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Bonnes feuilles

Gendarmerie : comment l'équipement et les interventions spécialisées en ont fait une force d'élite

Publié le 26 octobre 2019
Alain Bauer et Marie-Christine Dupuis-Danon publient "Les Protecteurs : la gendarmerie nationale racontée de l’intérieur". Ils dévoilent une histoire intime de la gendarmerie nationale et retracent sa genèse. Les auteurs offrent également une plongée en profondeur dans la gendarmerie des temps modernes. Extrait 1/2.
Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai.Il est notamment l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du...
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Après une carrière en banque d’affaires, Marie-Christine Dupuis-Danon a intégré l’ONU pour rejoindre l’équipe responsable de la lutte anti-blanchiment. Aujourd’hui spécialiste indépendante reconnue de la lutte contre la finance criminelle, elle exerce...
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Alain Bauer
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Alain Bauer est professeur de criminologie au Conservatoire National des Arts et Métiers, New York et Shanghai.Il est notamment l'auteur de Les polices en France (Puf, 2010), Les politiques publiques de sécurité (Puf, 2011), Dernières nouvelles du...
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Marie-Christine Dupuis-Danon
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Alain Bauer et Marie-Christine Dupuis-Danon publient "Les Protecteurs : la gendarmerie nationale racontée de l’intérieur". Ils dévoilent une histoire intime de la gendarmerie nationale et retracent sa genèse. Les auteurs offrent également une plongée en profondeur dans la gendarmerie des temps modernes. Extrait 1/2.

L’après-guerre d’Algérie ouvre une période de grandes manifestations en métropole. La contestation étudiante de mai 1968 jette dans la rue des milliers de jeunes gens qui s’opposent à des gendarmes mobiles et des compagnies républicaines de sécurité (CRS) mal préparés à des émeutes de rue. Engoncé dans la tenue prescrite par le règlement (manteau ou trois-quarts, vareuse, chemise bleue avec cravate noire, pantalon de service courant relevé sur les rangers ou les chaussures basses prolongées par des guêtrons en cuir noirci, ceinturon et baudrier de cuir noir), casque modèle 1926 ou 1951 sur la tête, le gendarme mobile est mal outillé pour faire face à des manifestants violents et rapides à la course. Les gendarmes sont équipés du fusil MAS 36 (dont la baïonnette, interdite d’emploi au maintien de l’ordre, reste à l’armurerie) en plus de leur pistolet automatique. Le fusil sert à repousser l’adversaire. Manié crosse en avant, il est le seul équipement dont les militaires peuvent se servir contre des manifestants : la matraque ne figure pas dans les dotations. Les grenades sont majoritairement lancées à la main, les tromblons, déjà utilisés par les CRS, n’étant pas encore adoptés par les gendarmes. Les gradés sont encore moins bien lotis que les gendarmes : ils portent le pistolet-mitrailleur MAT 1949, arme courte et dépourvue de véritable crosse, bien dérisoire dans le cadre d’une manifestation. Très vite, les escadrons improvisent des protections pour se mettre à l’abri des jets de pavés. On voit sur les photos d’époque des visières bricolées en grillage, des boucliers de formes et de tailles variées. L’intensité des engagements et les blessés nombreux (431 sont recensés, dont 3 officiers et 20 sous-officiers hospitalisés et 135 militaires exemptés de service du fait de leurs blessures) amènent une réflexion de fond sur les modalités de préparation des gendarmes mobiles aux missions de maintien de l’ordre ainsi que sur les moyens mis en œuvre lors de ces événements. La création d’un centre d’entraînement dédié est décidée : ce sera le Centre national d’entraînement des forces de Saint-Astier, qui voit le jour en 1969. Sur le site périgourdin, la gendarmerie crée de toutes pièces un village d’exercice et les installations nécessaires au cantonnement de plusieurs escadrons de gendarmerie mobile. Désormais, tous les escadrons passent par ce centre pour des exercices opérationnels de grande ampleur permettant aux chefs (du sous-officier chef de groupe au lieutenant-colonel commandant de groupement) de manœuvrer dans des conditions réalistes. La tenue des mobiles fait l’objet de soins particuliers. Il apparaît nécessaire de doter les hommes de tenues ignifugées (pour éviter autant que possible les blessures dues aux engins incendiaires), de supprimer tout ce qui permet d’agripper le gendarme (cravate, baudrier) et de distribuer un casque qui protège efficacement la tête et le visage. La tenue 4S et une visière en polypropylène adaptable au casque lourd sont conçues et mises en dotation dans les années qui suivent. Un bouclier est également distribué à une partie de l’effectif. Par ailleurs, l’absence de moyens automobiles adaptés à un MO dur, aptes à supporter des engins incendiaires et des lanceurs d’objets lourds, s’est fait cruellement ressentir. Des études sont lancées qui aboutissent à l’adoption en 1974 du véhicule blindé à roues de la gendarmerie (VBRG), encore en service en 2019. En revanche, alors que la gendarmerie dispose de véhicules lanceurs d’eau en 1968, ce moyen sera progressivement abandonné, les véhicules n’étant pas remplacés lors de leur retrait du service. Les gendarmes mobiles connaissent des engagements majeurs à l’occasion des manifestations du Larzac (1970), de Plogoff (1980), de Golfech (1980-1981) ou de Chooz (1982). L’outre-mer mobilise aussi très régulièrement des forces, notamment en Nouvelle-Calédonie (où les tensions culminent avec l’affaire d’Ouvéa en 1988). Les années 1990-2000 voient la physionomie des gendarmes mobiles évoluer à nouveau. Des matériels de protection font leur apparition, destinés à offrir aux unités de maintien de l’ordre davantage de sécurité. En effet, une manifestation de marins-pêcheurs, à Rennes, le 4 février 1994, cause de nombreux blessés parmi les forces de l’ordre engagées. Les tirs de fusée de détresse, en particulier, provoquent des atteintes graves aux jambes. Des coques rigides sont donc mises en dotation, qui couvrent d’abord le bas des jambes (depuis la malléole jusqu’au genou inclus) puis le haut du corps. Ces équipements, portés par-dessus la 4S, donnent aux gendarmes mobiles un aspect plus massif, voire agressif, ce qui constitue un changement en matière d’image projetée vers les manifestants. Enfin, des équipements radios adaptés (moins lourds, plus performants dans l’espace confiné d’une ville) sont mis en service dans les escadrons. Les effectifs de la gendarmerie mobile, environ 16 000 hommes en 1968, sont portés à près de 17 500 en 1980. Ils restent stables jusqu’à la dissolution d’une vingtaine d’escadrons à l’occasion de la révision générale des politiques publiques voulue par le président de la République Nicolas Sarkozy. En 2012, on compte 13 801 gendarmes mobiles.

