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© FRANCOIS GUILLOT / AFP
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Bon goût

Aux Beaux-Arts de Paris, combats pour la direction - Lesbiennes, Gays, Bisexuels et Transgenres (LGBT) contre BCBG

Publié le 22 novembre 2018
La plus prestigieuse des écoles d'Arts de France est aujourd'hui le théâtre d'une guerre de succession des plus grotesques. Faut-il y voir le signe d'une décrépitude de la scène culturelle française ?
Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le...
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Yves Michaud est philosophe. Reconnu pour ses travaux sur la philosophie politique (il est spécialiste de Hume et de Locke) et sur l’art (il a signé de nombreux ouvrages d’esthétique et a dirigé l’École des beaux-arts), il donne des conférences dans le...
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La plus prestigieuse des écoles d'Arts de France est aujourd'hui le théâtre d'une guerre de succession des plus grotesques. Faut-il y voir le signe d'une décrépitude de la scène culturelle française ?

Bustamante, directeur, académicien et artiste, n'ayant pas réussi à se prolonger lui-même comme directeur de cette éminente institution, il paraît que Jean de Loisy viendrait à 61 ans y terminer une carrière culturelle qui, tel le furet, l'aura vu passer un peu partout sans laisser beaucoup de traces.

Ayant dirigé sept années durant l'école des Beaux-Arts avec mission de la rénover, sans avoir été candidat à ce poste, l'ayant quitté de mon plein gré une fois ma mission accomplie pour retourner enseigner la philosophie à l'université, j'ai quelques remarques à faire sur les questions que soulève, une fois de plus, le choix d'un nouveau directeur. Je me souviendrai en tout cas toute ma vie du geste sans ambiguïté de Jack Lang quand il me reçut en juin 1989 pour me donner une feuille de route réduite à quatre mots : « changez-moi tout ça ! » - ce que je ne me fis pas dire deux fois. 

L'affrontement actuel autour de cette nomination me semble opposer deux tribus.

D'un côté, à travers un texte paru le 9 novembre dans Libération, un groupe d'artistes et critiques jeunes et moins jeunes où prédominent, soyons clairs, des élément LGBT, Lesbien-Gay-Bisexuel-Transgenre. De l'autre un clan de notables bourgeois qui gèrent l'art en France depuis une bonne trentaine d'années en y menant leur carrière. On pourrait le nommer BCBG mais je le nommerai PCBL d'après les initiales de quatre directeurs récents ou pressenti, Pacquement, Cousseau, Bustamante et de Loisy.

Dans le clan Libération, Béatrice Preciado devenue Paul Preciado, critique culturel, est représentatif d'un lobby de combattants des luttes intersectionnelles de dominés. Ils pratiquent sans état d'âme l'entrisme dans le monde intellectuel, médiatique et académique, à la manière des trotskystes d'autrefois mais ouvertement. Je ne nie pas du tout l'intérêt de ces positions LGBT. Elles ont le mérite de faire s'interroger sur pas mal de point aveugles de notre société, mais mon objection vise toute minorité agissante. De même que je ne reconnais pas les droits de 46% de Catalans à imposer leur voix à 48 % de non-indépendantistes (sans compter tous les abstentionnistes qui s'en foutent), je ne vois pas en quoi une école d'art ou une université devrait être gouvernée par une ultra-minorité. Elle doit être sensible à ces courants mais pas sous leur domination - qui se révèle d'ailleurs souvent terroriste.

Et qu'on ne vienne pas me chercher de poux dans la tonsure sur ces points : j'ai le premier soutenu sans réserve les provocations d'Alberto Sorbelli que j'admire profondément, j'ai fait publier les historiennes de l'art féministes (que les féministes ne connaissaient même pas), j'ai organisé dès 1990 des séries de conférence aux Beaux-Arts sur le féminisme en art. J'ai surtout pesé en faveur de l'élection de 7 femmes professeurs (non ! je ne mettrais pas de « e »!) sur 9 élections, en faisant même l'objet de plaintes pour discrimination sexuelle (sic) devant le procureur de la République de la part de Fred Forest et d'un membre de Présence Panchounette. 

Je me souviens aussi avoir convoqué dès mon arrivée à la direction en 1989, un petit groupe de professeurs dont je connaissais les habitudes prédatrices (il faut le dire à voix haute : dans la plupart des écoles d'art, les filles et parfois les garçons doivent passer à la casserole magistrale) pour leur dire que s'il arrivait quoi que ce soit, non seulement je ne les tirerais pas d'affaires mais je les enfoncerais. De fait, je n'eus pas à connaître d'un seul incident #Metoo en sept ans – ce qui ne fut pas le cas après mon départ.
 
Le problème est qu'en face, avec le clan PCBL/BCBG, ce n'est pas mieux.

La direction de l'école des beaux-Arts est un poste recherché. Le directeur peut s'y draper dans un passé qui, à bien y regarder, n'est quand même pas très brillant. L'appartement de fonction est très grand, permet de recevoir et donc de soigner et développer les réseaux de pouvoir. La voiture de fonction (je me refusai d'en avoir, pas mes successeurs) permet d'économiser achat d'un véhicule personnel, entretien, assurance, essence. Les frais de mission (dont le commun du peuple ignore que ce sont souvent des compléments de salaire...) sont convenables.

