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© REUTERS/Shannon Stapleton
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Origines

Et le berceau de l’humanité était en fait… au Botswana

Publié le 31 octobre 2019
Une étude australienne indique en outre que c’est à partir de l’Afrique que les migrations humaines se sont réparties ailleurs sur la planète.
Anne Dambricourt Malassé est paléoanthropologue au département "Homme et environnement" du Muséum national d'Histoire naturelle, Institut de Paléontologie Humaine - Fondation Albert 1er Prince de Monaco.
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Anne Dambricourt Malassé
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Anne Dambricourt Malassé est paléoanthropologue au département "Homme et environnement" du Muséum national d'Histoire naturelle, Institut de Paléontologie Humaine - Fondation Albert 1er Prince de Monaco.
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Une étude australienne indique en outre que c’est à partir de l’Afrique que les migrations humaines se sont réparties ailleurs sur la planète.

Atlantico.fr : Selon l'étude publiée cette semaine dans Nature, l'Homme moderne prend ses origines dans le Nord du Botswana, il y a 200 000 ans. Partagez-vous ces conclusions?

Anne Dambricourt Malassé : Je partage en effet cette conclusion. En tant que paléoanthropologue, j'étudie des os et des dents fossiles. Les arguments que je donne sont donc fondés soit sur l'anatomie comparée osseuse, soit sur les dents; en l'occurrence une dent. Il s'agit de la première molaire supérieure. Chez nous, cette dent a une forme de losange alors que chez nos ancêtres, les Homo habilis, cette dent a une forme carrée. Nous partageons cette forme en losange avec les néandertaliens. Elle a un million d'années, ce qui est très vieux. La plus vieille de ces dents a été retrouvée en Afrique du Sud, donc au sud du Botswana. Ce modèle de dent s'est transmis jusqu'à nous. Ces observations concordent avec l'étude publiée cette semaine, il y a une cohérence géographique. 

Il y a actuellement un débat pour déterminer ce que l'on entend par sapiens. Selon la définition que l'anthropologue va donner, les âges vont varier. Pour qu'il n'y ait pas d'ambigüité, nous parlons ici de sapiens en tant qu'Homme moderne, c'est-à-dire de l'Homme anatomiquement moderne, l'Homo sapiens Linnaeus défini en 1758 par Linné. Si on respecte l'anatomie, dans l'état actuel des connaissances, l’espèce n'a pas plus de 200  000 ans. Les fossiles humains de Djebel Irhoud au Maroc datent de 300 000 ans, ce ne sont pas des Hommes anatomiquement modernes,ils ne partagent pas notre anatomie y compris en ce qui concerne le cerveau et le cervelet.

Il n'y a donc pas de contradiction entre nos connaissances, en tant que paléoanthropologues, et les résultats de cette étude.

La précision de l'étude sur la zone géographique du Nord du Botswana vous parait donc plausible également?

On ne peut pas vraiment réduire aussi précisément un foyer d'émergence, il est déjà très bien de savoir que cela se situe dans le sud de l'Afrique. 

L'étude consiste en  une analyse croisée reposant sur l'ADN mitochondrial de centaines de nos semblables Africains contemporains, sur des données géologiques et sur des simulations climatiques. Des critiques de cette étude font état que le génome de populations africaines contemporaines utilisé par les chercheurs ne permet pas de tirer ces conclusions qui relèvent d'une grande précision géographique. 

Il est possible que d'un point de vue de généticien, ces critiques soient fondées, c'est leur domaine de compétence. Mais du point de vue des paléoanthropologues, il n'y a pas de contradiction. Ce n'est pas une preuve ou une confirmation, nous travaillons avec une tapisserie pleine de trous. Mais il n'y a pas d'incohérence. Cela aurait été le cas si nous avions des fossiles d’Homo sapiens de 300 000 ans en Chine. Dans la situation présente, il y a un faisceau de connaissances qui donne une certaine crédibilité aux conclusions. Il n'y a rien de sûr toutefois.
 
C'est une question importante de déterminer si notre espèce est apparue en une seule grande région comme dans le sud de l'Afrique, ou sur des territoires plus vastes incluant l’Asie, car nous ne connaissons pas encore les mécanismes de notre évolution.

Les Homo sapiens auraient ensuite migré en deux vagues principales, vers le Nord Est d'abord il y a 130 000 ans, puis et vers le Sud Ouest il y a 110 000 ans. Qu'est-ce qui a conduit à ces migrations?

Il faut replacer cette analyse dans le contexte écologique et géologique, ce sont des facteurs importants pour déterminer les causes des migrations. Enfin, si migration il y a eu. Il est possible qu'il y ait eu seulement une expansion des populations, qu'il y ait eu une densité de population telle que, petit à petit, le domaine de chasse s'est étendu.  La migration peut traduireun abandon des zones car elles sont devenues moins giboyeuses, car le climat a changé, car il n'y a plus d'eau, etc. Dans l'expansion, les populations vont continuer de vivre là où leurs ancêtres ont toujours vécu, mais par nécessité elles étendent leur territoire carelles s’agrandissent. Comme une maison, il faut ajouter des pièces car il y a de plus en plus d'enfants. Ces circonstances peuvent aussi correspondre à l'occupation de nouvelles niches écologiques. 

