En direct
Best of
Best of du 5 au 11 janvier
En direct
© BERTRAND GUAY / AFP
Elections européennes
Marine Le Pen : vent en poupe mais… tigre de papier ?
Publié le 11 janvier 2019
Invitée du 20 heures de France 2, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a demandé la dissolution de l'Assemblée Nationale et de nouvelles élections législatives à la proportionnelle intégrale.
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Edouard Husson
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Invitée du 20 heures de France 2, la présidente du Rassemblement national Marine Le Pen a demandé la dissolution de l'Assemblée Nationale et de nouvelles élections législatives à la proportionnelle intégrale.

Atlantico : Le RN est annoncé comme l'un des favoris des prochaines élections européennes. Une situation qui n'est pas inédite et ne s'est pas pourtant pas transformée en réelle domination lors des dernières élections nationales. Le parti de Marine Le Pen a-t-il surmonté les faiblesses qui l'empêchaient de se positionner en parti présidentiable ?

Edouard Husson : Le plus frappant dans ce qui s’est passé depuis l’élection présidentielle, c’est effectivement cette espèce « d’éternel retour ». Le Rassemblement National remonte quasi-mécaniquement parce qu’au fond rien n’a changé dans la politique française: nous avons un gouvernement qui continue sur la lancée de ses prédécesseurs en matière de rigidité monétaire, de désindustrialisation assumée, d’absence de combat réel contre l’immigration clandestine, de refus de réformer en profondeur l’Union Européenne, de recentralisation à l’inverse des besoins de l’époque; et donc la partie de la population française qui culturellement, socialement, économiquement, politiquement, se sent abandonnée et méprisée depuis de longues années, continue à porter un certain nombre de ses intentions de vote vers le Rassemblement National. En face de la persévérance de la classe dirigeante dans l’insoutenable légèreté de l’être politique qui la caractérise depuis bientôt un demi-siècle, le parti de Marine Le Pen ne donne pas pourtant pas l’impression d’avoir tiré les leçons du fiasco de 2017. Les changements n’ont été que superficiels: Florian Philippot est parti mais pas la tendance au repli sur soi, à l’opacité des décisions, à l’incapacité aux alliances qui caractérise le Front National version Marine. 
Le changement de nom n’a pas eu de conséquence dans la réalité. La présidente du parti ne semble pas avoir progressé en fait dans sa capacité à rassembler. Or, comment voulez-vous avoir une chance de devenir présidentiable sans une disposition à faire venir autour de vous des talents différents et complémentaires? L’entretien accordé par Marine Le Pen à Valeurs Actuelles est très révélateur: au lieu de tirer les conséquences du grand ratage que fut sa prestation au débat, la présidente du Front National reproduit les erreurs qui l’ont empêché, et qui l’empêchent toujours, de devenir le centre de gravité d’une recomposition de la droite. Aucune reconnaissance vis-à-vis de Nicolas Dupont-Aignan qui lui a tendu la main entre les deux tours de la présidentielle; en revanche Marine Le Pen révèle qu’elle possède éminemment l’un des principaux défauts de la droite française, la fascination pour la gauche et l’incapacité à faire alliance à droite: elle continue à être fascinée par La France Insoumise et ne fait rien pour donner envie aux électeurs LR de voter pour elle. Enfin, elle continue à être, sur l’Union Européenne, d’une naïveté désarmante: naguère elle voulait sortir de l’euro; à présent elle semble croire que les prochaines élections européennes, et le probable succès de forces eurosceptiques, vont conduire à faire gérer la monnaie unique dans l’intérêt des peuples. 

Culturellement, quels sont les obstacles en France qui empêcheraient une droitisation à l'italienne ?