Si on veut ne rien faire, c'est idéal : on laisse la machine tourner toute seule sur elle-même en donnant des réceptions. Si en revanche on veut faire le job, c'est une toute autre affaire car une école d'art de cette taille est en compétition directe et permanente avec des écoles étrangères de première qualité partout dans le monde. Il faut donc beaucoup voyager, voir continuellement ce qui s'invente ici et là (et pas seulement en Europe ou aux USA), identifier les artistes à inviter comme professeurs avant qu'ils ne deviennent des badernes académiques ou des vedettes inatteignables, et veiller au bon fonctionnement d'une grosse machine où les subjectivités attachantes et/ou hystériques ne manquent pas. 

Avant moi, Jean Musy (assisté du jeune Jean-Jacques Aillagon) entama des réformes mais il fut vaincu par la maladie et les changements politiques. 

François Wehrlin, de même, entreprit une réforme mais fut avalé par la baleine. 

Je crois que je ne fus pressenti, à l'instigation de Dominique Bozo ce grand homme de musée à qui nous devons la qualité exceptionnelle de la dation Picasso, alors délégué aux arts plastiques avant de devenir président du Centre Pompidou, que parce que c'était un peu la dernière chance de réforme et que, universitaire détaché de ma chaire, j'étais congédiable du jour au lendemain, ce qui pouvait éviter les polémiques de départ déclenchées par le cas Bourriaud.

Après mon départ, la politique d'opportunité reprit son train train. 

On nomma des gens qui venaient là au tour de bête, en couronnement de carrière ou dans l'attente d'un autre poste pas encore libre - comme Pacquement qui, délégué aux arts plastiques, en position d'attente de la direction du Musée national d'art moderne au centre Pompidou, s'auto-recommanda auprès du ministre Douste-Blazy -  ou qui n'avaient pas obtenu de meilleur poste bien qu'ils fussent estimables comme Cousseau.

La nomination du critique Nicolas Bourriaud fut une tentative pour redonner un cap à cette école mais le mal avait été fait : l'école était de nouveau verrouillée, sous la férule d'une directrice des études qu'on avait laissé caporaliser l'établissement à la faveur de la catastrophique réforme LMD (licence master, doctorat) qui appliquée aux écoles d'art n'a aucun sens. Quand je rencontrai Bourriaud en 2014 pour lui donner un coup de main, quelques mois avant son éviction, je tombai à la renverse : il avait trouvé une situation pire que celle que j'avais trouvée – et lui n'avait pas l'appui d'un ministre qui oserait dire « changez-moi tout ça ». 

Aujourd'hui, on va, paraît-il, nommer de Loisy pour sa fin de carrière.

Qu'a-t-il fait ? Soyons objectif : pas grand chose. Charmant avec ceux dont il a besoin, peu porté aux idées qui engagent, il est allé d'institutions privées ou para-publiques en établissements publics avec l'appui de Pacquement avec qui il a des liens familiaux, tout comme avec un autre personnage, le marquis Jean-François de Canchy, fonctionnaire culturel du chiraco-gaullisme (ça existe!). 

Il faut que le vivier des personnalités d'envergure en France soit bien pauvre (ou plutôt bien verrouillé et cadenassé) pour qu'un de Loisy se soit retrouvé à la direction du Palais de Tokyo. Il est inquiétant aussi qu'on veuille nommer directeur de l'école des Beaux-Arts quelqu'un qui va assurer en même temps, dit-on, le commissariat de la prochaine biennale de Lyon. Pourquoi pas lui donner en plus la direction du MNAM pour remplacer Blistène bientôt retraité ? A moins que la direction de l'école des beaux-arts ou le commissariat de cette biennale (ou les deux) ne soient de parfaites sinécures pour un géant de la culture.

Bref entre LGBT et BCBG, je ne sais que recommander de choisir. L'entrisme transgenre ou la bourgeoisie d'affaire esthétique ? Conchita Wurst ou de Loisy ? 

Il doit quand même bien y avoir une troisième voie...

Deux principes devraient en tout cas guider les choix : choisir quelqu'un de jeune (moins de quarante ans) et surtout fixer une durée de mandat qui ne dépasse impérativement pas cinq à sept ans. Après on se sclérose. Une troisième mesure s'imposerait dans la foulée : revoir de fond en comble la composition du conseil d'administration, en le réduisant à moins d'une dizaine de membres et en en supprimant toutes les potiches et représentants de tout et n'importe quoi qui n'ont rien à y faire.

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Gpo
- 23/11/2018 - 11:49
A vomir..
Votre article est édifiant et révèle un côté sombre de cette culture censée nous élever...
Si le talent se résume à l'orientation sexuelle on est foutu...
Alain Briens
- 23/11/2018 - 10:33
On s'en fout !
Pardonnez moi d'être trivial mais que dire d'autre ? Qui s'intéresse à ça en dehors de quelques milliers de bobos habitant dans un cercle d'1 km autour du carrefour de l'Odéon ?
Qui connait une seule des "personnalités" citées dans l'article ? Qui en dehors des mêmes bobos, d'une poignée de spéculateurs avisés et de quelques quarterons de snobs incurables s'intéresse sincèrement à ce gigantesque foutage de gueule qu'est l'art contemporain ? Le seul regret en lisant cet article tient à ma situation de contribuable forcé de financer de pareils machins où s’exercent sans retenue le clientélisme politique le plus débridé, la cooptation entre copains - ou même entre amants si je comprends bien - et l'entrisme de toutes ces assoces de malfaisances, minorités pleurnicho-gauchistes qui pourrissent la vie de notre pays sous le regard énamouré des médias depuis 30 ans.
HOBBES17
- 22/11/2018 - 19:24
du grand Michaud
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