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Non binaire

Pionniers ou dangers ? Ces parents qui élèvent leurs enfants de manière neutre pour mener la révolution du genre

Publié le 26 juillet 2018
De plus en plus de familles décident d'élever leurs enfants sans leur imposer de genre, de façon non binaire. Un moyen, selon eux, de combattre le sexisme et les stéréotypes qui collent à chacun des sexes.
Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles...
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Michelle Boiron est psychologue clinicienne, thérapeute de couples , sexologue diplomée du DU Sexologie de l’hôpital Necker à Paris, et membre de l’AIUS (Association interuniversitaire de sexologie). Elle est l'auteur de différents articles...
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De plus en plus de familles décident d'élever leurs enfants sans leur imposer de genre, de façon non binaire. Un moyen, selon eux, de combattre le sexisme et les stéréotypes qui collent à chacun des sexes.

Atlantico : Aux Etats-Unis ou en Suède certains parents choisissent désormais d'éduquer leurs enfants de façon non-binaire, sans leur imposer un genre. D'où vient cette pratique ? Est-ce là, pour ces parents, un moyens de combattre le sexisme en élevant garçons et filles de la même façon ou cela va-t-il -pour eux- plus loin? 

Michelle Boiron : Cette pratique vient d’abord des Etats-Unis. Celle qui a théorisé et promu la « théorie » du genre est Judith Butler. Elle en a conduit la propagande. C’est en fait une lutte contre la norme hétérosexuelle qui s’est imposée depuis des siècles.  La volonté de ce mouvement est d’abolir cette norme. La théorie du genre nierait la pluralité de la différence des sexes. Le genre sous ce vocable soi-disant inoffensif remet en cause le masculin féminin.  Il impliquerait une scission entre donnée culturelle et donnée sociale. Selon les adeptes de cette théorie, on ne nait pas homme ou femmes, on le devient.  Ce mouvement a crée 2 camps très clivés : ceux qui sont pour ou ceux qui sont contre. Ami ou ennemi de cette théorie et du prétendu choix que nous aurions de s’attribuer un sexe que nous pourrions choisir, indépendamment du biologique qui jusqu’alors nous constituait à la naissance (sauf cas rare d’hermaphrodismes) et dont nous pourrions nous défaire simplement en refusant les préceptes de l’éducation qui serait  en cause et qui influencerait  notre devenir  fille ou garçon !
 
Les suédois se sont emparés de cette théorie et ont exigé dans les écoles primaires que la distinction du masculin et du féminin soit bannie, au profit d’un nouveau pronom personnel "neutre".  Des exemples de comportements significatifs comme ce papa qui ne veut pas annoncer dans le faire- part le sexe de son enfant au nom de sa liberté future de choix, est très représentatif du phénomène. Je le cite : « Nous avons décidé de ne pas partager le sexe de Storm pour l’instant- un hommage à la liberté et au choix »
Ainsi, la nature est niée ou devenue non prégnante. Tout devient culturel. Les tenants de cette théorie font fi de la biologie. La nature peut être transformée à sa guise. L’homme est ce démiurge qui a tout pouvoir sur elle. 
 
Si l’on considère le développement du petit de l’homme de la naissance à l’adolescence et toutes les étapes qu’il doit traverser pour devenir un adulte, on mesure le trouble que l’on va rajouter pour traverser toutes ses étapes si l’on induit le choix du sexe assigné à la naissance. 
 
De plus, comment ne pas voir que selon les influences qu’il subit, les personnes qu’il rencontre, le jeune homme ou la jeune femme, par définition encore malléable, optera de manière irréversible pour un sexe qu’il pourra regretter plus tard, avec toutes les conséquences psychologiques qui vont jusqu’au suicide, comme l’ont montré des cas récents.
Je préfère rester sur la théorie de Dolto qui disait : « Elever son enfant dans le génie de son sexe ».

 

Contrairement à un type d'éducation plus classique, cette méthode ne risque-t-elle pas de déstabiliser l'enfant ? Dépourvu de tout repère d'identification, l' enfant ne risque-t-il pas, en grandissant, d'avoir du mal à s'intégrer voir d'être mis au banc de la société ? 

