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Meilleur élève

Le meilleur prof au monde est un frère franciscain kényan qui enseigne les maths et la physique et voilà ce qu’il peut nous apprendre

Publié le 27 mars 2019
Le Prix International de l'enseignant (Global Teacher Prize organisé par la Varkey Foundation) récompense chaque année depuis 2015 le meilleur enseignant du Monde et offre un million de dollars au lauréat. Il a récompensé cette année un professeur de sciences kenyan, Peter Tabichi.
Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Pierre Duriot est enseignant du primaire.Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les...
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Le Prix International de l'enseignant (Global Teacher Prize organisé par la Varkey Foundation) récompense chaque année depuis 2015 le meilleur enseignant du Monde et offre un million de dollars au lauréat. Il a récompensé cette année un professeur de sciences kenyan, Peter Tabichi.

Atlantico : Les résultats de ce professeur de primaire semblent remarquables quand on prend en compte le milieu d'origine de ses élèves. La Fondation Varkey a mis l'accent sur son "dévouement total" pour ses élèves. Est-ce qu'au-delà des questions de méthodes et de programme, c'est cet état d'esprit qu'il faudrait encourager chez nos professeurs en France par tous les moyens, pour les aider à sortir des difficultés ? Mesure-t-on aujourd'hui l'engagement des enseignants en France ?

Pierre Duriot : Il faut voir ce prix comme une forme d'encouragement à un pays, à travers un homme. Le Kenya revient de loin, au niveau éducatif, avec, jusqu'à la fin du siècle dernier, un taux de scolarisation très bas et des résultats calamiteux. L'état a fait beaucoup d'efforts pour tendre vers la scolarisation de tous les enfants, en partant d'un système éducatif impulsé par les Anglais. Après pas mal de vicissitudes, les choses se sont améliorées mais les crises économiques à répétition plombent la scolarisation des plus pauvres, dans un système qui reste très inégalitaire et réserve de très belles écoles privées aux plus aisés, pendant que les plus pauvres sont à l'école publique. Le taux de scolarisation décroît encore à mesure que l'on monte dans les âges de la scolarité et même si beaucoup reste à faire, le Kenya est sur le bon chemin. Effectivement la personnalité de Peter Tabichi est particulière, puisqu'il consacre 80 % de son salaire à aider ses élèves et y passe également la plupart de son temps libre, ce qui est à la fois extraordinaire et improbable pour le commun des professeurs. Il a une méthode que l'on connaît fort bien, qui pourrait porter chez nous le nom connu de « Main à la pâte », que lui appelle "parler moins et agir plus", mais on reste dans le même esprit. L'apprentissage moins théorique, moins conceptuel et plus basé sur l'action du cerveau et du corps laisse moins d'élèves sur le carreau. Même si le cas et le contexte de Peter Tabichi ne sont pas transposables chez nous, il est vrai que le métier est mieux mené quand il fait l'objet, chez le professeur, d'une forme de passion et d'engagement pour l'éducation et l'instruction de son prochain. Or, il a été donné de constater que de plus en plus, le métier de professeur devient un métier comme un autre et qu'il peut même être choisi par défaut. Il est ultra-féminisé et sonne parfois comme un salaire d'appoint dans un couple. Il ne fait d'ailleurs pas spécialement recette, mais pour des motifs nombreux qui dépassent de très loin la simple crise des vocations que l'on peut constater. Au-delà de toutes les méthodes, il ne faut pas se tromper, c'est bien la confrontation de la personnalité du professeur à celle de ces élèves et sa capacité à créer une émulation dans le groupe qui permet un bon enseignement. Certes, les connaissances et l'apprentissage technique du métier sont des paramètres importants mais l'enjeu majeur tient de l'alchimie psychique, affective et relationnelle, entre le professeur et ses élèves. Nous nous en sommes aperçus amèrement, en France, en remontant le niveau d'étude requis lors du recrutement des professeurs, dans l'espoir d'améliorer aussi le niveau des élèves, c'est le contraire qui s'est produit : nous sommes descendus dans les classements internationaux.

Peter Tabichi a aussi lancé un "club de développements de talents" et donne des cours particuliers à ses élèves. Est-ce que promouvoir l'extrascolaire et le "hors-classe" vous semble une bonne idée pour améliorer nos résultats ? Quels moyens faudrait-il mettre en place pour cela ?

