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Visite diplomatique

Xi Jinping en France : de la séduction à l’ inquiétude, entre Pékin et l’Europe, 27 nuances de relation ?

Publié le 22 mars 2019
Le président chinois Xi Jinping effectuera sa visite d'Etat d'Etat en France de dimanche à mardi en France.
Florent Parmentier
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Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays...
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Emmanuel Dubois de Prisque
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Emmanuel Dubois de Prisque est chercheur associé à l'Institut Thomas More et co-rédacteur en chef de la revue Monde chinois nouvelle Asie. 
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Le président chinois Xi Jinping effectuera sa visite d'Etat d'Etat en France de dimanche à mardi en France.

Atlantico : C'est au moment même de la visite de Xi Jinping en Europe que l'Union a choisi d'adopter un ton différent avec la Chine, en évoquant le terme de "rival systémique". Comment expliquer ce qui peut apparaître comme un revirement après une période qui avait semblé révéler un rapprochement sur la base de la défense du "multilatéralisme" suite à l'élection de Donald Trump ?

Florent Parmentier : Le changement de terme correspond peut-être à une adaptation au monde tel qu’il est. En effet, il est sans doute normal aujourd’hui que ne plus considérer la Chine comme une économie en développement, puisque c'est là le résultat d'un développement économique continue depuis une quarantaine d'années. Le terme de « rival stratégique » signifie donc une forme de reconnaissance des progrès économiques chinois au cours des décennies passées.

Toutefois, si la Chine peut légitimement en tirer une forme de fierté, et ne pas s’en inquiéter outre mesure, elle a su jusqu’à présent faire un bon usage de sa position. De plus, la visite du chef d’Etat chinois intervient un moment où la situation de son pays devient plus fragile : sur le plan intérieur, son rythme de croissance effrénée semble faiblir inexorablement, devenant inférieur à celui de l'Inde. Dans le même temps, la question de Huawei, entreprise chinoise de Shenzen, dont l’avance dans la 5G et les liens avec le régime alimentent une défiance des pays européens et des États-Unis vis-à-vis de la Chine. Les ambitions de la Chine en mer nourrissent également les soupçons concernant l'expansionnisme de Pékin, tout comme l’ambitieux projet des nouvelles routes de la soie. Ces forts soupçons vis-à-vis de la concurrence de la Chine ont été exprimés récemment à l’occasion de de la récente fusion avortée entre Alstom et Simons : la menace chinoise a été explicitement mentionnée comme l'une des bonnes raisons pour lesquelles il fallait réaliser la fusion entre le géant français et l'allemand.

En un mot, la défense du multilatéralisme ne suffit plus à masquer la différence d’intérêts en matière économique.

Emmanuel Dubois de Prisque : Il me semble que ce «revirement» comme vous l’appelez se fait moins en dépit qu’à cause de Donald Trump. La position très ferme des Etats-Unis permet à la Commission d’afficher elle-même une certaine fermeté. Il faut se rappeler qu’il y en encore quelques années, jusqu’au début de l’année 2016 environ, il existait un consensus entre les gouvernements européens et la Commission pour considérer qu’il allait de soi d’octroyer le statut d’économie de marché à la Chine, une possibilité qui paraît aujourd’hui bien loin. 
Dans son document la Commission ne dit pas ce qu’elle entend par « rival systémique ». Le « système » chinois n’est pas vraiment décrit, ni d’ailleurs le « système » européen. Il me semble que la commission se hausse un peu du col en se posant en « rival » de la Chine. Le projet originel de l’UE était justement de surmonter le thumos rivalitaire propre au nationalisme dans un projet collaboratif. Elle semble découvrir que la collaboration avec une puissance telle que la Chine, qui se comprend comme un moteur de l’Histoire post-occidentale, de cette Histoire dont les pays européens, via l’UE justement, prétendaient encore naguère sortir, n’est guère efficace. L’UE a désarmé les Etats-nations dans leur lutte pour exister sur la scène internationale au nom d’un projet de paix universelle, où les Etats totalitaires étaient censés se transformer en démocraties pacifiques et post-historiques.  Et voilà que tout à coup, nous nous trouvons avec un « rival systémique » auquel nous sommes censés faire face sans avoir les moyens de la souveraineté pour le faire ! 

