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Le minage d'astéroïdes va assurément rapporter très gros et le futur marché s'y prépare déjà
Publié le 23 décembre 2018
Le minage d'astéroïdes et la construction d'usines dans l'espace pourraient rapporter des milliards, selon une étude du cabinet PwC commandée par les agences spatiales luxembourgeoises et européennes.
Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.
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Le minage d'astéroïdes et la construction d'usines dans l'espace pourraient rapporter des milliards, selon une étude du cabinet PwC commandée par les agences spatiales luxembourgeoises et européennes.

Atlantico : Dans quelques années, le minage d'astéroïdes et la construction d'usines dans l'espace pourraient rapporter des milliards. C'est en tout cas ce qu'avance une étude du cabinet PwC commandée par les agences spatiales luxembourgeoises et européennes (ESA) publiée ce jeudi 20 décembre. Lorsqu'on parle de minage d'astéroïdes, de quoi parle-t-on exactement ?

Olivier Sanguy : Tout d’abord, il convient de préciser que l’optimiste « dans quelques années » devrait se comprendre comme « dans quelques dizaines d’années » au mieux. Les usines dans l’espace doivent encore faire la preuve de leur utilité et surtout rentabilité. On y a beaucoup pensé dans les années 1980, prophétisant la fabrication sur orbite en impesanteur d’alliages ou de médicaments impossibles à réaliser sur Terre. Des visions qui sont restées lettres mortes en raison du coût toujours élevé d’une mission spatiale par comparaison avec les coûts de fonctionnement des industries terrestres. Reste à voir si la baisse du prix de l’accès à l’espace promise par des sociétés comme SpaceX d’Elon Musk ou Blue Origin de Jeff Bezos (le fondateur d’Amazon) se concrétisera au point de changer la donne. Le minage d’astéroïdes consiste lui à aller chercher les matières premières, et surtout les minerais précieux, sur ce type d’objets plutôt que sur Terre. L’étude des astéroïdes a déjà montré que ces objets vagabonds, de quelques mètres à plusieurs dizaines de kilomètres de large, sont constitués d’éléments fort intéressants pour notre économie, à savoir des métaux y compris rares comme le platine. Bien évidemment, leur concentration reste à confirmer, car elle pourrait bien être comparable à ce que nous constatons sur Terre… Le problème est en fait l’accessibilité pratique ou non de ces prétendues richesses.

Quelle est aujourd'hui, la faisabilité technique du minage d'astéroïdes ? À quelle échéance peut-on imaginer que cette économie devienne réellement rentable et suscite un engouement massif ?

Il y a en fait dans votre question 2 sous-questions. Tout d’abord la faisabilité du minage d’astéroïde. Techniquement, les spécialistes de la question ne voient rien d’insurmontable. Il est vrai qu’entre les moyens spatiaux actuels et la robotique, nous disposons d’outils potentiellement intéressants. Rien de strictement nouveau n’est à inventer, en revanche, il convient d'énormément progresser sur la fiabilité et la rentabilité. La faisabilité est là, à portée de main. Après tout, en ce moment, se déroulent 2 missions, Hayabusa 2 de la JAXA (Japon) et OSIRIS-Rex de la NASA (USA), dont le but est de prélever des échantillons sur un astéroïde. Ryugu de 1 km de large pour Hayabusa 2 et Bennu de 500 m de large pour OSIRIS-Rex. C’est déjà un bon début ! Mais on parle ici de missions scientifiques, avec des techniques de pointe, qui ont un coût qui ferait peur à n’importe quel comptable d’une compagnie minière ! Songez que la mission OSIRIS-Rex de la NASA qui s’étend sur plusieurs années coûte environ 1 milliard de dollars et ramènera sur Terre une soixantaine de grammes prélevés à surface de l’astéroïde. C’est un très mauvais rendement… Et c’est tout le problème de la deuxième sous-question : la rentabilité. Outre le coût de la recherche et du développement pour mettre au point des techniques d’extraction de minerais sur des astéroïdes, soit exclusivement robotiques, soit avec l’intervention d’humains ce qui risque d’augmenter les coûts, il faudra que l’exploitation de ces techniques se fasse avec des budgets qui ne rendront pas les métaux, mêmes les plus précieux, hors de prix. Comprenez que si on va chercher sur des astéroïdes du platine ou l’équivalent des terres rares dont a tant besoin l’industrie Hi-Tech et que le coût de revient s’avère supérieur (probablement très supérieur d’ailleurs) aux classiques méthodes terrestres, alors il n’y aura aucun client. On pourra argumenter que le minage des astéroïdes est plus écologique en ce sens qu’on ne malmène plus l’écosystème terrestre. C’est un vrai paramètre et une idée logiquement mise en avant par les promoteurs du minage d’astéroïdes. Mais qui est prêt à payer un, éventuellement énorme, surcoût ?

