En direct
Best of
Best Of du 13 au 19 avril 2019
En direct
© Eric CABANIS / AFP
Escalade
Et maintenant l’appel à la grève générale : ce gros risque que prennent les Gilets jaunes pour tenter de compenser leur essoufflement
Publié le 24 janvier 2019
En parallèle de l'annonce d'une liste Gilets jaunes en vue des prochaines élections européennes, la CGT a appelé à une grève illimitée le 5 février.
Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Hubert Landier
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Hubert Landier est expert indépendant, vice-président de l’Institut international de l’audit social et professeur émérite à l’Académie du travail et de relations sociales (Moscou).
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
En parallèle de l'annonce d'une liste Gilets jaunes en vue des prochaines élections européennes, la CGT a appelé à une grève illimitée le 5 février.

Atlantico: Ne peut-on pas voir dans cet appel à la grève des Gilets jaunes une prise en compte de l'impasse qu’entraînerait la structuration politique que les Gilets jaunes tentent de mettre en place  en vue des européennes? Les résultats attendus ne risqueraient-ils pas de renforcer la position d'Emmanuel Macron ? 

Hubert Landier : Les derniers appels à la grève lancés par la CGT ont été des échecs. On pourrait presque dire que c’est la CGT qui se rallie aux Gilets jaunes. Leur ralliement représente en tout cas une opportunité qui laisse à la CGT l’espoir de pouvoir affirmer ensuite que la journée a été un succès. Par ailleurs, nombre de salariés d’entreprises ou d’administrations où elle est présente se reconnaissent dans les thèmes portés par les Gilets jaunes. Il n’y aurait donc rien d’étonnant à ce que le mouvement national du 5 février se poursuive par des mouvements de grève dans certaines entreprises, ce qui donnerait une autre dimension à la crise sociale.

Dans une telle hypothèse, il n’est pas certain que la CGT pourra dans tous les cas les encadrer efficacement. Le gouvernement se trouverait alors dans une situation beaucoup plus périlleuse encore que celle dans laquelle il se trouve actuellement. Nombre d’entreprises, où la Direction a pu se réjouir (discrètement) de la réduction des droits des représentants du personnel à l’occasion des ordonnances Macron, pourraient s’en mordre les doigts.

Quant aux Gilets jaunes, le 5 février leur offre une porte de sortie. On ne peut indéfiniment occuper les ronds points et manifester dans les rues des grandes villes. Il fallait trouver autre chose pour éviter l’usure du mouvement.

 

Selon les chiffres de l'IFOP, 31% des ouvriers, 23% des employés et 25% des travailleurs indépendants se "sentent Gilets jaunes", marquant une fusion inédite dans un mouvement social. Ne peut-on pas voir un risque d'une fracture entre ouvriers, employés, et les indépendants (commerçants, artisans) , dans le cadre d'un appel à la grève soutenu réalisé par la CGT ? Un lien avec la CGT entraînerait-il mécaniquement une fracture entre Gilets jaunes et commerçants et artisans indépendants ? 

Le mouvement des Gilets jaunes est composite et va de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il est donc probable que la présentation d’une liste n’aurait pas fait le plein. Et surtout, les Gilets jaunes se situent au-delà de la politique politicienne. Ils représentent les sans voix, ceux qui ne se reconnaissent plus ni dans les partis politiques qui se sont succédés au pouvoir depuis vingt ans, ni les syndicats, qui sont à leurs yeux plus ou moins compromis. Ce qu’ils mettent en cause, c’est la mythologie sur laquelle se fondent les uns et les autres, quels que soient par ailleurs leurs différends : la mondialisation heureuse, la croissance créatrice d’emplois, la nécessité de s’adapter et ainsi de suite. Ce qu’ils constatent, c’est que les fins de mois sont de plus en plus difficiles, nonobstant ce que prétend l’INSEE à partir d’un indice des prix qui minore systématiquement l’inflation.

