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Plan pauvreté : pourquoi le gouvernement est très loin de son ambition de créer l’état providence du 21ème siècle

Publié le 14 septembre 2018
Le président de la République a présenté son plan de lutte contre la pauvreté ce jeudi 13 septembre.
Noam Leandri
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Noam Leandri est président de l'Observatoire des inégalités.
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Le président de la République a présenté son plan de lutte contre la pauvreté ce jeudi 13 septembre.

Atlantico : Ce jeudi 13 septembre, Emmanuel Macron présentait son "'plan pauvreté", en annonçant plusieurs mesures reposant apparemment sur deux "jambes", insertion et accompagnement vers l'emploi, et aide à l'enfance défavorisée. Au regard des enjeux que connaît le pays sur cette question de la pauvreté, comme juger de l'efficacité des mesures proposées ? 

 
Noam Leandri : Il est encore un peu tôt pour savoir quel sera exactement le plan complet, parce que nous n'avons pas encore vu de plan véritablement formalisé. 
 
Le discours du président de la République égrène un certain nombre de mesures qui vont dans le bon sens. Tout le monde s'est focalisé sur la question des petits déjeuners parce que cela est symbolique et que cela parle à tout le monde, mais je ne suis pas bien sûr que cela puisse résoudre la pauvreté en France. Les problèmes d'alimentation restent quand même globalement circonscrits, notamment quand on les compare à la situation de pauvreté monétaire, c’est-à-dire la capacité à des familles d'offrir un petit déjeuner à leurs enfants. Ce n'est pas l'enjeu principal. Le chiffre qui a été évoqué pour ce plan est de 8 milliards d'euros, soit 2 milliards par an d'ici la fin du quinquennat. C'est un chiffre à mettre en perspective avec la baisse des impôts pour les plus aisés, entre la suppression de l'impôt sur la fortune, ou le prélèvement forfaitaire unique sur les revenus du capital qui coûtent 5 milliards par an. Cela contrebalance un petit peu l'engagement du gouvernement sur la pauvreté.
 
Cette suite de mesures plus ou moins importantes s'inscrit dans la continuité du plan pauvreté quinquennal qui avait été mis en place sous la présidence de François Hollande. Il s'agissait alors d'une centaine de mesures qui étaient prévues par ce plan. 
 
L'INSEE vient de livrer son édition consacrée à la pauvreté pour l'année 2016, et ce que l'on constate, c'est que 4 ans après la mise en place du plan pauvreté, malheureusement, celle-ci a stagné à 5 millions de pauvres. On voit donc bien que ce ne sont pas de petites mesures qui vont permettre de résoudre le problème et de diminuer drastiquement la pauvreté.
 
Evidemment, nous supportons ces mesures dans l'ensemble, elles vont toutes dans le bon sens. Mais la question est de savoir si celles-ci sont suffisantes. On peut s'interroger à ce stade. Mais surtout, il ne faudrait pas que les mesures positives d'un côté soient contrebalancées par des mesures négatives beaucoup plus fortes de l'autre. Je pense à la remise en cause d'un certain nombre de prestations sociales qui sont des amortisseurs, notamment les allocations logement dont le gel cette année va faire économiser 200 millions d'euros à l'État [sur une année]. Un chiffre à mettre en relation avec les 2 milliards annuels évoqués pour le plan pauvreté. Nous attendons de voir encore ce qu'il y aura dans la prochaine loi de finances qui sera présentée le mois prochain au Parlement pour [vraiment] voir s'il y a une réelle volonté politique d'agir sur la pauvreté. 
 
Parce que notre système de protection sociale a permis d'éviter une forte hausse de la pauvreté lorsque l'activité économique baissait fortement. Nous parlons de 5 à 8 millions de personnes en situation de pauvreté, selon les définitions, ce qui reste quand même un niveau élevé.    
 
Le problème du gouvernement vient du fameux "en même temps" qui consiste à vouloir réduire la pauvreté tout en réduisant la dépense publique, alors que l'on sait très bien que la majorité de ces dépenses servent à la redistribution par la protection sociale. Chaque fois que l'on veut les diminuer, cela peut causer une augmentation de la pauvreté monétaire et une dégradation de la situation des personnes fragiles. En voulant faire les deux en même temps, il se dégage une forme de paradoxe, avec des effets croisés que l'on ne mesure pas. L'exemple simple et récent est toute la fiscalité écologique qui peut être considérée comme une très bonne chose mais qui touche essentiellement les personnes les plus modestes, parce que ceux qui ont besoin de faire le plein le plus souvent, ce sont ceux qui habitent le plus loin des villes. Cela est la même chose concernant le tabac même si l'on peut dire que cela est un enjeu de santé publique. Certaines mesures qui peuvent aller dans le sens de l'intérêt général pénalisent les ménages modestes.
 
 

En 2012, François Hollande annonçait la création de 275 000 places en crèches, dont seuls 50 000 ont vu le jour. Aujourd'hui, Emmanuel Macron propose 30 000 créations supplémentaires d'ici à 2022. Au-delà de ce cas d'espèce, faut-il en conclure que ce plan pauvreté n'est que la poursuite des politiques menées précédemment sur cette question ? 

 
Il y a bien une forme de poursuite de la politique menée précédemment même s'il y a des mesures un peu plus nouvelles. On pense au revenu universel d'activité, qui est plus une mesure de simplification administrative qu'une mesure favorable à la réduction de la pauvreté. Je ne suis pas certain que cela ait un effet concret, peut-être la réduction des coûts de gestion des Caisses d'allocations familiales , et éventuellement une prise en compte plus immédiate de l'évolution de la situation des personnes. Mais cela était déjà souvent pris en compte. Cela peut être considéré comme une avancée mais à mon avis assez marginal en termes d'impact.
 
Emmanuel Macron a également parlé de droits et devoirs concernant ce revenu universel d'activité, et là encore on peut faire la parallèle avec les plus aisés, ou je n'ai pas vue de conditions pour obtenir la suppression de l'ISF. 
 

 

Au regard de la réalité de la situation en France, quelles sont les failles ou les manques de ce plan et quels en sont les atouts ?

 
 
Pour être positif, il faut commencer par les atouts. En termes de discours, il y a une inflexion positive. Après avoir parlé des premiers de cordée, on ne méconnaît plus ceux qui sont les derniers de cordée. Il y a aussi l'idée d'agir sur l'égalité des chances même si c'est un discours qui existait déjà à l'époque de Nicolas Sarkozy. Il serait peut être bien d'agir pour sortir réellement les gens de la pauvreté.
 
Ce dont on entend plus parler, c'est une élévation du salaire minimal, qui est gelé depuis un certain nombre d'années. Cela n'est pas si coûteux que cela, et cela serait favorable pour tous les travailleurs pauvres, qui sont de plus en plus nombreux. Parce que leurs revenus sont trop faibles par rapport à la taille de leurs foyers ou par rapport au temps de travail s'ils sont à temps partiel subi. C'est un phénomène nouveau et assez grave. 
 
Ce qui est inquiétant c'est que l'on a toujours considéré que le travail était une solution à la baisse de la pauvreté, mais malheureusement, ce que l'on constate qu'il y a de plus en plus de travailleurs pauvres, ce n'est donc plus la solution évidente. Dans le dernier rapport de l'INSEE, et alors que le chômage a commencé sa décrue en 2015, on ne voit pas d'inflexion sur le taux de pauvreté pour l'année 2016. Il n'y a plus de lien entre sortie du chômage et baisse du taux de pauvreté. 
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