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© La prise des Tuileries le 10 août 1792, tableau de Jean Duplessis-Bertaux, (musée du château de Versailles).
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Massacres du 10 août 1792 : ces Jacobins qui massacrèrent sans vergogne la garde suisse

Publié le 14 juillet 2019
Les éditions Perrin publient "Un été d’espoir et de sang". Pierre-Louis Rœderer est l'un des principaux acteurs du dernier été de la monarchie qu'il dépeint ici. Sa chronique retrace la première invasion des Tuileries, le 20 juin 1792, jusqu'à la journée du 10 août après l'assaut au Palais-Royal, du massacre des Suisses et de la suspension du roi. Extrait 2/2.
Pierre-Louis Rœderer (1754-1835) fut tour à tour député à la Constituante, procureur général syndic du département de Paris, membre de l'Institut, conseiller d'État et sénateur sous le Consulat et l'Empire, ministre du royaume de Naples et du grand...
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Thierry Lentz est directeur de la Fondation Napoléon. Il s'est affirmé comme le meilleur connaisseur actuel de l'époque impériale, comme en témoigne sa Nouvelle histoire du Premier Empire en quatre volumes (2002-2010). Il a récemment publié chez Perrin...
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Les éditions Perrin publient "Un été d’espoir et de sang". Pierre-Louis Rœderer est l'un des principaux acteurs du dernier été de la monarchie qu'il dépeint ici. Sa chronique retrace la première invasion des Tuileries, le 20 juin 1792, jusqu'à la journée du 10 août après l'assaut au Palais-Royal, du massacre des Suisses et de la suspension du roi. Extrait 2/2.

J’avais entendu des pétitionnaires déclarer à la barre que les Suisses, après avoir feint de vouloir fraterniser avec le peuple, avaient fait tout à coup une décharge qui avait tué un grand nombre de citoyens ; d’autres, que le peuple avait été attaqué par les Suisses, et par des hommes décorés de la croix de Saint-Louis, retranchés au château ; d’autres encore, affirmant des choses peu différentes. Le commandant de garde aux portes des appartements avait rapporté que trois officiers suisses avaient fait assurer les Marseillais, qui étaient paisiblement dans la cour, qu’ils ne souilleraient pas leurs armes du sang de leurs frères ; qu’en même temps les Suisses avaient jeté par les fenêtres des paquets de cartouches, en signe de conciliation ; qu’au même instant les cris de Vive la nation ! avaient éclaté partout ; qu’alors les Marseillais et les volontaires de la garde parisienne s’étaient présentés en foule et sans ordre au grand escalier du château : mais qu’aussitôt les Suisses avaient fait feu de peloton sur eux, ensuite feu de file. Même rapport de la part du capitaine des canonniers de garde. L’assemblée avait ordonné l’impression de ce rapport. Le Moniteur renfermait la déclaration suivante d’un fédéré breton : « Nous avions encore la bouche sur leur joue (des Suisses), quand tout à coup une grêle de balles et de mitraille a été dirigée sur nous. Les Suisses tiraient par les fenêtres, et même par les soupiraux. » 

Il était donc reconnu que l’attaque était venue du côté du château et que c’était le fait des Suisses. Nul doute sur ce point. Tous les actes de l’assemblée, consignés dans son procès-verbal depuis le 10 août, le supposaient indubitable.

Je me disais en conséquence, et j’avais besoin de me dire : Puisque c’est aux Suisses que doit être imputée l’agression, cause du désastre, cette cause m’est étrangère à moi, qui n’ai point parlé aux Suisses. Ils ne pouvaient s’autoriser de la réquisition que j’ai faite aux gardes nationaux qui étaient dans la cour Royale, puisque je n’ai autorisé ceux-ci qu’à se défendre, à repousser la force par la force, et qu’ainsi l’attaque leur était interdite. Quelles qu’eussent été mes réquisitions aux Suisses mêmes, offensives ou défensives, n’ayant eu pour objet que la sûreté du roi, elles s’évanouissaient du moment que le roi et sa famille avaient évacué le château ; car on savait, surtout depuis le 20 juin, que le pillage n’était pas le but de l’attroupement. En faisant évacuer le château, je m’étais proposé de faire cesser tout motif et même tout prétexte d’hostilité, de prévenir toute action sanglante et meurtrière, d’en enlever jusqu’à l’occasion et le prétexte, tout ensemble aux gardes nationaux que j’avais requis de se défendre s’il y avait lieu, aux Suisses auxquels je n’avais point parlé, dont je ne m’étais pas même approché, et principalement aux Marseillais et aux volontaires de Paris, dont l’agression me paraissait être la plus imminente. J’avais besoin de me dire que les Marseillais, de qui je devais le plus me défier, n’avaient point trompé mon espérance ; et que le désastre était venu de ceux de qui j’avais, à la vérité, à craindre la plus forte réaction, mais de qui je devais le moins appréhender une attaque. J’étais fort irrité de ce qu’une combinaison que j’avais crue si sage, qui devait être salutaire pour le peuple, pour le roi, pour l’assemblée, eût produit, par le fait de ces étrangers, des effets si déplorables ; et mon irritation m’a fort naturellement entraîné à chercher les auteurs inconnus des ordres en vertu desquels ils avaient agi. 

