En direct
Best of
Best Of
En direct
© LIONEL BONAVENTURE / AFP
Retour au bases...
Netflix cède à Riyad ou le rétablissement d’un régime saoudien que l’affaire Khashoggi avait affaibli
Publié le 03 janvier 2019
L'Arabie saoudite a demandé à Netflix de retirer un épisode d'une de ses productions qui se montrait critique envers le pays. La plateforme s'est inclinée.
Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ardavan Amir-Aslani
Suivre
Vous devez être abonné pour suivre un auteur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.
Voir la bio
Ajouter au classeur
Vous devez être abonné pour ajouter un article à votre classeur.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Lecture Zen
Vous devez être abonné pour voir un article en lecture zen.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
L'Arabie saoudite a demandé à Netflix de retirer un épisode d'une de ses productions qui se montrait critique envers le pays. La plateforme s'est inclinée.

Atlantico : Ce mardi, Netflix a confirmé avoir supprimé un épisode d'une comédie satirique qui critiquait le Royaume saoudien, après les plaintes de certains officiels du régime. Après l'affaire Khashoggi, peut-on considérer que le régime a "repris la main" ? 

Ardavan Amir-Aslani : L'Arabie Saoudite a le rang peu enviable d'être classée 169e sur une liste de 180 pays tenue par "Reporters Sans Frontières" en terme de la liberté de la presse. C'est dire que ce pays ne connaît pas le principe de la liberté d'expression. Il est assez usuel pour ce pays d'avoir recours à des menaces de poursuites judiciaires en vue de faire taire les médias étrangers. C'est ce que cet Etat a fait dernièrement à l'encontre du prestigieux journal le Financial Times. Pareillement, dans l'affaire Netflix, les autorités saoudiennes ont menacées ce dernier de le traîner devant les tribunaux pour atteinte à la sécurité de l'Etat. La teneur de l'épisode était, d'après les lois locales de ce pays, de nature à porter atteinte à sa sécurité nationale. Face à cette menace Netflix a décidé de retirer l'épisode litigieuse de "Patriot Act" en Arabie Saoudite. Inutile de rappeler que cette décision a été unanimement critiquée par les organisations humanitaires internationales dont Human Rights Watch qui l'a qualifiée d'inacceptable et comme étant une capitulation devant "un pays qui n'acceptait aucune forme de liberté, ni politique, ni artistique ni comique" pour sa propre population. 

Cette affaire, pour le moins, traduit le fait que les autorités saoudiennes continuent leurs affaires comme "business as usual" et elles semblent faire fi des répercussions de l'affaire Khashoggi dont le corps n'a toujours pas été retrouvé. En faite elles semblent considérer que l'affaire est terminée et qu'elles peuvent revenir à leur pratique antérieure. C'est particulièrement étonnant car il est  incontestable que dès l'instant où les portes du consulat saoudien se sont ouvertes au feu Kashoggi, celles de l'enfer se sont refermées sur l'Arabie Saoudite. Rappelons que le 13 décembre dernier, par deux résolutions, le Sénat américain a condamné l'Arabie Saoudite. Ces deux résolutions, l'une demandant l’arrêt du soutien logistique américain à la guerre impitoyable que mène l’Arabie Saoudite à l’encontre du peuple yéménite, et l’autre, adoptée à l’unanimité, condamnant nommément le Prince héritier saoudien comme instigateur et ordonnateur de l’assassinat de Jamal Khashoggi ont été la conséquence directe de cette malheureuse affaire. Depuis, le prince héritier saoudien Mohammad bin Salmane n'est plus applaudi comme le prince qui tente de moderniser l'Arabie Saoudite mais appréhendé comme celui qui va vers un durcissement de la dictature saoudienne. Le changement de perception de la communauté internationale est de taille. 
Cependant malgré et contre toutes attentes, l'Arabie Saoudite a repris ces bonnes vieilles habitudes. Le récent changement au sein du cabinet Royal n'a fait qu’entériner cet état de fait. Le prince héritier se retrouve renforcé par ce remaniement qui a même écarté des fonctions de conseiller à la sécurité nationale son propre frère, actuellement ambassadeur à Washington. 

Quel a été le rôle joué par les Etats-Unis alors que la position de Mohammed bin Salman semblait très affaiblie ?

