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Assemblée Générale des Nations Unies : l’ONU et les dévoiements de la "cosmopolitique"
Publié le 25 septembre 2018
La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies s'est ouverte le 18 septembre. Retour sur cette institution.
Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).Il est membre de l'Institut Thomas More.Jean...
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Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).Il est membre de l'Institut Thomas More.Jean...
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La 73e session de l'Assemblée générale des Nations unies s'est ouverte le 18 septembre. Retour sur cette institution.

Depuis le 18 septembre 2018, la 73e session annuelle de l'Assemblée générale des Nations unies est ouverte. Cette semaine, les représentants des Etats membres enchaîneront leurs discours, débitage de généralités à caractère philanthropique pour les uns, étalage de propos hostiles et agressifs pour les autres. En toile de fond, les interrogations des dirigeants occidentaux sur la force et l’avenir de l’« ordre international libéral », le cynisme éhonté des régimes liberticides et l'hypocrisie du plus grand nombre. Si les thuriféraires de l’ONU se réfèrent volontiers à l'ancien idéal cosmopolitique, l’organisation mondiale de sécurité collective n'a pas grande légitimité, moins encore d'efficience. En marge de ce forum international, certes irremplaçable, les puissances occidentales doivent privilégier leurs instances propres.

 

Une antique aspiration à l’ordre universel

De prime abord, il importe de souligner le rôle de l'ONU en tant que forum de sécurité collective. La rotondité de la Terre, le fait que nous vivions dans un « monde plein » (Pierre Chaunu) - sur les plans politique, économique et démographique -, la densité des interdépendances qui relient lieux et espaces requièrent un système international un tant soit peu institutionnalisé. De fait, les seuls liens bilatéraux entre les nations, la tenue ponctuelle de sommets entre chefs d’Etat et de gouvernement ou l’expansion des flux ne sauraient suffire à fonder un ordre international minimal. 
 
Plus généralement, le seul jeu des échanges et les espoirs investis dans la « paix par le commerce » ne peuvent garantir la stabilité mondiale. Déroute philosophique du XIXe siècle, le déclenchement de la  Première Guerre mondiale aura amplement démontré le fait : l’existence de solides institutions internationales et le développement de règles de droit sont nécessaires à l'ordonnancement des relations entre les différentes unités politiques de la scène mondiale.
 
Par ailleurs, l’établissement de la SDN puis de l'ONU s'inscrit dans le prolongement du noble et antique idéal cosmopolitique, irréductible à un multiculturalisme plat. Au lendemain de la geste d’Alexandre le Grand qui inaugura l’ère hellénistique, les philosophes stoïciens en appelaient à une cité universelle, ouverte aux hommes et aux dieux. Dans une certaine mesure, l’Empire romain et la Pax Romana traduisirent concrètement une telle vision, cette forme de « cosmopolitique » constituant le soubassement du droit des gens (le jus gentium). 
 
Au Moyen-Âge, l’idée de Chrétienté renouvela l’aspiration à l’unité. Idéalement, les royaumes, principautés et fiefs de l’Ancien Occident formaient les parties d'une Respublica Christiana ouverte sur la patrie céleste. Alors même que la Rome antique vacillait sur ses bases, Saint Augustin s’était fait le penseur de cette république chrétienne à dimension universelle et eschatologique (cf. « La Cité de Dieu », 412-426). Malheureusement, la longue lutte du Sacerdoce et de l’Empire, au fil du XIIIe siècle, épuisa ces deux pouvoirs et l’idée même de monarchie universelle. 
 
Les princes et Etats territoriaux entrèrent alors dans un long affrontement pour la suprématie, phénomène comparable à ce que l’histoire chinoise nomme le temps des « royaumes combattants ». Soucieux de maintenir un ordre politique chrétien, les scolastiques espagnols (Francisco de Vitoria, Francisco Suarez), modernes héritiers de l’aristotélico-thomisme, et les théoriciens du droit des gens (Hugo Grotius, Samuel von Pufendorf) reprirent les idées et représentations du Moyen-Âge. Dans leur pensée, l'existence d'une « société générale du genre humain » constituait  le présupposé du droit naturel dont les règles obligeaient les souverains, moralement et religieusement. 
 

Les limites de la sécurité collective

Au XVIIIe siècle, les projets d'union et de paix perpétuelle, celui d'Emmanuel Kant principalement (1795), foisonnèrent. Bien que la « révolution scientifique » du siècle précédent ait mis à mal la vision du monde comme Cosmos ou Création, ces projets récapitulaient  l’héritage historique, philosophique et théologique de l’Antiquité et du Moyen-Âge. Ils inspirèrent les systèmes de sécurité collective du premier XXe siècle,  mais aussi la formation de l'OTAN et de l’Union européenne, ces instances euro-atlantiques se référant aux principes de ce que l’on nomme, non sans emphase, l’« ordre international libéral ». 
 
Ainsi l'opus philosophique de Kant était-il le livre de chevet de Woodrow Wilson, le président américain à l'origine de la Société des Nations (SDN). A la fin de la Première Guerre mondiale, l'enjeu était de passer de la théorie à la praxis, la fondation de la SDN constituant l’objectif ultime de la Conférence de la Paix (Paris, 1919). Au-delà des contingences historiques, son échec s’explique par le fait qu’un système de sécurité collective, en dernière instance, repose sur la bonne volonté des nations en général, des grandes puissances en particulier. 
 