Il était évident que les clameurs qui, dans le premier moment, ont imputé aux Suisses la plus lâche trahison étaient dénuées de tout fondement ; et depuis on a eu la preuve de leur bonne foi. Ils souhaitaient sincèrement que tout finît sans bruit ; ils espéraient cette heureuse issue, quand ils jetaient leurs cartouches par les fenêtres du château. Ce sont manifestement des ordres inattendus qui les ont contraints à faire feu sur le peuple, lorsqu’ils croyaient tout arrangé. De qui étaient venus ces ordres ? Ce ne pouvait être du roi, ce n’était pas de lui, et j’en étais assuré par la question qu’il m’avait faite en descendant l’escalier du château pour aller à l’assemblée : Que vont devenir ces personnes qui sont là‑haut ? C’était donc de quelqu’une de ces personnes mêmes, qui, au lieu de s’échapper comme je le présumais, prirent le commandement du château aussitôt que le roi en fut sorti ; c’était de cette poignée de personnages que le peuple appelait les chevaliers du poignard, que les orateurs du parti jacobin appelaient le comité autrichien. 

Eux seuls avaient intérêt à cette attaque. Les jacobins avaient besoin de l’assemblée pour obtenir la déchéance qui était leur but. Le roi avait besoin de la sûreté de l’assemblée, puisqu’il était venu y chercher la sienne. La faction des contre-révolutionnaires avait seule besoin d’un mouvement, à la faveur duquel ils pussent opérer le renversement du corps législatif. 

Leur motif comme leur intérêt était l’accomplissement du dessein que tant de pétitionnaires et tant d’orateurs du parti populaire avaient imputé à la cour : de dissoudre tout à la fois l’Assemblée nationale et le Club des jacobins. C’était sur la présomption de ce dessein, fort accrédité dans l’assemblée, qu’étaient fondées les plus violentes déclamations contre M. de La Fayette, si injustement soupçonné d’une odieuse complicité avec ses auteurs. C’était sur cette présomption que, dans la séance du 9 août, le député Lamarque avait amené l’assemblée à voter la permanence de ses séances. C’était enfin sur les appréhensions dont l’assemblée était préoccupée, qu’était fondé le déchaînement qui éclata contre moi, lorsque, le 10, je fis entrer quelques gardes nationaux dans la salle, pour désobstruer le passage où l’affluence retenait la famille royale ; on croyait que je commençais l’exécution du projet redouté. 

Toutes ces circonstances me revenaient à l’esprit, et, si je puis parler ainsi, au secours de ma souffrance et me fournissaient la preuve des ordres donnés par d’officieux courtisans pour tirer le roi de l’assemblée, et la dissoudre en même temps par un coup hardi. 

Je ne me trompais pas ; ce que je tenais pour certain par le raisonnement, autant que par des rapports qui s’y trouvaient conformes, a été authentiquement prouvé, après le retour de Louis XVIII, par le Récit de la conduite du régiment des gardes suisses à la journée du 10 août, publié eu 1821, à l’occasion du monument de Lucerne, consacré à la mémoire des officiers et soldats morts pour la cause de Louis XVI les 10 août et 3 septembre 1792, par le colonel Pfyffer d’Altishofen. On y voit qu’après la sortie du roi, M. le maréchal de Mailly annonça à M.  de Durler, capitaine (suisse) qui commandait une réserve de trois cents hommes, qu’il était chargé par le roi de prendre le commandement du château. Il ne donna d’autre ordre que de ne pas se laisser forcer ; ce ne fut pas d’après cet ordre que se fit la première décharge des Suisses. Le récit ne nomme pas les personnes de qui procéda le commandement de faire feu, mais on les voit en action immédiatement après, pour diriger la manœuvre et préparer un résultat. Suivons le Récit. Quand le combat, engagé dans l’escalier et dans la cour contre les Marseillais, eut livré le champ de bataille aux Suisses, la réserve de M. de Durler descendit pour faire des dispositions du côté du jardin, pendant que le reste de la troupe poursuivait les Marseillais vers la rue de l’Echelle : « Dans cet instant critique, M. d’Hervilly, tué depuis pour la cause royale à Quiberon, arrive sans armes, sans chapeau, à travers les coups de fusil et de canon ; on voulait lui montrer les dispositions qu’on venait de faire du côté du jardin : Il ne s’agit pas de cela, dit-il ; il faut vous porter à l’assemblée, auprès du roi. On crut pouvoir être encore utile à cet infortuné monarque, et une voix (c’était celle du baron de Vioménil, lieutenant général et frère du maréchal de ce nom), une voix qui cria : Oui, braves Suisses, allez, sauvez le roi ! Vos ancêtres l’ont fait plus d’une fois, confirma cette trompeuse espérance. » 