Si les généticiens confirment ce scénariopublié cette semaine, je pense qu'il s'agit d'une expansion et non pas de petites populations migrantes qui ont quitté l'Afrique. Il faut se replacer sur les longues durées.Selon l'étude, l'Homo sapiens est resté 70 000 ans dans le sud de l'Afrique, c'est tout de même long avant de voir Sapiens en Afrique du Nord-Est.Or, le changement anatomique notable avec sapiens, c’est le système nerveux central avec le cerveau et le cervelet qui se sont développés et ont complexifié leur connections. C’est une nouvelle plasticité cérébrale qui offre sur le long terme, une plus grande capacité créative et donc adaptative, un renouvellement des traditions techniques, notamment les outils lithiques qui se sophistiquent. Il est possible, voire très probable, que cette plasticité cérébrale ait permis à ces Sapiens au fil des générations, d'innover et de diversifier la panoplie de leur savoir-faire. Mais il est impossible de limiter l'expansion à un seul facteur, c'est à la fois biologique, donc en lien avec le système nerveuxet des aptitudes cognitives innovantes et à la fois relié aux conditions de vie favorables ou défavorables. C'est aussi une question de démographie, de qualité de vie, des comportements d'adaptationà des environnements différents grâce à une capacité d'innovation culturelle. C'est peut-être comme ça que notre espèce a connu une expansion relativement rapide après cette longue période en Afrique. Ce scénario permet en effet parler de berceau de l'Homme moderne. 

Y a-t-il un grand engouement des chercheurs pour trouver l'origine de l'Homme moderne? Est-ce pertinent?

En effet, cette question des origines de notre espèce,l'Homme moderne,attire beaucoup de chercheur en raison d’un débat important aujourd'hui pour déterminer si notre anatomie est apparuelocalement en Afrique, comme dans le scénario de cet article, ou sur l’ensemble du continent africainen plusieurs foyers ou encore plus largement en plusieurs foyers en Afrique et en Asie. C'est important car on touche là les questions des mécanismes encore incompris, ceux des mécanismes génétiques de la biologie qui contrôlent le développement du système nerveux. Le cervelet, les hémisphères cérébraux ont développé plus de connexions, leur vascularisation s'est complexifiée également.  On constate ces processus. Au milieu du XXe siècle, plusieurs hypothèses sont apparues. La première postulait qu'on allait observer ces mécanismes en Afrique et en Asie sans savoir expliquer la convergence constatée aujourd'hui. La deuxième postulait qu'il n'y avait qu'un seul foyer d'émergence de sapiens – c'est le monocentrisme. Fallait-il un long isolement ou au contraire des flux géniques pour favoriser cette  évolution complexe du système nerveux, ce sont des questions clés, majeures, pour comprendre notre anatomie, et tous les processus qui font ce que nos ancêtres sont devenus, des sapiens. Cela fait partie de notre identité, toute cette histoire est dans nos gènes. Et cette question des processus reste un grand point d'interrogation car nous n’avons pas de raison de penser qu’ils ont disparu.

 

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patafanari
- 31/10/2019 - 17:13
Nostalgie
On est parti du Botswana une main devant, une main derrière, laï, laï,ĺaï.
kuruka
- 31/10/2019 - 15:30
suite
zones où agriculture et élevage sont impossibles (zones subdésertiques ou massifs forestiers difficilement pénétrables), en particulier dans le Kalahari.
Il est donc tout à fait logique de conclure que la strate de population la plus ancienne est celle des chasseurs-cueilleurs, et sans doute des locuteurs de langues Khoisan. Des langues Khoisan étant encore parlées en Tanzanie, on peut considérer comme Anne Dambricourt Malassé que le berceau de l'humanité est quelque part en Afrique au sud de l'Equateur. C'est l'hypothèse avec le maximum de probabilité à l'heure actuelle. Mais je ne pense pas que les données actuelles puissent exclure à 100 % un berceau de l'humanité au nord de l'Equateur.
kuruka
- 31/10/2019 - 15:29
Botswana vous dites ?
L'ancienneté du fossile est un bon argument. Mais il faut savoir que l'on ne trouve des fossiles que dans les endroits où les couches ayant l'ancienneté ad hoc sont accessibles (d'où tous les fossiles de la lignée humaine sortis de la Rift Valley). On pourrait donc trouver mieux ailleurs si les bonnes couches étaient accessibles ailleurs, ce qui n'est pas vraiment le cas.
En revanche, l'argumentation basée sur l'ADN mitochondrial actuel est assez fallacieux. Car là, le Botswana est le candidat idéal puisque c'est au Botswana que l'on trouve le plus de groupes ethniques de chasseurs-cueilleurs (langues du groupe Khoisan). Il en reste aussi deux ou trois en Tanzanie et il y a les pygmés très clairsemés du Cameroun au Rwanda (mais qui ont perdu leur langue d'origine). Mais au départ, ces groupes de chasseurs-cueilleurs occupaient toute l'Afrique (du Sénégal à la Somalie et à la province du Cap). C'est la strate de population la plus ancienne du continent africain. Par la suite, ces chasseurs-cueilleurs ont été laminés ou assimilés par les agriculteurs ou éleveurs beaucoup nombreux qu'eux (l'argument du nombre d'Eric Zemmour). Et on retrouve ces chasseurs-cueilleurs bloqués dans les