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Pourquoi la science n’a toujours pas réussi à trouver de remède aux rhumes les plus courants
Publié le 10 septembre 2018
C'est un des tracas les plus communs et les plus enquiquinant de la planète. Et pas uniquement pour ceux dont le nez se met soudainement à couler... aussi pour les chercheurs !
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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C'est un des tracas les plus communs et les plus enquiquinant de la planète. Et pas uniquement pour ceux dont le nez se met soudainement à couler... aussi pour les chercheurs !

Atlantico : La médecine a fait d'immenses progrès ces dernières années. L'espérance de vie avec le recul nécessaire a largement augmenté. Ce qui relevait de la condamnation à mort il y a un demi-siècle est devenu quelque chose dont on se remet parfaitement avec le traitement approprié… Mais alors comment expliquer qu'à chaque hiver le rhume continue d'invalider votre interlocuteur ? Pourquoi aucun traitement n'a été trouvé ?

Stéphane GAYET : Il est vrai que c'est dans le domaine des maladies infectieuses que les progrès de la médecine ont été les plus spectaculaires. Avec les bactéries qui sont des êtres vivants unicellulaires, les progrès ont surtout été obtenus grâce aux antibiotiques, mais aussi avec la mise au point de vaccins : diphtérie, tétanos, coqueluche, fièvre typhoïde, méningites à méningocoque et à hæmophilus, pneumonie et méningite à pneumocoque, pour citer les plus exemplaires ; ces différentes maladies bactériennes peuvent toutes donner lieu à des formes très graves et même mortelles.

Avec les virus, qui sont des entités biologiques sans métabolisme et donc sans vraie vie, les progrès ont été obtenus surtout grâce aux vaccins : poliomyélite antérieure aiguë, variole, rougeole, rubéole, oreillons, hépatite virale B, fièvre jaune, grippe, rage et papillomavirus ; il s'agit là de maladies virales pouvant donner des formes compliquées plus ou moins graves, et pour certaines d'entre elles des décès ou des cancers.

 

Beaucoup de progrès accomplis en pathologie infectieuse ; et le rhume ?

 

Toutes ces avancées vis-à-vis des maladies bactériennes et virales ont indiscutablement fait progresser l'espérance de vie, en évitant de très nombreux décès prématurés.

Mais, à côté de ces maladies infectieuses potentiellement graves, il en est d'autres qui ne le sont pas. Le rhume en fait partie, il est même exemplaire. C'est une maladie virale bénigne, mais très contagieuse. Le rhume provoque une fatigue, une fièvre discrète, une obstruction nasale gênante et un écoulement de sécrétions, ainsi que des éternuements. Avec le rhume, il faut s'attendre à une ou deux nuits malaisées. Il a plusieurs appellations : rhume, rhinite, coryza ou encore de façon familière la "crève". Il s'étend fréquemment au pharynx (gorge) et prend alors le nom de rhinopharyngite (mal de gorge, avec douleurs à la déglutition). Il est vrai que nous n'avons réalisé aucun progrès concernant le rhume : ni vaccin ni traitement curatif. Pourtant, s'il n'est pas grave, le rhume affaiblit tout de même le corps et rend le sujet atteint moins efficace au travail ; il est fréquent de devoir cesser son activité professionnelle pendant un ou deux jours, ne serait-ce que pour éviter de contaminer les autres, en plus de se reposer au chaud. On a souvent tendance à banaliser cette maladie en ces termes : "Ce n'est qu'un rhume ; un simple rhume" ; mais sa fréquence immense en fait une question de santé publique à part entière. Il va sans dire que la maladie appelée communément "rhume des foins" n'a rien d'une infection : c'est une allergie aiguë (rhinite allergique).

 

Pourquoi cette absence de progrès vis-à-vis du rhume ?