 
De la naissance à l’âge adulte, le devenir du petit de l’homme est un chemin difficile ponctué d’une succession d’étapes. Le but est de s’autonomiser et devenir un adulte bien dans sa tête, son corps, sa sexualité et ses émotions et non de se poser la question de savoir si le sexe biologique dont il a hérité à la naissance est le « bon » pour lui ? Quel petit garçon lorsqu’il découvre que sa petite sœur a une fente là où lui a un pénis n’a pas l’angoisse de savoir si on le lui a coupé ou bien s’il risque de le perdre un jour ?  Et inversement la petite fille qui ne comprend pas pourquoi elle n’a pas un pénis mais une fente à la place ? C’est précisément le complexe de castration dont il s’agit. Alors aujourd’hui se poser la question ou poser la question à l’enfant en cours de développement s’il est en harmonie avec son sexe de naissance alors qu’il est en cours de développement me parait être une fausse piste. Il engendre une confusion sur son être qui n’a pas « lieu d’être » puisque par nature il est né pas « fini », mais en cours de développement.                     
 
En revanche on ne peut pas nier le questionnement légitime des enfants (une infinie minorité) nés hermaphrodites dont les parents et les chirurgiens ont trois semaines pour décider de l’orientation sexuelle du nourrisson en devenir.  Ce n’est alors pas une question de préférence mais une facilitation pour effectuer des actes chirurgicaux pour corriger au mieux une erreur de la nature. On peut imaginer peut-être que le désir des parents peut influencer sur le sexe à interventions équivalentes pour faire basculer d’un sexe à l’autre.  Ce n’est pas une préférence sexuelle des parents ni de l’enfant en devenir sur une malformation biologique invalidante.        
On se souvient du cas de la fille d’Angelina Jolie. A 4/5 ans, elle s’interrogeait sur le bien-fondé d’être une fille. Or, à ce moment, sa maman décidait de procéder à l’ablation des deux seins et les ovaires (ses organes féminins) car elle était porteuse du gène responsable de ces deux cancers féminins. Ne peut-on pas voir dans cette concomitance plus qu’une coïncidence ? 
 
Nous humains, nous sommes nés en cours de développement et par nature non encore terminés ! Il me parait dangereux et prématuré d’interférer dans l’éducation de l’enfant et ne pas laisser l’humain en devenir trouver le chemin de sa maturité sexuelle en cohérence avec son sexe de naissance. 
 

Enfin, ne vaut-il pas mieux élever l'enfant dans un cadre plus "traditionnel" et l'accompagner, plus tard, si son genre ne correspond pas à son sexe ? 

 
Tout parent veut le bonheur de ses enfants. En quoi lui imposer ou l’inciter à se poser la question du bien-fondé de son sexe de naissance, ce qui nécessairement va le déstabiliser, est ce contribuer à son bonheur ? 
Laissons les enfants, on peut leur faire confiance inventer, jouer à être ou incarner des personnages comme jouer au papa à la maman au docteur… Ce qui contribue à développer leur imaginaire positif pour leur développement et non forcer leur liberté.
Une éducation neutre qui ne cultiverait pas la différence des sexes serait   très invalidante pour l’éducation des enfants et mettrait en danger l’équilibre de la construction de nos enfants.  Ne pas se construire dans la binarité naturelle masculin/féminin ; la contrer semble être une hérésie, voire une lubie dangereuse. 
En revanche on n’est pas obligé d’accentuer les stigmates du rose et du bleu ciel, de la poupée et du camion, de l’hôtesse de l’air et du pilote !  Mais de là à contrer les faits et chasser la nature … qui, on peut l’espérer reviendra au galop !
En Europe, on aime encore le jeu entre les deux sexes, on n’a nullement envie de voir ses relations disparaître, précisément parce que c’est celles qui fondent le couple. Aujourd’hui nous rencontrons dans nos consultations de thérapie de couple, des problèmes récurrents liés en partie l’individuation, au leurre de toute puissance et aux challenges de réussite d’épanouissement dans tous les domaines.  Ce qui réduit la durée de vie de la famille. Les enfants subissent ces séparations quasi systématiques et sont amenés à vivre dans ces « merveilleuses » familles recomposées où le leurre du bonheur n’existe que sur les couvertures des magazines. 
Le genre pour se libérer de l’assignation sexuelle doit rester un phénomène marginal que l’on peut rencontrer dans des cas extrêmement rares. Il ne peut être un mode de pensée qui doit faire partie intégrante de l’éducation des enfants, à l’école ou en famille. 
Nous nous devons de transmettre à nos enfants cet héritage qui cultive la différence des sexes et aider nos enfants à devenir un homme ou une femme en fonction de leur naissance. Nous avons cette responsabilité de parents. C’est déjà une lourde tâche.  

 

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