Contrairement à ce que l'on peut croire, l'alliance actuelle entre l'Arabie Saoudite et les Etats-Unis n'est pas une alliance entre deux pays mais entre deux hommes. Je qualifie cette alliance d'une alliance entre Ibn Saoud et Ibn Trump, entre le prince héritier et le gendre de Donald'Trump, Jared Kushner. Comme l'ont démontré les deux résolutions du Sénat le 13 décembre dernier, les institutions représentatives américaines ainsi que le Deep State, ou L'Etat profond, ne  partagent pas la vision de la Maison Blanche. Incontestablement, il y aura un effet ricochet à l'occasion du prochain changement présidentiel. Il n'en demeure pas moins que Washington a tout fait pour venir en aide au prince héritier. Le président américain a même, chose jamais vue, contredit les découvertes de ses propres services qui avaient clairement déterminé que le prince héritier était le véritable coordinateur et commanditaire de l'assassinat de Kashoggi. La Maison Blanche est même allée jusqu'à supplier le sénat de ne pas adopter ces deux fameuses résolutions. Sur le plan international les États Unis continuent à assurer la défense du prince héritier sous prétexte que l'affaiblissement de ce dernier ne servira que les intérêts de l’Iran. 

Le régime saoudien conservera-t-il les stigmates de l'affaire Khashoggi dans le temps ? 


Inéluctablement. L'Arabie Saoudite est devenue aujourd'hui un quasi État pariah. Lors du somment de Buenos Aires du G20, aucun des chefs d'Etat présents n'a accepté de se faire prendre en photo individuel avec Mohammad bin Salmane ni d’organiser des rencontres en tête à tête avec lui. C'est dire à quel point ce pays s'est ostracisé par son propre comportement meurtrier. 

L'affaire Kashoggi n'est pas simplement une affaire de meurtre commandité d'un journaliste. C'est l'affaire du sentiment d'impunité d'un homme face au droit international et à la justice. Rappelons que le conflit au Yémen a causé plus de 60,000 morts civils sans que personne ne s'en émeuve. Or aujourd’hui et ce depuis et grâce à l'affaire Kashoggi, le voile s’est levé et le monde semble découvrir l'horreur de cette guerre, son injustice et sa violence. Comme je l'ai dit au moment où les portes du Consult saoudien à Istanbul se sont ouvertes à Kashoggi, celles de l’ enfer se sont refermées sur l'Arabie saoudite. Ces portes ne sont pas prêtes de s’ouvrir. 

Les commentaires de cet article sont à lire ci-après
Le sujet vous intéresse ?
Articles populaires
Période :
24 heures
7 jours
01.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
02.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
03.
Rokhaya Diallo va (peut-être) nous quitter pour les Etats-Unis
04.
MBS, le prince héritier saoudien dépossédé d’une partie de ses pouvoirs par le Roi Salman
05.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
06.
Grand débat en péril ? Les trois erreurs politiques que semble s'apprêter à commettre Emmanuel Macron
07.
Electricité : le record de production par les éoliennes battu le 14 mars est un faux espoir
01.
Jean Arcelin : “Une large majorité des 700 000 personnes en Ehpad mangera, pour le reste de sa vie, des repas à 1€”
02.
Soirée arrosée en boîte : Christophe Castaner filmé en train d'embrasser une inconnue
03.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
04.
Et Marine Le Pen éclata de rire…
05.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
06.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
01.
Philippe de Villiers : « Mon livre n’est pas complotiste, c’est la construction européenne qui est ontologiquement conspirationniste »
02.
Grand Débat, la suite : petite géographie des intellectuels français que reçoit Emmanuel Macron ce lundi (ainsi que de ceux qu’il ne reçoit pas)
03.
Révolution, le retour : le scénario d’un vrai dérapage insurrectionnel est-il en train de devenir possible en France ?
04.
Christchurch : de la théorie du Grand Remplacement à ses travaux pratiques
05.
Grève mondiale des élèves pour le climat : 5 éléments pour déterminer s’il faut s’en réjouir ou... s’en inquiéter sérieusement
06.
Dégoût, colère, envie de révolution… : l’étude exclusive qui révèle la très sombre humeur des Français relativement aux autres Européens
Commentaires (0)
Ecrire un commentaire
Vous devez être abonné pour rédiger un commentaire.
Abonnez-vous
«Vos abonnements garantissent notre indépendance»
Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.
*Toute validation est définitive, vous ne pourrez pas rééditer votre commentaire.
Pas d'autres commentaires