Qu’entendez-vous par droitisation? Si cela signifie l’abandon de l’utopie et le retour au réel, la droitisation est souhaitable. Mais vous voyez bien qu’il n’y a pas grand monde dans la politique française qui ait le courage d’être de droite. C’est une caractéristique de notre culture politique depuis la Révolution française: on trouve toujours chic d’être à la gauche d’une force politique. En revanche, être plus à droite qu’un tel mais, cher ami, êtes-vous bien sérieux? Marine Le Pen est elle aussi atteinte de ce syndrôme. Les journalistes de Valeurs Actuelles lui proposent de réfléchir au beau mot de conservatisme. La préservation du patrimoine religieux, spirituel, intellectuel, politique français; le retour de la classe politique à un instinct de conservation pour le pays; la transmission d’un capital, au sens économique et au sens culturel du terme: il y a de multiples manières d’aborder cette question. Il y a l’aspect tactique - la présidente du Rassemblement National n’a toujours pas compris que le seul avenir utile pour son mouvement et pour le pays, est la contribution qu’elle pourrait apporter à une alliance des droites, à une réconciliation entre la droite entrepreneuriale, la droite conservatrice et la droite populaire. Il y a aussi l’aspect plus fondamental, existentiel, de notre capacité à préserver ce que nous voulons voir adopter par d’autres. La présidente du Rassemblement National est inconséquente: d’un côté elle se plaint que la machine à intégrer française soit cassée; et de l’autre elle adhère à la tendance historiquement suicidaire de la droite française de ne pas s’assumer comme le parti de la protection et de la transmission. 
Je vous répondrai donc ironiquement qu’effectivement il n’y a pas de risque de droitisation à l’italienne en France. Nous sommes très loin, visiblement, de trouver dans le Rassemblement National un parti qui ait, comme la Ligue échappant à son régionalisme pour se mettre à préserver l’unité italienne, une capacité à sortir de l’enfermement politique d’origine; nous sommes à des années-lumière d’assister à l’émergence d’un conservatisme populaire qui ne se complaise pas dans un anti-élitisme de comptoir. La façon dont la Ligue a su transformer l’énergie du mouvement Cinque Stelle et de celui des Forconi en une coalition politique capable de gouverner en réconciliant une partie du monde dirigeant et l’Italie périphérique est très loin d’avoir fait école dans le parti de Marine Le Pen. 


La martingale politique "rempart contre le RN" ne fait-elle pas injure à la perception plus rationnelle qu'émotionnelle qu'ont les Français des conséquences qu'impliquerait l'élection de Marine Le Pen ?