Oui, c'est une excellente idée, sauf que Tabichi le fait bénévolement et sur son temps libre et que ça n'est pas envisageable ici. Les pays asiatiques ont massivement recours aux cours extrascolaires, à tel point que cela frise parfois le mauvais traitement à élèves, mais avec certes, des résultats tangibles. Cela existe aussi en France, avec des cours de mise à niveau pendant les vacances et des résultats intéressants, pour peu que les élèves soient volontaires. En réalité, la posture des élèves est l'une des clés du système, avec la posture du professeur. Tabichi enseigne dans un pays où les élèves perturbateurs peuvent ne plus venir et il se retrouve donc avec des élèves, plus ou moins tous motivés. A la différence de la France où un professeur et son établissement se doivent de garder les plus toxiques des élèves, lesquels sabotent l'apprentissage de l'ensemble de la classe d'âge, sans qu'il existe de moyens efficaces de coercition et de préservation de la qualité d'un enseignement obligatoirement calé sur ses pires éléments, auxquels les professeurs doivent adapter leurs méthodes et leurs postures. Un fois ce volontariat obtenu, la plupart des sessions de mise à niveau menées en France se passent plutôt bien, avec des résultats probants, mais cela a évidemment un coût puisque les professeurs sont payés en plus pour ce travail mené sur leur temps de congés.

Le lauréat dit aussi faire un usage important de la technologie : est-ce quelque chose qui est répandu en France ? Quel usage des nouveaux moyens de communication faut-il, selon vous, favoriser ?

Justement non, il ne fait pas usage de tant de technologie qu'il ne le décrit. Sa salle de classe est très peu équipée et l'école dispose d'un seul ordinateur. La connexion internet y est très mauvaise et il n'y a en moyenne qu'un professeur pour plus de cinquante élèves. C'est bien la personnalité de Tabichi qui fait la différence et la présence d'élèves globalement très volontaires. Si on fait l'état des lieux en France, avec des écoles plutôt bien équipées désormais, cela n'a pas empêché le niveau global de dégringoler dans les classements internationaux. Le verdict est donc sans appel, un tableau informatique et des logiciels ne font pas mieux qu'un tableau noir. Comme je l'expliquais à la première question c'est bien la confrontation de la personnalité du professeur à celle de ses élèves et sa capacité à créer une émulation dans le groupe qui permettent un bon enseignement. La technologie est un moyen comme un autre, mais pas une méthode ni une fin en soi. Ce sont les choix politiques en matière de contenus, de formations, de gestion des professeurs et des élèves, qui font la qualité d'un enseignement et pas forcément l'argent investi dans un matériel informatique à renouveler constamment, avec des attributions de marchés sur lesquels il y aurait beaucoup à dire...

Même si l'on peut s'inspirer des résultats, faut-il tout de même relativiser l'importance de ce prix ?

Oui, il faut relativiser l'importance de ce prix. Parce que le Kenya est très mal classé au niveau international et que beaucoup de choses restent à faire. A la fois, il est sans doute donné à titre d'encouragement à ce pays qui a pris le bon chemin éducatif, tout en sachant que son système éducatif reste dépendant de l'aide internationale. Mais également la personnalité, l'engagement et le dévouement de Tabichi, méritent amplement cette distinction. Et puis, par les temps qui courent, il est de bon ton et de bonne correction politique, de valoriser sur la scène internationale, des pays émergents ou des représentants de minorités. Avec 95% de ses élèves qui viennent d'une famille pauvre, beaucoup qui ne mangent pas à leur faim, qui doivent marcher plus de 7 km pour aller à l'école, ce prof extraordinaire qui aide les élèves à croire en eux et à mener à bien leurs projets, nous raconte une très belle aventure humaine et c'est là très certainement que le cœur des jurés à battu, à juste raison.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
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Djams
- 28/03/2019 - 20:03
Erreur de jugement
Je ne crois pas qu'en France la réussite des élèves ne dépendent que de la présence d'éléments perturbateurs dans la classe. Le vrai problème n'est pas les moyens mis en place mais la pédagogie mise en place. Les élèves doivent suivre un cours et en apprendre les subtilités en restant assis sur une chaise toute la journée. Et les profs ne sont pas tous ou toujours très motivés pour enseigner leur matière contrairement à ce kényan extraordinaire. Mais la faute à qui ? à notre système d'enseignement qu'il faut complètement revoir. Plus facile à dire qu'à faire n'est-ce pas ?
Olivier62
- 28/03/2019 - 10:51
Révélateur
"A la différence de la France où un professeur et son établissement se doivent de garder les plus toxiques des élèves, lesquels sabotent l'apprentissage de l'ensemble de la classe d'âge"
Eh oui en France l'égalitarisme forcené, le pédagogisme et l'immigration de masse ont produit ce beau résultat. Il est vrai que c'était le but recherché : l'abêtissement et la réduction au bestial comme principe d'action et d'éducation.
Benvoyons
- 27/03/2019 - 12:09
Il propose l'effort personnel sans que l'éleve ne ressente
son effort personnel car l'élève agit avec le savoir qu'il apprend, au lieu de rester statique pour recevoir un savoir.
" Si tu me dis; j’oublie. Tu m'enseignes; je me souviens. Tu n’impliques; j'apprends " Benjamin Franklin