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Attention vous êtes en vacances, mais pas les MST

Publié le 24 juillet 2018
Les maladies sexuellement transmissibles sont en pleine explosion en France. Les cas de gonorrhée ont augmenté de 100% chez les hommes homosexuels et bisexuels, de 32% chez les femmes et 8% chez les hommes hétérosexuelles.
Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier. 
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Les maladies sexuellement transmissibles sont en pleine explosion en France. Les cas de gonorrhée ont augmenté de 100% chez les hommes homosexuels et bisexuels, de 32% chez les femmes et 8% chez les hommes hétérosexuelles.

Atlantico : A quoi est due cette hausse soudaine des cas de gonorrhée ? Est-elle à mettre sur le compte du seul de manque de protections ? Les autres MST sont-elles également en hausse ? 

 
Stéphane Gayet : La prévention vis-à-vis du virus VIH, grâce à l'usage du préservatif, avait eu pour effet, non seulement la baisse de l’incidence (nombre de nouveaux cas par an) de l’infection par le virus VIH, mais aussi de celle des autres infections sexuellement transmissibles (IST), en particulier la gonorrhée ou blennorragie (urétrite à gonocoque), la chlamydiose (infection génitale à chlamydia) et la syphilis (infection par le tréponème pâle). Il est évident que, du fait de la peur du sida, l'amélioration de l’observance des règles d'hygiène sexuelle avait fait baisser d’une façon importante le nombre des autres IST. A quelque chose malheur est bon.
 
Mais cet effet d’entraînement s'est bientôt affaibli. En 1996, la trithérapie antirétrovirale était instaurée comme le traitement de référence de l’infection par le virus VIH. Elle permettait de stabiliser les personnes infectées et de les préserver de l’aggravation et de la mort. Au fur et à mesure de l'amélioration de cette trithérapie (plus pratique, mieux tolérée), elle s'est d'une certaine façon banalisée, modifiant complètement la perception de l'infection à VIH. Celle-ci était passée d'une maladie mortelle à une maladie chronique permettant une vie proche de la normale. Cette transformation radicale de la perception de l’infection à VIH a entraîné un relâchement de l'hygiène sexuelle. Les deux IST graves - la syphilis et le sida - semblaient vaincues : la première par les antibiotiques, la seconde par la trithérapie antirétrovirale.
 
En France, l'incidence des infections sexuellement transmissibles bactériennes a en effet nettement augmenté depuis plusieurs années. Les réseaux de surveillance ont vu depuis 2013 une augmentation de plus de 10 % des infections génitales à chlamydia (surtout chez des jeunes femmes), de 50 % des cas de lymphogranulomatose vénérienne rectale (autre type d'infection à chlamydia) et de plus de 90 % des autres infections rectales à chlamydia (mais seulement chez les homosexuels). De plus, les gonococcies (terme désignant l'ensemble des infections à gonocoque) ont augmenté de 100 % chez les homosexuels, ce qui est très préoccupant ; tandis que chez les hétérosexuels, elles ont augmenté de plus de 30 % chez les femmes et de près de 10 % chez les hommes.
 
Il est manifeste que l'ensemble des IST bactériennes (gonococcie, chlamydiose, syphilis) connait une importante augmentation, qui est largement due au recul de l'hygiène sexuelle et qui concerne de façon vraiment prépondérante les populations d'HSH.
 

Les 15-24 seraient les plus touchés. Doit-on imputer cette hausse à une augmentation des rapports sexuels chez les jeunes ? Il y a-t-il un lien entre le sentiment que le sida ne tue plus -chez ces jeunes qui n'ont pas connu la pandémie- et cette hausse des comportements à risque ?

 
La pandémie meurtrière de sida avait entraîné une peur ambiante dans les années 1980 et jusqu’au milieu des années 1990. L’utilisation du préservatif s’était répandue, en particulier chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) : le spectre de la mort par le sexe faisait vraiment peur. Non seulement le sida tuait inexorablement, mais de plus la fin de la vie était une sorte de déchéance physique, pénible à tous points de vue.
 
Depuis la fin des années 1990, parallèlement à la disparition de la peur de la mort ou de la maladie grave et pour différentes raisons dont l’explosion de l’utilisation d’internet et de la participation à différents réseaux sociaux, une partie des adolescents et adultes jeunes s’est mise à évoluer vers une activité sexuelle sans tabou, libertine, débridée et déculpabilisée, souvent trop peu réfléchie quant aux conséquences possibles. Il faut aussi mentionner la tendance observée depuis plusieurs années à l'abaissement de l'âge de la puberté et à la facilité des contacts permise par la généralisation de la téléphonie mobile. Il est devenu très facile d'échapper à la surveillance de ses parents. L'influence des vidéos pornographiques en libre accès ou presque sur internet paraît tout à fait déterminante. L'adolescence est la période des expériences en tous genres et la bisexualité peut être tentante si l'occasion se présente. Dans ce contexte, l’activité sexuelle des HSH est devenue plus ouverte, beaucoup d’hommes n’hésitant pas à révéler leur affinité sexuelle. Les soirées et séances spéciales, les clubs et réseaux se sont multipliés. On peut parler d'une deuxième libéralisation sexuelle, quelques décennies après celle qui avait suivi la généralisation de la pilule contraceptive.
 