 

Concrètement, en quoi l'Union européenne modifie-t-son approche de ses relations avec Pékin ?

Florent Parmentier : Dans le contexte précédemment mentionné, il paraît évident que les relations sino-européennes risquent de se tendre, au détriment des deux acteurs. L’approche européenne de la Chine doit éviter un double danger, comparable au cas de la Russie : d’une part, celui de considérer la Chine comme un adversaire, et d’autre part celui de ne pas voir qu'elle pourrait constituer un rival.

Des pays européens doivent faire preuve de fermeté et de cohésion avec la Chine. Il est sans doute contre-productif de donner des leçons de droits de l’homme, mais la situation des minorités religieuses ne peut être totalement ignorée non plus, notamment en ce qui concerne les Ouïghours. Les Européens demandent une plus grande réciprocité dans les échanges économiques et l’accès aux appels d’offres des marchés publics, sans pourtant obtenir de grands succès en la matière.

Les Européens doivent dans le même temps parler avec les Chinois et garder une attitude de dialogue en multipliant les échanges économiques, sociaux et culturels. La Chine participe pleinement au processus de gouvernance climatique mondiale, dans la mesure où elle commence à voir les limites écologiques de son expansion.

Les Européens sont donc prêts, pour certains, à une approche plus dure sur la Chine.

Emmanuel Dubois de Prisque : Au-delà de la rhétorique, Bruxelles avoue son impuissance à prendre au niveau européen les mesures nécessaires face à la Chine, et appelle les Etats-membres à faire ce que chacun croyait encore naguère être son boulot à sa place. Comme le souligne François Godement, avec ce document « l’UE ne cherche pas à développer une politique industrielle [face à la Chine] mais appelle les Etats-membres » à le faire, de façon collaborative, à sa place. 

Alors qu'une nouvelle Commission entrera en fonction suite aux élections européennes, quels seront les enjeux à traiter de façon prioritaire dans les relations sino-européennes ? Quelles pourraient en être les conséquences dans le rapport entre les capitales européennes et Washington ?

Florent Parmentier : Les enjeux prioritaires à traiter en commun sont liés à un rééquilibrage des relations économiques, au-delà du changement climatique.

Ce sera loin d’être facile. La Chine dispose aujourd'hui de trop de capital économique et de capacités d'influence pour qu'un seul pays européen puisse négocier avec succès avec elle. La seule manière de bénéficier d'une position de force consiste à s'unir.

Dans ce cadre, il existe un risque réel de voir les capitales européennes se diviser entre celles qui s’orienteront vers les États-Unis, et celle qui s'orienteront vers la Chine. L'Italie, étape importante du déplacement de Xi Jinping, semble dans une position particulière, puisque ce pays très ancré dans l'Alliance atlantique désire cependant signer un projet d'accord sur les nouvelles routes de la soie. Le chef d’Etat chinois est le premier à faire le déplacement en Italie depuis le Président chinois depuis 10 ans, quand Hu Jintao était venu dans le pays d’origine de Marco Polo. Si l'Italie pourrait ouvrir plusieurs portes aux investissements chinois dans le cadre de l'initiative des nouvelles routes de la soie, il faut toutefois observer que la coalition est divisée sur ce point : la ligue de Salvini craint la domination chinoise, là où le mouvement cinq étoiles y voit moins une menace.

Cela ne signifie pas, pour autant, que les Européens se s’aligneront sur les positions américaines.

Emmanuel Dubois de Prisque : Cela dépendra bien sûr des rapports de force issus des élections européennes. Mais avec la montée des forces souverainistes, Européens et Américains pourraient paradoxalement se trouver à la fois plus en phase idéologiquement, notamment sur le dossier chinois, mais aussi susceptibles de s’opposer plus frontalement, avec l’émergence d’un Parlement plus soucieux de défendre les intérêts des Etats-membres face à la puissance américaine. 

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