 

L'absence de progrès réalisé vis-à-vis du rhume tient surtout à deux causes : sa bénignité n'a pas incité à effectuer beaucoup de recherches ; il est dû à des espèces virales variées et au sein de chaque espèce virale à des sérotypes (des variants) variés et parfois nombreux. La principale espèce de virus en cause est le rhinovirus. Or, on a découvert au minimum 160 sérotypes (variants, souches) différents au sein de cette espèce, ce qui complique beaucoup la mise au point d'un vaccin. Par ailleurs, les médicaments antiviraux que l'on possède déjà en médecine ne sont pas efficaces sur le rhinovirus : on dispose d'antiviraux contre le virus de l'hépatite B, ceux de l'herpès, de la varicelle et du zona, le cytomégalovirus (CMV), ceux de la grippe, les virus VIH-1 et VIH-2… Mais rien contre les virus des rhumes, en particulier le rhinovirus qui serait à l'origine de 75 % des rhumes.

Pourtant, on sait depuis des décennies que le rhume est toujours d'origine virale et que des virus variés peuvent être en cause, dont le rhinovirus dans environ trois cas sur quatre, mais aussi l'adénovirus (virus impliqué dans des infections très variées, dont des infections des voies respiratoires et des infections des ganglions, d'où son nom) et le coronavirus humain (virus impliqué dans le rhume, la gastroentérite aiguë virale et le syndrome respiratoire aigu sévère ou SRAS, et caractérisé par une couronne de spicules ou épines, d'où son nom).

 

C'est donc le désert thérapeutique en matière de rhume, ce qui contribue à en faire dans le sens commun une fatalité : il est fatal – soi-disant – de le contracter tellement il est fréquent et contagieux ; il faut fatalement se résigner à attendre sa guérison spontanée en trois jours.

 

Peter Barlow, immunologue à la "Edinburgh Napier University" en Ecosse affirme être "proche" d'un traitement et explique que la grande difficulté est la multitude de souches desquelles peuvent provenir le rhume. Quel est ce traitement que mentionne le chercheur ?

Avec au moins 160 sérotypes différents, le rhinovirus est un casse-tête

 

On connaît l'existence d'un très grand nombre de sérotypes différents au sein de l'espèce rhinovirus depuis les années 1990. Alors que ces années avaient été marquées par de très importants progrès en virologie (chimiothérapie anti-VIH), elles ont malheureusement connu aussi un désenchantement avec le rhinovirus. Car non seulement les souches de ce virus sont très nombreuses, mais de plus elles semblent circuler presque toutes d'une épidémie à l'autre. Une telle difficulté ne s'était encore jamais présentée en virologie. En effet, on savait jusqu'alors préparer un vaccin contre un virus ayant deux ou trois sérotypes différents, mais guère plus. Alors, réussir à mettre au point un vaccin qui serait efficace sur un maximum de souches différentes de rhinovirus tient un peu de la prouesse biotechnologique.

 

Première voie : trouver le plus petit dénominateur commun des sérotypes

 

La première voie de recherche a consisté à essayer de trouver le plus petit dénominateur commun de tous les sérotypes de rhinovirus : leur partie commune invariable. D'une part, c'est un travail considérable eu égard au très grand nombre de souches (sérotypes), cela malgré les performances actuelles des techniques de biologie moléculaire ; d'autre part, il n'est pas du tout certain que cette partie commune invariable soit immunogène, c'est-à-dire qu'elle soit capable d'induire une réponse immunitaire efficace contre tous les sérotypes. Il faut reconnaître que cette première voie, si elle est séduisante intellectuellement, n'est pas celle qui a été suivie jusqu'à présent en matière de préparation de vaccins antiviraux. Mais cette voie est loin d'être abandonnée : elle est toujours explorée.

 

Deuxième voie : fabriquer un vaccin intégrant un maximum de sérotypes

 

Cette deuxième voie suit le schéma habituel en matière de recherche vaccinale antivirale. L'idée qui n'est donc pas nouvelle consiste à intégrer dans un seul vaccin un maximum de sérotypes (souches) différents. Il s'agirait donc de fabriquer un cocktail vaccinal multivalent, sorte de vaccin mosaïque tel qu'il n'en a encore jamais été réalisé. Cette méthode est moins excitante intellectuellement, mais elle a fait ses preuves avec beaucoup de vaccins antiviraux.

Il semble que si l'on parvenait à intégrer au moins les quelque 80 sérotypes les plus virulents (pathogènes, agressifs) et les plus fréquents, on pourrait disposer d'un vaccin efficace.

