En direct
Best of
Best of du 16 au 23 mars 2019
En direct
© JEAN-PIERRE CLATOT / AFP
Gilets jaunes
Grand Débat : l’étrange victoire d’Emmanuel Macron
Publié le 12 mars 2019
Emmanuel Macron réussit relativement à ramener le calme en France avec le Grand débat mais l'équilibre reste très fragile.
Maxime Tandonnet est historien, auteur de nombreux ouvrages dont Histoire des présidents de la République (2013) et André Tardieu, l'incompris (2019) aux éditions Perrin. 
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Maxime Tandonnet
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Maxime Tandonnet est historien, auteur de nombreux ouvrages dont Histoire des présidents de la République (2013) et André Tardieu, l'incompris (2019) aux éditions Perrin. 
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Emmanuel Macron réussit relativement à ramener le calme en France avec le Grand débat mais l'équilibre reste très fragile.

Atlantico : Si la mise en oeuvre du Grand Débat par Emmanuel Macron a pu permettre d'apaiser le niveau de tension qui s'était emparé du pays depuis la crise des Gilets Jaunes. Cependant, et puisque les propositions formulées ici ou là ne semblent pas de nature à provoquer un réel changement du destin historique du pays, ne peut-on pas craindre que cette "victoire" ne soit qu'apparente ou temporaire ? 

Maxime Tandonnet : Le mouvement a duré près de quatre mois et semble en effet se tasser. Il est complètement impossible de dire si l'apaisement apparent est le résultat d'un épuisement naturel ou du déroulement du Grand Débat. Toujours est-il que ce mouvement pourrait bien être ou avoir été le plus long de toute l'histoire de la Ve République. Ce qui a bien fonctionné, en tout cas, c'est le dérivatif: le bruit fait par le Grand Débat a bel et bien couvert celui des gilets jaunes. Les résultats du Grand Débat sont pour l'instant conformes à la nature des événements qui l'ont suscité: chaotiques. Le Grand Débat a été conçu pour chercher une réponse aux revendications des Gilets Jaunes. Or, depuis le retrait de la taxe carbone, ces derniers n'avaient aucune revendication précise. Ils menaient une contestation générale, ciblée sur le personne du chef de l'Etat. Quant au pouvoir en place, il a toujours dit qu'il maintiendrait sa ligne. Mais d'ailleurs quelle ligne? De fait, il n'y avait pas de revendication claire des Gilets Jaunes ni, en face, de ligne claire à défendre... Les annonces qui s'expriment ça et là sont à l'image des événements de ces derniers mois: une confusion totale: hausse de l'impôt sur l'héritage et sur l'immobilier, vague dispositif de proposition de loi par pétition, qui n'a rien à voir avec le référendum populaire. Le Grand Débat débouche sur le néant mais comment pouvait-il en être autrement?

Il apparaît que les contributions au Grand Débat consistent essentiellement à une rectification à la marge du système existant. En quoi les propositions formulées par les Français peuvent être considérées comme marginales par nature ? Les élites du pays n'ont elles pas justement la charge de répondre à cette demande de "réel changement" dans la cohérence ? 

Un président de la République et une Assemblée nationale ont été élus il y a moins de deux ans en mai-juin 2017, à l'issue d'un dramatique scandale qui a totalement vicié le processus démocratique et privé les Français d'un débat démocratique. Comment pouvait-on espérer que les mêmes hommes, la même équipe, auraient pu opérer un virage à 90°? Certes il y a le précédent du tournant de la rigueur de François Mitterrand en 1983-1984, mais quand un président a une idée claire sur l'inflexion à donner à une politique, il ne provoque pas un débat, il arbitre et décide en prenant des décisions politiques et change de Gouvernement. Or, une fois de plus, la logique de la communication à outrance qui s'est exprimée à travers le Grand Débat n'a servi qu'à recouvrir l'absence de choix politique et de décision.  Les recettes qui sont envisagées comme issues au Grand Débat, surtout les hausses touchant "les riches" sont d'ailleurs de pure affichage. Elles n'ont aucun rapport avec les attentes profondes du pays, au-delà du mouvement des Gilets Jaunes, autour d'une refondation de la démocratie française qui passe par une réhabilitation du Parlement, aujourd'hui totalement asservi à l'Elysée, l'utilisation du référendum sur les sujet essentiels, la fin du naufrage de la politique française dans le grand spectacle narcissique.  

