigeantes tiennent le haut du pavé, elles replient les échelles de la culture.

La culture générale n’est-elle pas condamnée par la 5 G ?

Justement pas. La 5 G, c’est à dire la réalité de l’hyper connectivité et de l’omni-abondance de l’information, débouche sur un paradoxe facile à résumer : à une époque où l’on sait tout, on ne comprend plus rien. En tout cas, plus on sait, moins on comprend. 
 
Trop d’informations saturent nos cerveaux et débordent nos bandes passantes internes. Peut-être le cerveau augmenté changera-t-il cette réalité. Mais, pour l’instant, notre vitesse d’horloge mentale est la même que celle des chasseurs cueilleurs d’il y a 50 000 ans. Un ingénieur de Google ne stocke pas plus de données dans sa tête qu’un enfant papou. Et encore : nous ne parlons que de mémoire morte. Mais comme les ordinateurs, nos cerveaux disposent d’une mémoire vive qui traite les données et les transforme en idées, en raisonnements, en culture.
 
Or, abondance de biens fait plus que nous nuire car les « devices » qui nous immergent dans un océan d’informations créent l’illusion fallacieuse qu’accéder, c’est maîtriser. L’instantanéité de l’accès nous dispense de mémoriser, mais aussi d’assimiler cognitivement les informations, de les comprendre, de les « cum-prehendere », de « saisir-avec » notre propre intelligence les informations.
 
Dans l’univers des Big data, la culture générale n’a jamais été aussi inutile en apparence, mais aussidécisive en réalité. 

La culture générale suppose de mettre en valeur certaines œuvres, certains auteurs, certaines connaissances au détriment d’autres qui se trouvent ainsi dépréciées ?

Laissez-moi reformuler votre question : La culture générale est-elle une ruse dont se servent les vieux mâles blancs pour perpétuer leur domination ? Outre le fait que déconstruire le patriarcat c’est déblayer un champ de ruines et que le mâle blanc de plus de 50 ans a nettement perdu de sa superbe depuis un siècle (il a troqué le casque colonial pour la boite de Lexomil), le présupposé que contient la question ainsi reformulée vise la domination de la culture occidentale des XIX et XX me siècle. 
 
Toute civilisation, toute culture humaine tend à établir une hiérarchie entre ce qui est vrai et ce qui faux, utile et nuisible, ce qui se fait et ne se fait pas.
 
S’en prendre aux classiques, s’indigner de ce que certaines œuvres de l’esprit, certains chefs d’œuvres mais aussi la science et la technique soient supérieurs aux préjugés, à l’erreur ou tout simplement à ce que les Grecs appelaient la doxa, c’est nier très profondément l’humanité de l’homme. L’être humain, « ce mammifère qui sait qu’il va mourir » (Malraux), se raconte non seulement des histoires au coin du feu pour supporter son destin tragique… mais il invente aussi le feu. Nous sommes des animaux sinon dénaturés, du moins ayant doublé notre code génétique de codes culturels. Sous prétexte de rejeter, à juste titre, la hiérarchie entre les différentes cultures humaines, on rejette, à tort, l’indispensable principe de hiérarchie à l’intérieur de toutes les cultures et l’on en vient à rejeter la notion même de culture.
 
Toutes les cultures du monde hiérarchisent les œuvres, les arts, les savoirs, les pratiques et les techniques. Ce déferlement de haine à l’endroit de la civilisation occidentale provient du sein même de la civilisation occidentale. Mais, il atteint sans s’en rendre compte toutes les cultures du monde par son universalité.
 
Il y a d’ailleurs fréquemment une confusion entre la supériorité revendiquée par l’Occident (à raison pour la science et les techniques, à tort sur un plan moral) et l’effort universaliste de la civilisation occidentale, celui qui a poussé les navigateurs portugais à circum-naviguer ou Neil Armstrong à fouler le sol lunaire ou encore à étudier les mœurs des tribus les plus reculées du globe, comme fait Claude Lévi Strauss dans son anthropologie structurale. Dans cet effort, qui en fait l’apanage, le monde occidental n’a pas seulement agi pour son propre compte mais pour l’humanité dans son ensemble.

Après un vingtième siècle marqué par tant d’horreurs commises par des gens parfois très cultivés voire au nom de la supériorité de certaines cultures, n’est-il pas un peu naïf de vouloir réhabiliter la figure de l’honnête homme ?

Comme Georges Steiner l’avait justement exprimé dans Le château de Barbe bleu, les toiles de maîtres ne sont pas tombées des murs lorsque les officiers SS ont arpenté les grands musées. Les bourreaux les plus cruels peuvent être des génies mathématiques ou de fins mélomanes. La haute culture ne protège pas de la barbarie : cette leçon des ténèbres nous a été servie jusqu’à satiété. Dont acte. De cette assertion désolante mais juste, on a tiré des syllogismes absurdes et dangereux. Si la haute-culture n’a pas protégé de la barbarie, la barbarie sera dans ce sens la conséquence de la haute-culture. Il suffirait donc de se débarrasser de l’éducation, de la sublimation et de l’abnégation que la transmission et l’élaboration de la haute-culture implique pour libérer l’humanité de ses pulsions de mort.  Le contre sens est tragique car si la culture ne constitue en rien une digue suffisante contre Thanatos, la barbarie qui prendra la suite débouchera immanquablement sur le meurtre.
 
La sublimation des pulsions échoue parfois, mais leur débridage garantit le chaos et le meurtre. Que l’effondrement culturel tue et tue en masse, c’est visible dans l’architecture d’une ville comme Paris. Entre les arènes de Lutèce (qui datent de l’époque romaine) et l’église Saint Julien le Pauvre, l’architecture, comme tant d’autres arts complexes, s’était perdue. Il faudrait attendre sept siècles entre les invasions barbares et le temps des cathédrales pour que la civilisation se réédifie : cinq pendant lesquelles la population de la Gaulle romanisée aura perdu plus des trois quart de ses habitants. La civilisation ne protège pas automatiquement les hommes de leur folie mais l’effondrement culturel les expose inévitablement au pire.

Mais alors, quelle est l’ambition de l’Académie Cicéron ?

Elle consiste à réhabiliter l’exercice de la vulgarisation et de la synthèse de qualité et à renouer avec l’écoute du verbe. Pour y parvenir, l’Académie peut déjà compter sur la conviction et l’engagement de professeurs et de conférenciers d’exception, dans tous les domaines du savoir, de toute obédience ou point de vue.  Ces enseignants vont s’efforcer de mettre leur savoir et leur expérience au service du public à travers des séries de 4 séances consacrées à l’exploration d’un thème et permettant un échange et une réflexion avec le public. Eliette Abécassis et Zineb El Razhaoui chacune à leur façon interrogeront le rôle de la femme dans le monothéisme ; Hector Obalk va émerveiller ses auditeurs grâce à une synthèse brillante de l’histoire de la peinture, Pascal Bruckner va s’interroger sur les âges de la vie, le colonel Michel Goya va nous parler de la guerre contre le djihadisme au Sahel tandis que Laurent Alexandre et Eric Sadin vont inviter le public à s’interroger sur les transformations (pour le meilleur ou pour le pire) que l’intelligence artificielle va engendrer.

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