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Twitter en baisse, Instagram en hausse
Le nombre d’utilisateurs des réseaux sociaux ne progresse plus
Publié le 16 avril 2019
Une étude du très sérieux Pew Research Center tend à montrer que la proportion d'adultes utilisant les réseaux sociaux reste stable depuis 2016.
Nathalie Nadaud-Albertini est docteure en sociologie de l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales et correspondante au Centre de Recherche sur les Médiations de l’Université de Lorraine.  
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Une étude du très sérieux Pew Research Center tend à montrer que la proportion d'adultes utilisant les réseaux sociaux reste stable depuis 2016.

Atlantico : La part de la population américaine qui déclare utiliser les réseaux sociaux, par réseau social, stagne depuis 2016. Ce "marché" vous semble-t-il arrivé à maturité ? Cette statistique indique-t-elle néanmoins une baisse de l'influence des réseaux sociaux ? Ou  davantage un changement d'usage ?

Nathalie Nadaud-Albertini : La récente étude du Pew Research Center auprès de la population américaine indique que la proportion d’adultes utilisant certaines plateformes numériques ou applications reste relativement stable depuis 2016. Ainsi, la part des américains adultes utilisant Facebook stagne à 69% entre 2016 et 2019 et à 28% pour Pinterest. Elle n’augmente que de 2% pour Twitter (20% en 2016 et 22% en 2019), et également de 2% pour LindedIn (elle passe de 25% en 2016 à 27%  en 2019).

On peut voir dans ces chiffres le signe d’un marché qui arrive à maturité dans la mesure où l’usage est passé dans les mœurs et que la part des nouveaux utilisateurs semble relativement faible par rapport à ce que l’on a pu connaître par le passé.

Est-ce à dire qu’il s’agit d’une baisse de l’influence des réseaux sociaux ? Je ne crois pas, car tout est relié aux réseaux sociaux. Prenez par exemple l’usage des transports en commun. Aujourd’hui, la plupart des gens s’informent des retards sur les lignes et des différents incidents via les réseaux, alors qu’avant ils se contentaient des annonces faites par les haut-parleurs.

Pour moi, il s’agit surtout de savoir qui utilisent quel(s) réseaux, c’est-à-dire qu’on parle communément DES réseaux sociaux, mais un réseau social n’équivaut pas à un autre pour telle ou telle catégorie de la population. Si l’étude du Pew Research Center indique une tendance globale à la stagnation, elle montre en revanche des différences importantes en fonction du réseau et de la population qui l’utilise. Ainsi, chez les 18-24 ans, l’utilisation d’Instagram a-t-elle considérablement augmenté entre 2016 et 2019 : elle est passée de 25% à 37 %. De même, en 2019, les femmes utilisent Pinterest à 42% contre 15% chez les hommes. On observe donc une segmentation importante selon les différentes populations, ce qui va dans le sens de l’hypothèse de la maturité du marché.

Quand on observe les résultats par âge, on remarque que les jeunes de 18 à 24 ans utilisent moins Youtube et Facebook que leurs aînés. C'est probablement ce phénomène qui explique la stagnation de Facebook par exemple. Comment caractériser l'usage des réseaux sociaux par cette génération ?

La stagnation de Facebook est effectivement une question de générations. En effet, ce réseau a eu une importance considérable dans le succès des réseaux sociaux, de sorte qu’on a longtemps utilisé ‘’Facebook’’ et ‘’les réseaux sociaux’’ comme deux synonymes, négligeant le fait que chaque réseau a sa spécificité et son cœur de cible. Par conséquent, être sur les réseaux signifie être sur Facebook pour les plus âgés, alors que pour les plus jeunes, il s’agira d’être sur Facebook mais également sur d’autres réseaux où ils n’entreront pas en interactions avec les membres de leur famille notamment. En effet, certains parents ou grands-parents exigent des adolescents qu’ils les acceptent en amis sur leur Facebook, ce qui ne permet pas aux plus jeunes de pouvoir échanger dans un entre-soi satisfaisant.

En effet, avoir un endroit pour soi, où échanger entre pairs, est l’une des attentes des plus jeunes concernant les réseaux. Avant les réseaux, on ‘’traînait’’ dehors avec ses copains, avec les réseaux, on ‘’traîne’’ avec ses contacts en ligne. Cette attente de l’entre-soi est d’ailleurs ce qui a fait le succès de MySpace chez les jeunes sur la deuxième moitié des années 2000. C’est-à-dire qu’elle a été fondamentale dans le succès des premiers réseaux sociaux. Ensuite, sont arrivés Facebook et Twitter. Ils étaient alors surtout utilisés par les plus jeunes pour échanger entre pairs. Puis, leurs aînés se sont également approprié ces réseaux, de sorte que les plus jeunes ont tourné leur attente d’entre-soi vers d’autres supports numériques, Instagram et Snapchat notamment, lesquels sont en 2019 respectivement utilisés par 75% et 73% des 18-24 ans, contre environ 20% chez les 30-49 ans, et environ 10% chez les 50-64 ans.

Pour finir de répondre à votre question, l’usage des réseaux sociaux chez les plus jeunes est quelque chose qui va de soi, une partie intégrante de la vie sociale. Pour eux, la sociabilité en général passe obligatoirement par la sociabilité numérique. Il n’y a pas vraiment l’idée d’une sociabilité prépondérante sur l’autre, ou d’une sociabilité plus ‘’authentique’’ que l’autre. De même, il n’y a pas de notion de ‘’c’était différent avant’’ voire ‘’c’était mieux avant’’ parce qu’ils n’ont pas vécu les changements introduits par les réseaux. Ils les prennent comme un allant-de-soi.

Twitter perd du terrain quand Instagram en gagne. Qu'est-ce que cela peut montrer selon vous ?

Cela rejoint tout d’abord ce que je vous expliquais tout à l’heure, c’est-à-dire qu’auprès des plus jeunes, Twitter a l’image d’un réseau déjà ancien, où se trouvent différentes catégories de population et où ils ne retrouveront donc pas le bénéfice d’un sentiment d’entre-soi.

Une autre dimension entre en ligne de compte : comme Snapchat, Instagram est avant tout un réseau de l’image alors que Twitter reste un réseau de l’écrit. Or, on utilise les réseaux sociaux en partie pour donner à voir sa vie à un instant donné, tout en la parant d'une dimension idéalisée. Quoi de mieux qu’une image pour cela ? D’autant plus que l'on peut jouer avec les filtres et ainsi magnifier l’image de sa vie. C’est une façon de lui donner d’autres couleurs, ce que Twitter ne permet pas. 

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