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Très cher baril
Hausse de 30% des prix du pétrole en quelques semaines : le retour du déclencheur de la crise des Gilets jaunes ?
Publié le 28 février 2019
Depuis la fin du mois de décembre 2018, les prix du pétrole, après une baisse considérable lors des mois précédents, a entamé une nouvelle hausse qui atteint aujourd’hui 30%, passant de 50 dollars le baril à 65 dollars en quelques semaines.
Francis Perrin a travaillé pendant plusieurs années comme journaliste et consultant indépendant sur l’énergie et les matières premières. Il est chercheur associé au Policy Center for the New South (Rabat) et directeur de recherche à l'IRIS (Paris).
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Jean-Pierre Favennec est un spécialiste de l’énergie et en particulier du pétrole et professeur à l’Ecole du Pétrole et des Moteurs, où il a dirigé le Centre Economie et Gestion. Il a publié plusieurs ouvrages et de nombreux articles sur des sujets...
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Depuis la fin du mois de décembre 2018, les prix du pétrole, après une baisse considérable lors des mois précédents, a entamé une nouvelle hausse qui atteint aujourd’hui 30%, passant de 50 dollars le baril à 65 dollars en quelques semaines.

Atlantico: Comment expliquer une telle variation dans un temps aussi réduit ? 

Francis Perrin : Cette forte remontée des prix s'explique par la conjonction de quelques facteurs clés:

  • L'OPEP (14 pays) et dix pays non-OPEP dont la Russie ont commencé à réduire leur production pétrolière à partir du 1er janvier 2019. L'objectif est de retirer 1,2 million de barils par jour (b/j) du marché, dont 800 000 b/j par l'OPEP et 400 000 b/j par les pays non-OPEP.
  • Du fait des sanctions américaines, les exportations de pétrole de l'Iran devraient continuer à baisser à l'avenir.
  • L'économie du Venezuela continue à s'effondrer et sa production pétrolière devrait encore baisser en 2019.
  • Les marchés pétroliers sont actuellement assez optimistes sur l'évolution des négociations commerciales entre les deux plus grandes puissances mondiales, les Etats-Unis et la Chine. Un accord entre ces deux pays éloignerait le risque d'une guerre commerciale et serait positif pour la croissance économique mondiale et, donc, pour la consommation pétrolière.
  • Les stocks pétroliers ont fortement baissé aux Etats-Unis au cours de la semaine dernière, ce qui a eu un impact haussier sur les cours de l'or noir.

 

Jean-Pierre Favennec : Le prix du pétrole a considérablement augmenté à partir de l'été jusqu'au début d'octobre. Cette augmentation était liée à la crainte des opérateurs qui anticipaient les sanctions américaines sur l'Iran à la suite de la décision de Donald Trump de se retirer de l'accord sur le nucléaire et de remettre en place les sanctions sur Téhéran. Les sanctions qui devaient conduire à un arrêt des exportations de brut iraniennes devaient entrer en vigueur le 5 novembre, à la veille des élections de midterm aux Etats Unis qui ont eu lieu le 6 novembre. Pour éviter une hausse trop forte du prix de l'essence qui aurait eu des effets très négatifs sur l'électorat, Donald Trump a  fait pression sur l'Arabie Saoudite (affaiblie par l'affaire Kashoggi) et sur la Russie pour que ces deux grands producteurs augmentent leur production. En outre et à la surprise de beaucoup, le Président américain a accordé des exemptions, a permis aux grands importateurs de brut iranien de continuer (en principe pour 6 mois) à s'approvisionner en brut iranien.

Le prix du brut a alors chuté de 85 à 50 dollars par baril, un prix insuffisant pour les pays producteurs qui ont progressivement ajusté leur production de manière à faire remonter les prix au niveau actuel qui apparaît satisfaisant à la Russie par exemple.

 

Alors que les prix à la pompe, en France, avaient été l’élément déclencheur de la crise des Gilets jaunes, quel est aujourd’hui le risque de voir ces mêmes prix retrouver des niveaux "contraignants" pour les consommateurs français ? 

Francis Perrin : L'augmentation des prix du pétrole brut depuis le début de l'année a d'ores et déjà entraîné une hausse des prix des carburants à la pompe. Pour l'instant, on est encore loin des prix du brut constatés au début octobre 2018, peu de temps avant le début du mouvement des ''Gilets jaunes'' en France. Le pétrole Brent de la mer du Nord était alors monté jusqu'à $85 par baril environ. Le 26 février en fin de journée, ce prix était de $66/b. Mais la hausse actuelle des cours n'est clairement pas une bonne nouvelle pour les autorités françaises même si celles-ci ont renoncé à l'augmentation des taxes sur les carburants qui était prévue au 1er janvier 2019. On comprend aisément la grande prudence du président Emmanuel Macron sur la taxe carbone. Le sujet est potentiellement explosif.

 

Jean-Pierre Favennec : Le gouvernement a renoncé aux augmentations de taxes (taxe carbone) destinées à augmenter les prix et à réduire les consommations donc les émissions de gaz à effet de serre. Néanmoins les augmentations du prix du baril se traduisent automatiquement par une augmentation de plusieurs centimes d'euros du prix du litre d'essence ou de gazole. Dans la mesure où le prix du baril ne devrait pas augmenter trop rapidement dans les prochains mois, les prix des carburants pourraient rester stables.

Le gouvernement, conscient de l'impact d'une hausse des prix des carburants sur les consommateurs, étudie la possibilité d'une "taxe flottante". La taxe dite TICE (Taxe intérieure sur les consommations énergétiques) qui représente environ 60 % du prix des carburants pourrait être réduite quand le prix du pétrole augmente

 

Peut-on d'ores et déjà anticiper les évolutions à court moyen terme des prix du baril, pour anticiper également ce qui pourrait se produire au niveau du consommateur final ? 

Francis Perrin : Il est impossible de prévoir les prix du pétrole et, ce, même à court terme. Par contre, on peut mettre en évidence les principaux facteurs qui auront une influence significative sur les prix. Les éléments haussiers sont notamment l'augmentation de la consommation pétrolière mondiale, l'évolution de la production de l'OPEP, les difficultés auxquelles font face l'Iran et le Venezuela et les tensions au Moyen-Orient. Le principal facteur baissier est l'accroissement continu de la production de pétrole brut des Etats-Unis, qui vient de dépasser les 12 millions de b/j. Ce pays, qui est devenu le premier producteur mondial de brut devant la Russie et l'Arabie Saoudite, devrait poursuivre cette impressionnante progression en 2019 et 2020. Entre ces facteurs haussiers et baissiers, il y a les incertitudes sur la croissance économique mondiale, les négociations commerciales et un certain nombre d'évolutions géopolitiques.

Le prix du Brent s'est établi à $71/b en moyenne sur l'année 2018, son niveau le plus élevé depuis 2014. L'année 2019 a commencé assez fort mais les jeux ne sont pas faits.

 

Jean-Pierre Favennec : Le prix actuel du pétrole semble raisonnable pour les prochains mois. A plus long terme il ne faut pas oublier que la consommation de pétrole continue à augmenter dans les pays émergents alors que les investissements dans le secteur de la production ont considérablement chuté depuis 2014 date de la chute du prix du pétrole de plus de 100 à moins de 50 dollars par baril quelques mois plus tard. Ce manque d'investissements ne permet pas de renouveler les installations de production au niveau nécessaire pour maintenir et accroître la production. Une augmentation modérée des prix est donc possible

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