Qui sont, pour l'instant, les différents acteurs (États, entreprises) de ce marché en devenir ? Comment se préparent-ils au futur ?

Les acteurs principaux sont essentiellement des Start-Ups et… des États ! Les États-Unis ont ainsi fait passer sous le président Obama une législation qui ouvre la porte à l’exploitation commerciale des ressources spatiales. Même si l’exécutif américain se défend d’avoir violé les termes du Traité de l’Espace qu’il a signé en 1967, et par lequel aucune souveraineté ou appropriation des corps célestes n’est possible, le fait que l’exploitation des ressources soit autorisée est vu comme une contradiction. Le Luxembourg a adopté une législation similaire en vue d’attirer sur son territoire des sociétés qui souhaitent bâtir un business model sur l’exploitation des ressources spatiales et donc pourquoi pas des astéroïdes. Bien sûr, cette législation s’ajoute à l’attractivité fiscale du Grand Duché. Mais rien n’est facile et d’ailleurs l’une des entreprises américaines qui a ouvert une branche au Luxembourg et bénéficié d’aides est déjà en difficulté financière. Le problème est que si l’exploitation des astéroïdes, ou de la Lune, devient techniquement possible un jour (première étape) puis rentable (autre étape encore plus difficile), cela risque d’être sur des échelles de temps qui sont peut-être incompatibles avec la patience dont peuvent faire preuve les investisseurs. Ceci dit, comment ces sociétés préparent-elles le futur ? La première étape est la reconnaissance des astéroïdes susceptibles d’être intéressants. Cela passe donc par des télescopes spatiaux avec des détecteurs conçus pour caractériser la composition (par spectroscopie) des objets. Il pourrait ici y avoir une aide publique, car les données ainsi acquises (orbite des objets et composition) intéresseront les astronomes. Mais le mélange entre intérêts privés et recherche scientifique sur fonds publics n’est pas toujours évident. Parallèlement, il convient de plancher sur les méthodes concrètes de minage des astéroïdes. Et là, il faut accepter d’engager des sommes importantes pour des retombées à très long terme.

Cette économie est-elle de nature à créer massivement des emplois ? L'économie de l'espace constituera-t-elle la prochaine révolution industrielle ?

Difficile à dire, car la robotique jouera un rôle important. Toutefois, il faudra aussi beaucoup d’emplois pour mettre au point, fabriquer, entretenir et opérer ces robots. Une infrastructure spatiale imposante, avec des lanceurs et des centres de contrôle, sera incontournable. Donc des emplois là aussi à la clé. Tout ceci peut sembler être de la science-fiction, mais d’un autre côté qui imaginait au tout début de l’ère de l’extraction industrielle du pétrole qu’on en viendrait à exploiter des plateformes pétrolières en mer avec toutes les infrastructures et difficultés que cela suppose ? Le tournant risque surtout d’être celui de la disponibilité des ressources dont ont besoin nos activités économiques. Lorsque ces ressources viendront à manquer sur Terre, il n’y aura peut-être pas d’autres choix que de se tourner vers les astéroïdes. Mais si le coût de l’accès à l’espace n’a pas baissé de façon spectaculaire, et que la technologie ne suit pas, on sera hélas confronté à une impasse. Pour certains, il faut d’urgence revoir toute notre logique économique pour ne plus être avide de croissance. Pour d’autres, cette révolution n’est ni souhaitable ni possible et c’est bien sûr aussi peut-être pourquoi l’idée de l’exploitation des astéroïdes séduit. Elle apparaît comme une solution, éventuellement chimérique, au problème d’une croissance économique infinie dans un monde aux ressources finies. On le voit, le débat politique n’est pas loin ! Attention toutefois à ne pas, comme on le dit, vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ou, dans ce cas, à tabler sur l’exploitation des astéroïdes avant d’être certains que cette option en est concrètement une.?

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