L'une des conséquences de ce phénomène a donc été une nette augmentation des IST bactériennes, comme la chlamydiose, la gonorrhée ou blennorragie, mais aussi et à moindre degré la syphilis. Un phénomène est frappant : c'est l’augmentation du nombre d’infections rectales sexuellement transmises. Elle ne concerne pas que les HSH, mais également des personnes hétérosexuelles se laissant tenter par le plaisir nouveau de la sodomie, pratique de surcroît ni fécondante ni même défloratrice. Mais la muqueuse rectale est plus réceptive aux infections que la muqueuse génitale qui elle est armée pour cela. On observe aussi un développement de la sexualité buccale et son lot de pharyngites sexuellement transmises.
 
 

A côté de la prolifération de ces maladies assiste-t-on également à un retour de MST telles que la syphilis qui avait pourtant disparu en France ?

 
Le retour de la syphilis est particulièrement préoccupant. C'est une maladie potentiellement grave qui peut évoluer sur des années. Dans sa phase tertiaire, en l'absence de traitement, elle peut entraîner une détérioration considérable de l'intégrité tant physique que mentale.
 
Or, cette maladie classique n'est plus suffisamment connue du grand public ni des jeunes générations de médecins. Car on considérait que la syphilis n'était plus un problème de santé publique dans la plupart des pays occidentaux et surtout en Europe, jusqu'à la fin des années 1990. Cependant, le nombre de cas a beaucoup augmenté en France depuis le début des années 2000. L'incubation de la syphilis est le l'ordre de trois semaines, ce qui est un peu long pour que l'on pense à faire le lien avec un rapport sexuel. En phase primaire, la syphilis est discrète et guérit apparemment de façon spontanée. Le chancre syphilitique est une petite plaie qui est superficielle, propre et indolore. Il se constitue sur une muqueuse génitale. Chez l'homme, c'est habituellement sur le gland du pénis, mais chez la femme il est souvent non remarqué. Certes, il existe également une adénopathie inguinale (ganglion qui se trouve dans le pli de l'aine et qui est augmenté de volume), mais elle aussi est indolore. Or, il est déterminant pour l'avenir de la personne, que le diagnostic soit fait à ce stade, afin de commencer au plus tôt un traitement antibiotique à dose suffisante, seul capable d'éviter une évolution vers une forme disséminée et grave de la syphilis.
 
On constate aujourd'hui que les syphilis précoces ont augmenté de près de 60 % chez les homosexuels et plus faiblement chez les hétérosexuels. L’incidence de la syphilis est plus particulièrement élevée chez les homosexuels infectés par le virus VIH (le quart des syphilis surviennent chez des sujets séropositifs VIH). C'est un phénomène bien inquiétant.
 

Comment mettre un terme à cette "épidémie" (rôle ou absence de rôle joué par les services publics) ? Et en cas de contamination, comment l'annoncer ?

 
L'hygiène sexuelle ne connaît pas un grand succès chez les adolescents. Car beaucoup se croient invulnérables, du fait de l'état d'esprit qui les imprègne pendant la puberté et de leur manque d'expérience. Avec l'abaissement de l'âge de la puberté, les parents ne voient pas toujours à temps le danger venir.
 
C'est surtout du côté des garçons qu'il y a des efforts à faire. Car le contexte de la sexualité des filles contribue en effet à les protéger. Premièrement, la prescription d'une contraception est accompagnée de recommandations d'hygiène sexuelle. Deuxièmement, la crainte de la grossesse à un âge où elle aurait de très lourdes conséquences est suffisamment dissuasive d'une sexualité débridée (d'où le succès de la sodomie et de la fellation). Troisièmement, les filles sont beaucoup plus encadrées et protégées par leurs parents, notamment leur mère.
 
Mais il faut reconnaître qu'il est difficile d'avoir une influence sur la sexualité des garçons à l'âge de l'adolescence et même chez les jeunes adultes. Ce sont les filles, comme nous le savons, qui sont le plus ciblées et atteintes par l'incitation à la prévention sexuelle. Avec les garçons, il est beaucoup plus fréquent de constater des partenaires multiples – tant chez les homosexuels que chez les bisexuels et les hétérosexuels – et le fait d'aborder avec eux les questions de risque infectieux et d'hygiène sexuelle est délicat, car il déclenche très souvent une réaction de ricanement et de dérision. Or, les sujets de sexe masculin contribuent très largement à la diffusion des IST. Il faut donc, avec l'aide de psychologues et de travailleurs sociaux, travailler cette question de l'éducation sexuelle des garçons qui est très insuffisante.
 
Lorsque l'on fait un diagnostic d'IST chez une personne, lui annoncer est délicat. Même en dehors du cas de l'infection à VIH dont l'annonce demande un minimum de formation, le fait de poser et de donner un diagnostic d'IST chez une personne jeune nécessite du tact. Une réaction de culpabilisation et de crainte est fréquente. Il faut y être préparé. La culpabilisation concerne également la possibilité d'avoir contaminé d'autres personnes, le cas échéant. Il est nécessaire d'être sobre et factuel, en s'appuyant sur des documents destinés au grand public. L'Institut national pour l'éducation et la prévention en santé (INPES), qui fait partie de Santé publique France, a édité un document d'information accessible et utile. Mais il doit être accompagné d'une information orale d'un professionnel de santé lors du diagnostic d'IST.

 

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