Etre critique, rationnellement, vis-à-vis de Marine Le Pen, n’empêche pas de trouver absolument scandaleux le manque d’indignation qui a suivi, dans la classe politique, la diffusion du clip de Médine et Booba où l’on voit des enfants brûler une effigie de la présidente du Rassemblement National. Quand il s’agit de la droite, l’émotion artificiellement entretenue par le système politico-médiatique est à sens unique, toujours négative. Les néo-individualistes qui ont dominé la politique et la culture occidentale depuis un demi-siècle sont devenus des automates, incapables d’éprouver la moindre empathie quand un député allemand se fait sauvagement tabasser par des individus cagoulés, sous prétexte qu’il est de l’AfD. On est légitimement choqué quand on voit des Gilets Jaunes reproduire sur une marionnette représentant Macron le plus grand et plus stupide crime politique de notre histoire, l’assassinat de Louis XVI; mais on oublie de l’être quand des pseudo-artistes pratiquent une immolation par le feu symbolique vis-à-vis de Marine Le Pen ! 
Je crois que vous avez raison, le peuple français est, dans son tréfonds, beaucoup plus rationnel qu’émotionnel quand il refuse d’envisager que Marine Le Pen puisse s’installer à l’Elysée. Elle ne possède pas la largeur de vues ni la capacité à rassembler nécessaire à la fonction. Elle ne donne pas l’impression de vouloir apprendre ni se remettre en question. Il ne s’agit pas seulement d’elle: le parti veut aller en solitaire aux élections municipales, faisant le contraire de ce qui est nécessaire. Aux européennes, il vaut mieux plusieurs listes, et Nicolas Dupont-Aignan a raison sur ce point. En revanche, aux élections municipales, il faut être dans une logique d’alliances et de réseaux ouverts, en vue du second tour. Le Rassemblement National n’a pas l’air très bien parti pour cela. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Wauquiez pousse une colère contre la direction de LR, et Thierry Mariani contre Wauquiez ; L'Obs s'inquiète de la crise financière qui vient ; François-Xavier Bellamy en guerre contre le progressisme ; Ces députés LREM attaqués
02.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
03.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
04.
Sévère répression des gilets jaunes : la justice française est-elle en train de préfèrer l’ordre à la justice ?
05.
Elections européennes : La République en Marche détrône le Rassemblement national selon un nouveau sondage
06.
Oui, il y a “des gens en situation de pauvreté qui déconnent”. Mais voilà pourquoi la question et la solution sont largement ailleurs
07.
Attentat de Strasbourg : la vérité émerge sur la cas de Cherif Chekatt
01.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
02.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
03.
Le Royaume-Uni se prépare à un Brexit sans accord et ne voit plus comment arrêter cette chronique d’un chaos annoncé
04.
Alerte Rouge : après la Chine, Donald Trump entend s’attaquer à l’Europe et voilà pourquoi la France serait bien inspirée de réagir au plus vite
05.
Littéralement explosif : le sondage exclusif qui montre que la condamnation de la violence par les Français... baisse (et que le nombre de ceux qui disent la comprendre augmente)
06.
Inégalités : la France est allée au maximum de ce que la redistribution fiscale permettait. Voilà ce qui pourrait être fait désormais
07.
Robots payeurs : mais que s’est-il vraiment passé sur la cagnotte de soutien aux policiers ?
01.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
02.
Gilets jaunes : un syndicat policier s’émeut des ordres de répression et du comptage des manifestants
03.
Patrick Bruel aime une nouvelle femme de (bien) moins de 50 ans; Vincent Cassel : entre sa (très) jeune épouse & sa fille aînée, c’est tendu; Sophie Marceau s’occupe de son fils, René-Charles Angélil-Dion de ses frères, Anouchka Delon de toute la famille
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Alerte Rouge : après la Chine, Donald Trump entend s’attaquer à l’Europe et voilà pourquoi la France serait bien inspirée de réagir au plus vite
06.
Ce à quoi se condamnent lentement mais sûrement les Gilets jaunes
01.
Grand débat national : l’équation impossible d’Emmanuel Macron
02.
Pourquoi Macron, les populistes et les gilets jaunes sont tous le produit de la même vague (et pourquoi ils seraient bien inspirés de le comprendre réciproquement)
03.
Ce sondage dévastateur qui fait le procès de Macron le condamne sans appel
04.
Réponse à tout… sauf aux Gilets jaunes ? Pourquoi l’intelligence de Macron participe plus du problème que de la solution à la crise de défiance qui ébranle la société française
05.
Marine Le Pen : vent en poupe mais… tigre de papier ?
06.
Si la France vit un moment révolutionnaire (et voilà pourquoi c’en est bien un), quelle stratégie politique pour éviter le chaos et en sortir par le haut ?
Commentaires (16)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
ajm
- 12/01/2019 - 23:11
Désert.
Le problème ce n'est pas que MLP n'ait pas certaines compétences, celles de Mitterrand ou de Sarkozy étaient effectivement fort minces, mais que le RN soit lui-même soit un désert de compétences, tous ceux ou celles qui à un haut niveau en avaient ayant quitté le navire, poussés dehors par la famille. De plus, il faut tenir compte que les dirigeants du RN n'ont aucune expérience politique de haut niveau, ministérielle, grande ville, présidence de région etc...
lima59
- 12/01/2019 - 09:31
L.R. à la soupe, R.N. mettre en oeuvre un programme
Mr Husson vous dites que M.L.P. est incapable d'alliances politiques. Mais on voit maintenant L.R. à 10%, car c'est un parti qui va de la gauche vers la droite. Illisible L.R. Par contre le R.N. , tout à fait droit dans ses bottes. Cela montre honnêteté de Marine, qui se bat pour ses idées, et une fois au pouvoir va les appliquer. Pas comme Sarkozy qui une fois élu, a pris des gens de gauche dans son gouvernement, et n'a rien appliqué de son programme, pour plaire aux différentes tendances de son gouvernement.
vangog
- 11/01/2019 - 23:30
« Repli sur soi » Husson?...
Vous avez encore raté l’episode Mariani /Garraud, Husson!...il faut vous réveiller...