Dans cette approche, le rhinovirus présente un intérêt : le génome de ce virus (ARN) n'est pas segmenté comme l'est le virus de la grippe et il est stable ; aucune mutation n'a pu être observée au sein de cette espèce. C'est favorable pour la préparation d'un vaccin (précisons que le virus grippal change sans cesse, ce qui oblige à revoir le vaccin chaque année).

Actuellement, on est parvenu à produire un vaccin qui intègre 50 sérotypes. On pourrait se dire que, si l'on a déjà réussi à en intégrer 50, en intégrer 30 de plus ne devrait pas être très difficile. Mais il n'en est rien ; car l'ajout de chaque nouveau sérotype à la formule vaccinale est en réalité complexe et coûteux. Ce n'est donc pas gagné, mais une grande avancée est d'ores et déjà obtenue.

 

Troisième voie (non vaccinale) : les peptides de défense antivirale

 

La troisième voie de recherche porte, non pas sur la mise au point d'un vaccin, mais sur celle de médicaments antiviraux. Ce n'est pas la piste des molécules antivirales utilisées jusqu'à présent, mais celle de molécules naturelles produites par notre système immunitaire. Lors d'une infection virale, nos cellules de défense produisent de très petites molécules – elles ne sont pas des anticorps ou immunoglobulines qui sont d'assez grosses molécules – qui ont pour effet de s'opposer à la réplication du virus par les cellules infectées (alors que les anticorps agissent de façon différente, en bloquant spécifiquement certains virus). Ces très petites molécules sont des peptides, c'est-à-dire de très petites protéines. On a déjà réussi à en produire, mais elles sont instables et sont dégradées rapidement. La recherche doit donc trouver le moyen de les rendre stables.

Il est clair que ces peptides seraient donnés comme médicaments en tout début de rhume, et peut-être en prévention en cas de risque de contamination. Cela aurait particulièrement de l'intérêt chez les personnes fragiles, car sur certains terrains (insuffisance respiratoire chronique, déficit immunitaire, grande fragilité), un "simple rhume" peut parfois évoluer vers une infection respiratoire plus ou moins sévère.

 

Du coup en attendant que Peter Barlow ou un autre trouve un traitement rien de mieux à faire que de se reposer ?

Il est certain que le repos au chaud aide le corps à guérir et se rétablir. Il est important de boire plus d'eau que d'habitude (entre un demi-litre et trois quarts de litre par jour, en plus des apports liquidiens alimentaires), de façon à bien hydrater les muqueuses respiratoires qui ont tendance à se dessécher en cas d'infection. On trouve en pharmacie de nombreux médicaments en vente libre qui atténuent les symptômes du rhume ou de la rhinopharyngite et permettent ainsi de mieux supporter la maladie. Il ne faut pas les négliger, car ils peuvent transformer la tolérance du rhume. Il est important de bien décrire ses symptômes pour que le pharmacien puisse délivrer le ou les médicaments les plus efficaces.

Quand l'obstruction nasale est invalidante, ce qui est fréquent, des inhalations de produits médicamenteux et des nébulisations de solutés nasaux rendent la rhinite nettement plus supportable. Car cette obstruction nasale (enchifrènement, congestion) est source de gêne respiratoire et phonique et perturbe nettement le malade, le jour comme la nuit.

Quand il existe un mal de tête ou de gorge, le paracétamol et l'aspirine peuvent également contribuer à un soulagement.

La vitamine C, présente en quantité dans la plupart des fruits à pulpe, aide également le corps à lutter contre l'infection.

Il ne faut pas négliger un rhume : cette infection perturbe la vie et contribue à l'altération des muqueuses respiratoires hautes.

Mais il est tout aussi important d'éviter de transmettre son virus à d'autres personnes, ainsi que de se contaminer en période épidémique. Contrairement à ce que l'on pourrait croire, la transmission des virions (particules virales) se fait au moins autant – et sans doute plus – par les mains que par les aérosols provoqués par la toux et les éternuements. Il est donc tout à fait capital de se laver ou se désinfecter les mains avant de toucher de la nourriture ou de les porter à sa bouche en période épidémique, tout particulièrement après avoir rencontré une personne visiblement enrhumée.

 

 

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