Quels sont les risques de voir cet exercice s'achever dans la frustration d'une partie importante de la population ? 

Frustration, déception, c'est beaucoup dire... Franchement, en dehors peut-être des 22% d'électeurs potentiels de LREM, selon les sondages en vue des Européennes, soit 10% de l'électorat compte tenu du niveau probable de l'abstention, et 6% de la population, personne ne s'est vraiment fait la moindre illusion sur les suites à attendre du Grand Débat. C'est pourquoi le risque que les annonces qui en sortiront provoquent par elles-mêmes une nouvelle flambée de colère peut paraître faible. Mais ce qui est infiniment plus grave pour le pays, à long terme, c'est l'effet de toute cette séquence sur l'image du politique. Le moment "Grand Débat" ne fera que conforter le sentiment collectif que la démocratie française est malade, que la politique n'est plus que spectacle médiatique, posture et gesticulation, de l'extrême gauche à l'extrême droite. Le malaise national et la coupure entre la classe dirigeante et la Nation vont en sortir encore renforcés dans un contexte où nul ne voit poindre une alternative politique crédible. La décomposition se poursuit et s'aggrave. Mais surtout, une immense incertitude pèse de plus en plus sur l'avenir politique de la France.

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Irascible, exténué et persuadé d’être le meilleur en tout : ce que la personnalité du président coûte à son quinquennat et à la France
02.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
03.
Castaner : l'inconnue n'en était pas une (et peut-être pas la seule); Foresti rit au soleil, Laeticia Hallyday & Paris Jackson dépriment à L.A; Meghan engage un coach "gestion de bébé"; Public voit un enfant pour Jenifer et une joueuse du PSG pour MBappé
04.
Vladimir Poutine est censé quitter le pouvoir en 2024. Certains au Kremlin envisageraient un autre scénario
05.
Acte 19 des Gilets jaunes : victoire sur le terrain pour le gouvernement, incertitude politique maximale
06.
“La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l'analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014
07.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
01.
Irascible, exténué et persuadé d’être le meilleur en tout : ce que la personnalité du président coûte à son quinquennat et à la France
02.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
03.
“La révolte du public” : interview exclusive avec Martin Gurri, l'analyste de la CIA qui annonçait la crise des Gilets jaunes dès 2014
04.
Grand débat en péril ? Les trois erreurs politiques que semble s'apprêter à commettre Emmanuel Macron
05.
MBS, le prince héritier saoudien dépossédé d’une partie de ses pouvoirs par le Roi Salman
06.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
01.
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?
02.
Recours à l’armée face aux Gilets jaunes : la dangereuse fuite en avant du gouvernement
03.
Irascible, exténué et persuadé d’être le meilleur en tout : ce que la personnalité du président coûte à son quinquennat et à la France
04.
Violence inexcusable MAIS aspiration à la justice sociale : la double nature de la contestation des Gilets jaunes dont aucun parti ne parvient à tirer une synthèse convaincante
05.
Profondément convaincus ou en réaction épidermique à Emmanuel Macron ? L’enquête exclusive qui révèle que les Français se disent nettement plus nationalistes et favorables au protectionnisme que les autres Européens ?
06.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
Commentaires (15)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
gilbert perrin
- 20/03/2019 - 10:02
la FRANCE n'est plus : c'est la chienlit...
CASTANER, MACRON, PHILIPPE et son GOUVERNEMENT doivent démissionner... ils ne peuvent pas le faire : les oppositions ne le leur demandent pas ??? ils seraient considérés comme des "déserteurs"
QUI PEUT M'EXPLIQUER cette SITUATION ????
Gilbert perrin
siger99
- 13/03/2019 - 19:53
Plutôt une drôle de guerre...
D'un côté, les Gilets Jaunes ne parviennent pas à forcer Macron à demissionner et/ou le forcer à organiser de nouvelles elections, et de son côté, Macron n'arrive pas à faire cesser les manifestations hebdomadaires. Chaque force se regarde en chien de faience pour savoir qui cedera le premier.
spiritucorsu
- 13/03/2019 - 15:16
On ne sort de l'ambiguïté qu'à son détriment.(suite et fin)
Le monarque ne marche pas comme il l'a évoqué lui même sur de la glace,mais sur un champs de mines,et c'est d'autant plus périlleux que l'on se veut premier de cordée.