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La grenouille, le bœuf...

Pourquoi la Russie surestime largement les bénéfices qu’elle pourrait retirer de ses tentatives d’ingérence dans les élections européennes

Publié le 01 mars 2019
Si la Russie est un acteur régional d'importance dont les capacités d'influence sont certaines, il faut prendre garde à ne pas surestimer la menace.
Florent Parmentier est maître de conférences à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié, aux Presses de Sciences Po, Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est...
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Si la Russie est un acteur régional d'importance dont les capacités d'influence sont certaines, il faut prendre garde à ne pas surestimer la menace.

Atlantico : Ce 28 février, le Parisien titrait "Comment la Russie veut influer sur les élections européennes" pointant les peurs européennes d'ingérence de la part de Moscou. A contre courant de cette idée, le site américain de défense "WarOnTheRocks" souligne pour sa part les faibles résultats obtenus par la Russie dans sa stratégie d'influence en Europe, notamment par son incapacité à obtenir ces résultats en Europe de l'Ouest, au cœur du pouvoir, mais également parce que ces actions sont de nature incertaines. Comment mesurer les résultats de cette stratégie parfois appelée de "guerre politique" menée par Moscou en Europe ?

Florent Parmentier :La Russie est passée de la volonté de voir l'Europe gagner davantage d'autonomie stratégique au début des années 2000 (jusqu’au Sommet UE – Russie de Saint-Pétersbourg en 2003, également année de la guerre d’Irak) à la volonté d'affaiblir les institutions européennes, qui sont perçues comme des relais des États-Unis, dont le projet consiste essentiellement à affaiblir la Russie sur ses flancs occidentaux et méridionaux. Afin de gagner des marges de manœuvre en Europe, la Russie a été obligée de renouveler ses relais d’influence, ses anciens relais pro-soviétiques étant limités.

La Russie ne créé pas des oppositions à l'Europe, mais donne à celles-ci de nouveaux moyens d’expression et de visibilité à l'heure du numérique. Les Européens ont donc raison de s'inquiéter des éventuelles manipulations d'information venant de Russie comme d'autres pays, d’autant que les pratiques peuvent varier d’un pays à un autre. Aux Européens de mettre en place les défenses appropriées, en termes de résilience de l’information ou de cybersécurité.

Il faut toutefois relever une contradiction fondamentale : au moment même où Barack Obama décrivait la Russie comme une puissance régionale, cette même Russie a été accusé d'avoir pu influencer le sort de l’élection présidentielle américaine pour commencer, puis les différentes élections européennes. Du Brexit à la volonté d'indépendance de la Catalogne, la Russie s'est systématiquement retrouvée sur le banc des accusés. On sait par exemple qu'un certain nombre de mouvements nationalistes ou même d’extrême-gauche ont pu bénéficier du soutien russe, sous diverses formes. Lors de la présidentielle française, les autorités russes ont tenté par exemple de soutenir l'idée d’Emmanuel Macron avec un compte secret à l'étranger, en faisant monter le #MacronLeaks sur les réseaux sociaux. Les résultats sont toutefois mitigés.

En quoi les actions menées, même lorsqu'elles sont "réussies", ne permettent finalement pas d'atteindre le résultat escompté ? 

Le président Trump, même s’il a personnellement vanté les mérites du président russe, dont il trouve les compétences supérieures à ceux du président Obama, ne parvient pas à améliorer les relations avec la Russie. En effet, le Congrès américain reste très hostile à la Russie, un adversaire bien identifié. Toutefois, toute initiative de Donald Trump vis-à-vis de la Russie semble susciter la méfiance des Sénateurs américains, qui ne manqueront pas d’entretenir le doute sur une possible collusion.

Ainsi, même avec des partis au pouvoir considérés comme plus favorables aux intérêts de la Russie, les résultats sont donc limités. Même en Moldavie dimanche dernier, les élections ne donnent pas de résultats avantageux aux partis dits pro-russes. L’élection d’une coalition populiste en Italie, un des Etats fondateurs de l’Union européenne, ne permet pas de faire lever les sanctions existantes. Un discours complaisant vis-à-vis de la Russie ne suffit pas à celle-ci pour faire prévaloir ses intérêts.

Ne souffre-t-on pas d'un biais de perception concernant la Russie et ses capacités, oscillant entre une excessive vision de faiblesse, et une vision, toute aussi excessive, de puissance ? 

Il est vrai que l'on attribue à la Russie une forme d’efficacité digne des meilleurs joueurs d’échecs, visant avec justesse et cynisme. Ces représentations, si elles varient en Europe, sont accentuées par le fait que l’on réduit sa politique à un Président, Vladimir Poutine, supposé être tout puissant.

Il ne faut pas toutefois accorder plus d'importance à la Russie qu'elle en a réellement : cela contribue à conforter le pouvoir russe dans son discours. Or, le complotisme est d'autant plus fort qu'il dispose d'un terreau favorable pour grandir. Les gilets jaunes en France en sont un bon exemple : ils ne sont pas nés de l’imagination russe, mais d’un sentiment d’abandon et de paupérisation de ces populations ; en revanche, ces derniers apprécient souvent RT, qu’ils estiment comme une chaîne d’information reflétant leurs préférences.

En outre, il est totalement illusoire de penser que la Russie est le seul pays à tenter d'influencer les élections en dehors de ses frontières. WikiLeaks nous a appris que les États-Unis, comme l'Arabie Saoudite, le Qatar ou l'Iran cherchent à profiter des élections pour faire prévaloir leur influence. Les réseaux rassemblés autour de Steve Bannon font également partie des acteurs de ces luttes d’influence. 

Il faut rappeler en outre que la Russie a elle-même été victime de manipulations électorales : c’est particulièrement le cas en 1996, où le président Boris Eltsine connaît au début de l'année à une popularité crépusculaire. Ses soutiens internationaux lui ont assuré une victoire au terme d'une élection qui a été parmi les plus sales de l'histoire russes. Dans ce cas précis, où commence l'ingérence et où se termine l'influence ?

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cloette
- 02/03/2019 - 09:14
Parlons donc un peu
de la CIA, et aussi de Soros ....
REAGAN
- 01/03/2019 - 11:14
elections européennes
on surestime l importance de la Russie dans son influence mais la CIA elle a d autres moyens pour influencer et même de faire destituer des présidents démocratiquement élus