L’intervention spécialisée,  une nouveauté stratégique

Au tournant des années 1970, les tensions au Proche-Orient et les idéologies extrémistes de gauche et de droite entraînent l’apparition d’un nouveau phénomène mondial : le terrorisme s’installe à la une des journaux et en tête des préoccupations des États. En septembre 1972, la prise en otages d’athlètes israéliens par des terroristes de « Septembre noir » pendant les jeux Olympiques de Munich tourne au drame et onze otages périssent lors de l’intervention de la police allemande. La gendarmerie décide de mettre sur pied une unité capable d’intervenir sur ce type de crise. En 1973 est créée une équipe régionale d’intervention, remplacée l’année suivante par deux groupes d’intervention basés à Maisons-Alfort (94) et Mont-de-Marsan (40). Tout est à inventer et les officiers et sous-officiers de ces deux unités mettent en place des procédures d’intervention et sélectionnent les matériels et armements les plus adaptés aux missions susceptibles de leur être confiées. En février 1976, les gendarmes participent à la libération d’un car d’enfants pris en otages à Loyada, à Djibouti. Les tireurs de précision, notamment, sont mis à contribution et appliquent pour la première fois un tir synchronisé, éliminant cinq terroristes simultanément. En 1977, les deux unités sont fusionnées en un Groupe d’intervention de la Gendarmerie nationale (GIGN) qui s’installe à Satory. À Mont-de-Marsan, l’escadron parachutiste de gendarmerie mobile 9/11 assure depuis 1971 la prévôté de la 11e division parachutiste. En 1984, l’unité devient l’Escadron parachutiste d’intervention de la Gendarmerie nationale (EPIGN) et rejoint à Satory le tout nouveau Groupement de sécurité et d’intervention de la Gendarmerie nationale (GSIGN). Outre l’EPIGN, cette unité regroupe le GIGN, le Groupe de sécurité de la présidence de la République (GSPR) et un groupe d’instruction (destiné à former des stagiaires extérieurs au GSIGN, français et étrangers). Les différentes composantes du GSIGN atteignent des niveaux d’expertise reconnus internationalement dans le domaine du contre-terrorisme, dans la lutte contre la grande criminalité et en matière de protection de personnalités. L’intervention sur l’aéroport de Marignane, en décembre 1994, menée par le GIGN avec l’appui de l’EPIGN, reste un modèle du genre : à l’issue d’un échange de tirs d’une douzaine de minutes dans le milieu confiné de l’Airbus, tous les terroristes sont finalement abattus, les otages sont sains et saufs et aucun gendarme n’a été tué. À l’étranger, les militaires du GSIGN participent à la sécurité des ambassades françaises dans les pays en crise (Algérie, Côte d’Ivoire, Iraq, Afghanistan…), effectuent des interpellations de criminels de guerre dans les Balkans, procèdent à des audits de sécurité sur des sites à risque… En plus de ses missions traditionnelles (contre-terrorisme, interventions sur forcené, interpellations de criminels dangereux, interventions en milieu pénitentiaire), le GIGN a vocation, notamment, à intervenir sur les centrales nucléaires et dans le cadre du contreterrorisme maritime ou aérien. En 2007, le général Favier, à la tête du GIGN, anticipe les mutations du phénomène terroriste et refond l’ensemble du GSIGN en une grande unité d’intervention qui reprend le nom historique de GIGN. Il s’agit de disposer d’une capacité de réaction suffisante pour faire face à des crises aiguës et concomitantes. La crise terroriste majeure de 2015 a permis de valider la pertinence des choix effectués en 2007. Pour  compléter cette capacité d’intervention, les pelotons d’intervention de 2e génération créés en 2004 deviennent en 2016 des antennes du GIGN. On compte treize de ces unités en 2017, dont sept outre-mer, qui permettent de disposer partout, à très court préavis, d’une capacité de réaction à une attaque de type terroriste. Par ailleurs, la gendarmerie déploie vingt Pelotons spécialisés de protection de la gendarmerie (PSPG) qui, implantés sur les sites des centrales nucléaires, sécurisent ces installations hautement sensibles. Les PSPG constituent la force de réaction immédiate de la gendarmerie pour tout incident touchant une unité de production nucléaire d’électricité.

Extrait du livre d’Alain Bauer et de Marie-Christine Dupuis-Danon, "Les Protecteurs: La gendarmerie nationale racontée de l'intérieur", publié aux éditions Odile-Jacob

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