En effet, on lit dans le procès-verbal de l’assemblée, où j’étais présent : « Les coups de canon redoublent ; une décharge de mousqueterie se fait entendre sur la terrasse des Feuillants et sous les fenêtres de la salle de l’assemblée ; les citoyens des tribunes s’écrient : Voilà les Suisses ! Nous ne vous quittons pas, nous périrons avec vous. Un officier de la garde nationale accourt à la barre en disant : Nous sommes forcés. » En effet, la garde de la terrasse des Feuillants était forcée. 

Pendant que les Suisses s’avançaient, un député se présenta à leur rencontre, qui ordonna au commandant de faire mettre bas les armes à sa troupe. Celui-ci refusa de le faire. On conduisit M. de Durler auprès de Sa Majesté ; il dit au roi  : « Sire, on veut que je mette bas les armes. » Le roi répondit : « Posez-les entre les mains de la garde nationale ; je ne veux pas que de braves gens comme vous périssent. » Un moment après, le roi lui envoya un billet de sa propre main, conçu en ces termes : « Le roi ordonne aux Suisses de poser les armes et de se retirer aux casernes. » Cet ordre, continue le Récit, fut un coup de foudre ; plusieurs pleuraient de rage ; mais la discipline et la fidélité prévalurent : tous obéirent. 

L’ordre du roi à M. de Durler explique clairement ce qu’on lit dans le procès-verbal de l’assemblée, peu après ce que dit l’officier de la garde nationale (Nous sommes forcés.) : « Bientôt, porte le procès-verbal, on est instruit que la décharge de mousqueterie a été faite par une compagnie de Suisses qui ont tiré en l’air. » C’était en exécution de l’ordre donné par le roi à M. de Durler. 

Je reviens à la situation dans laquelle j’étais en écrivant. Il n’est pas impossible que j’aie accordé quelque chose à l’irritation fort légitime où j’étais en pensant à cette attaque des Suisses, qui avait rendu mes précautions non seulement inutiles, mais plus funestes que n’eût été mon abandon aux événements, et qui avait fait tourner ma prévoyance au détriment du roi et du peuple, et me faisait encourir des reproches de tous les côtés : celui d’avoir compromis la sûreté de l’assemblée, celui d’avoir causé une grande effusion de sang, celui de n’avoir soustrait le roi au canon des Marseillais que pour le mettre sur le chemin de l’échafaud. 

D’autres circonstances moins importantes, mais qui n’étaient pas sans effet, concouraient à m’exciter. Mes amis me faisaient dire dans ma retraite que j’avais été joué par la cour ; que l’on m’accusait d’avoir subi l’influence de la reine, d’avoir cédé à l’espérance de la faveur royale. On me fit aussi passer le détail de pièces trouvées dans l’armoire de fer, où le roi renfermait ses papiers secrets ; on y avait trouvé une ordonnance qu’il avait signée le 28 janvier 1792, pour le payement des quatre compagnies des gardes du corps licenciées depuis le 25 juin 1791, et qui faisaient partie de l’armée ennemie. On me rapporta qu’à la vue de cette pièce et de beaucoup d’autres, personne ne doutait plus dans l’assemblée de la mauvaise foi de Louis ; que ceux qui avaient embrassé sa cause avec le plus de zèle reconnaissaient qu’ils avaient été indignement joués, et s’indignaient de se voir compromis par leur crédulité. Je n’avais à me reprocher ni confiance, ni captation, ni crédulité ; mais je souffrais de m’en savoir soupçonné.

Extrait du livre de Pierre-Louis Roederer, "Un été d’espoir et de sang", présenté et annoté par Thierry Lentz et  publié aux éditions Perrin.

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