Si la SDN fut comparée à « un parlement sans épée », l'ONU combine idéalisme et réalisme. Dans sa vision d'une paix universelle assurée par la règle de droit et la sécurité collective, Franklin Roosevelt prit en compte les rapports de puissance entre les nations. Le statut inégalitaire entre les membres permanents du Conseil de sécurité et les autres États reflète la hiérarchie des nations et leur inégale contribution à l'ordre international. Conformément au précepte selon lequel on a des droits à proportion de ses devoirs, le privilège du veto est la contrepartie du surcroît de responsabilités qui reposent sur les épaules des membres permanents. La jouissance d’un tel statut international implique normalement le sens de l'universel.
 
 
Lorsque l'ONU fut fondée, la Seconde Guerre mondiale n’était pas encore terminée mais les linéaments de la Guerre Froide se précisaient déjà, et ce depuis la Conférence de Téhéran (1943), convoquée afin de colmater les brèches ouvertes par la paix signée entre les Anglo-Américains et l’Italie. Bien vite, les espoirs investis dans la perpétuation en temps de paix de la « Grande Alliance » - cimentée par la seule existence d'un ennemi commun : le IIIe Reich -, se fracassèrent sur les réalités géopolitiques. 
 
Au long de cette « guerre de Cinquante Ans » (Georges-Henri Soutou), le Conseil de sécurité fut donc paralysé par l’opposition frontale Est-Ouest et l'emploi systématique du droit de veto. C'est au terme d'une confrontation d'ensemble que le camp occidental emporta une victoire froide sur l’URSS. Avant cela, l'ONU fut surtout une caisse de résonance. 
 

La force des choses

Lors de la « nouvelle détente » qui précéda la fin de la Guerre Froide, l'ONU fut momentanément revitalisée par les Occidentaux et l'URSS, afin de résoudre plusieurs conflits régionaux. A partir de 1987-1988, diverses missions de « Casques bleus » furent conduites et le « réveil de l'ONU » devint un leitmotiv de l’époque. Menée contre les troupes de Saddam Hussein, l’envahisseur du Koweït, l'opération américano-occidentale « Desert Storm » bénéficiait d'un mandat des Nations Unies, avec l'aval de l'URSS (1990-1991).
 
Le temps d'un « nouvel ordre mondial » - fondé sur la primauté de l'ONU, du multilatéralisme et du droit international -, semblait alors venu. Las ! Des déchirements balkaniques des années 1990 aux « Printemps arabes » de la décennie en cours, le Conseil de sécurité est en proie aux divisions, et donc à l'impuissance (Kosovo, Syrie, Yémen). Instituée à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, paralysée pendant la Guerre froide, l'ONU n’a donc pu tenir le rôle central qui en théorie lui incombe. 
 
En vérité, il ne s'agit pas d'un regrettable dysfonctionnement : les espoirs investis dans le multilatéralisme onusien se heurtent à la force des choses, i.e. à l'essence du politique. En l’absence d’un Léviathan supranational, posé en puissance arbitrale et Defensor Pacis, l'« état de nature » demeure, au sens non pas de situation antéhistorique mais d’insécurité endémique. Seule la présence d'un « stabilisateur hégémonique », déterminé à assurer une sorte de service public international, est en mesure de contenir le désordre, non sans guerres ici ou là. Autrement dit, le monde oscille continûment entre Hobbes et Kant. 
 
Encore doit-il être précisé que l'ONU n'a que peu de rapports avec la fédération de libres républiques à laquelle songeait Kant, dans son « projet de paix perpétuelle ». La nature des gouvernements est ignorée et l’AG des Nations Unies compte maints autoritarismes et tyrannies, caractérisés par la systématisation de l’arbitraire, l’étouffement des libertés et le révisionnisme géopolitique. 
 
Au niveau du Conseil, le légalisme procédurier dans lequel se drapent les puissances révisionnistes n'est que négation du droit. Leur conception d’un pouvoir « hors limites », à l’intérieur de frontières hermétiques, est en rupture avec l’idée d’une souveraineté ordonnée à l’idée de « bien commun », subordonnée à la morale du Décalogue ainsi qu’au droit naturel. 
 

En conclusion 

Le constat des insuffisances de l’ONU et de l’irrespect des principes qui constituent sa base philosophico-théologique n’est pas une invite à une Realpolitik sommaire, à base de social-darwinisme et d'idolâtrie de la force. Sans vrai rapport généalogique avec la pensée de Metternich, un tel cynisme aboutirait à l’idée que rien ne vaut rien, seul le quantum d’énergie mobilisé par un régime faisant la différence entre l’un et l’autre. En rupture avec ce prétendu réalisme qui réduit la politique à la zoologie, il importe de rappeler qu’il n’y a pas de symétrie morale entre des sociétés libres et des systèmes de force, négateurs de la personne et de l'esprit de vérité.
 
In fine, l’« ordre international libéral », malgré le côté fétichiste et gauchi de l’expression, n’est pas une fiction. L’hégémonie occidentale est fondée sur une « civilisation de la personne » sans équivalent historique ; elle a ouvert nombre de possibilités aux divers peuples et cultures de la Terre. Si l’ONU est bien l’expression de cette idée de l’Homme, les élites occidentales que la célébration de cette Civitas Maximas absorbe ne sauraient négliger sa subversion par des puissances révisionnistes et revanchardes. La cité terrestre n’est pas la Jérusalem céleste : la préservation du droit et des libertés repose également sur la force des armes et la vitalité des alliances. 
 
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