Les Gilets jaunes représentent ainsi une illustration de la post-modernité. Ils ont cessé de croire dans le progrès tel qu’on le leur fait miroiter, ils récusent les « grands machins » qui confisquent le pouvoir au nom de mythes qui ne sont pas les leurs. Et là, ceux qui exercent le pourvoir, que ce soit le pouvoir politique ou le pouvoir économique, ne se rendent pas compte que leur discours a perdu toute crédibilité, toute capacité de faire rêver. Pour la France d’en bas, il ne s’agit pas de savoir s’il faut être favorable ou non à la politique de Necker, il s’agit de réunir les état généraux et d’en faire une assemblée constituante. Tel est le ressort profond de la revendication portant sur le referendum d’initiative citoyenne.

 

Comment anticiper les prochaines mutations que pourraient prendre le mouvement dans ce cadre paradoxal ? 

Pour l’Elysée, une telle perspective est évidemment inacceptable. Et c’est pourquoi ce conflit et insoluble en termes de compromis. Emmanuel Macron ira jusqu’au bout de la logique moderniste qui l’anime. Et les Gilets jaunes iront eux aussi jusqu’au bout. Pour l’instant, ils se tiennent en embuscade et attendent la façon dont se jouera la scène du « grand débat national », dont le président Macron a du reste  déjà dit quelles devaient être les conclusions. Et si la France d’en bas est déçue parce qu’elle aurait eu le sentiment que l’Elysée n’a fait que semblant de l’écouter, le mouvement repartira. Et s’il s’éteint par lassitude, il repartira d’une autre façon, avec d’autres formes de désobéissance civile.

Ce qui se joue, c’est l’écart entre la façon de penser des dirigeants, qui font comme si la mondialisation et la croissance étaient synonymes de progrès humain, et tous ceux qui voient bien que ce n’est pas vrai, qui rejettent l’exercice centralisé du pouvoir et qui exigent à la fois plus de proximité et plus d’humilité dans l’exercice du pouvoir.

 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Thématiques :
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Public voit un nouvel homme dans la vie de Laeticia Hallyday; Angelina Jolie veut récupérer le sien; Brigitte Macron au chevet de l’AVC de Line Renaud; Ségolène Royal & François Hollande bientôt mamie-papy; Louis Sarkozy accouche d’une ligne de mocassins
02.
Pourquoi l’incendie de Notre-Dame oblige Emmanuel Macron à revoir sa copie
03.
Ils reconnaissent l'une des écoles de leur village dans un film porno
04.
Gilets Jaunes : des échauffourée avec la police, des voitures brûlées et des magasins pillés
05.
Le nouveau parti du Brexit de Nigel Farage prend la tête des sondages pour les Européennes au Royaume-Uni
06.
Cette fâcheuse addiction du monde contemporain à la pornographie émotionnelle
07.
Trêve ou flottement au sommet ? Quoiqu’il en soit, voilà les 5 questions de fond auxquelles Emmanuel Macron devra absolument répondre s’il veut reprendre la main
01.
Notre-Dame de Paris : des dirigeants de l’Unef se moquent de l'incendie
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Ce que pèse vraiment le vote musulman dans la balance démocratique française
04.
L’insoutenable légèreté de la majorité LREM ?
05.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
06.
Cardinal Robert Sarah : “Ceux qui veulent m’opposer au Pape perdent leur temps et leurs propos ne sont que le paravent qui masque leur propre opposition au Saint-Père”
01.
Après les Gilets jaunes, Notre-Dame : cette France qui se redécouvre des sentiments perdus de vue
02.
Mais pourquoi se poser la question sur l’origine de l’incendie de Notre-Dame classe-t-il automatiquement dans le camp des complotistes ?
03.
Du “Yes We Can” au “Yes I can” : de quelle crise politique le succès phénoménal de Michelle Obama est-il le symptôme ?
04.
Incendie de Notre-Dame : et notre mémoire ancestrale fit irruption dans la post-modernité
05.
Suppression de l’ENA : en marche vers des records de démagogie
06.
Grand Débat : le revenu universel, la mesure qui pourrait produire l’effet whaouh recherché par Emmanuel Macron
Commentaires (1)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
assougoudrel
- 24/01/2019 - 10:13
Si il y avait essoufflement des GLJ, on
verrait moins d'énervés sur les plateaux télé lors de leurs débats stériles. Le cœur de Aphatie finira par lâcher et les journalistes sont montrés du doigt et traités de complices du pouvoir. Comment peut-on parler d'essoufflement quand c'est le gros ânes hongre de Castaner qui a du mal à compter sur ses doigts, qui donne le nombre de manifestants?