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Tendance inquiétante
Des enfants addicts au Xanax ou autres antidépresseurs, ça existe. Et de plus en plus
Publié le 09 mai 2018
D'après un article de la BBC, de jeunes enfants anglais ont régulièrement recours à des antidépresseurs. Une tendance qui a de quoi inquiéter.
Sauveur Boukris est médecin enseignant à l'université Diderot (Paris VII). Il est l'auteur de nombreux livres médicaux dont Ces médicaments qui nous rendent malades (Le Cherche Midi, 2009). Chroniqueur médical, il participe à différentes...
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Sauveur Boukris est médecin enseignant à l'université Diderot (Paris VII). Il est l'auteur de nombreux livres médicaux dont Ces médicaments qui nous rendent malades (Le Cherche Midi, 2009). Chroniqueur médical, il participe à différentes...
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D'après un article de la BBC, de jeunes enfants anglais ont régulièrement recours à des antidépresseurs. Une tendance qui a de quoi inquiéter.

Atlantico : Un article de la BBC montre qu'en Angleterre  de jeunes enfants ont recours à des antidépresseurs tels que le Xanax. Est-ce aussi ce que vous constatez en France ?  

Sauveur Boukris : Le phénomène n'est pas nouveau. Depuis plus de 10 ans, les adolescents utilisaient quelques fois, ou les tranquillisants pour un effet désinhibiteur, relaxant, ou les antidépresseurs pour un effet plutôt stimulant. Ils utilisent aussi, parfois, des associations alcool plus tranquillisants, ou antidépresseurs et stimulants, pour préparer des examens, pour se sentir en super forme. Ce phénomène n'est pas récent et c'est vrai que ce sont surtout les adolescents - les jeunes entre 15 et 20 ans - qui l'utilisent, soit pour se défoncer lorsqu'il y a des soirées, soit pour se relaxer, pour s'enlever les angoisses. Et le phénomène est commun aux garçons et aux filles, peut-être un peu plus fréquent chez les garçons. 

Est-ce, selon vous, un problème d'accessibilité de ces médicaments ? Quels sont les risques, chez les patients non-adultes ?

Vous savez qu'il y a plus d'un Français sur deux qui utilisent ces médicaments. Donc, dans la boite à pharmacie des parents, il y a de fortes chances que vous trouviez du Lexomil, du Xanax, du Témesta, qui sont des tranquillisants, des antidépresseurs. Donc c'est facile à trouver. Et c'est vrai que cela pose un risque, qui est celui, à la fois de dépendance et d'accoutumance - c'est un classique chez tous les usagers de ce type de médicaments, les psychotropes -, mais surtout, cela a un effet nocif immédiat : la perte de mémoire immédiate. Lorsque vous prenez un tranquillisant, un antidépresseur, et vous ne vous souvenez plus de ce que l'on vient de vous dire ou d'où vous avez mis vos affaires, ou un rendez-vous que l'on vient de vous donner. Même pris seul, les tranquillisants peuvent entraîner une perte de la mémoire immédiate alors que la mémoire ancienne perdure. J'ai eu en consultation des adolescents qui sont allés en boîte et ne se souvenaient plus de ce qu'ils ont fait. Il arrive d'ailleurs que certains finissent aux urgences lorsqu'ils associent alcool et tranquillisants. Ce n'est pas anodin la perte de mémoire. Surtout dans un cerveau d'adolescent qui est en pleine croissance. Ca fait que vous ne pouvez plus travailler normalement au lycée, que vous êtes complètement dans une bulle et vous êtes toujours à la recherche d'un effet second, où vous planez un petit peu. Les risques, c'est qu'on peut retrouver des gens qui font des malaises, des chutes de tension ; il peut arriver que vous tombiez dans le coma, que vous perdiez connaissance. 

L'article de la BBC explique qu'il s'agit d'une porte d'entrée "sûre", pour les jeunes, sur l'univers de la drogue. Le problème repose-t-il alors sur une profonde méconnaissance de ces médicaments ?  

Ça commence souvent à l'adolescence, d'abord parce que l'adolescence est une période un peu charnière de la vie où vous ne savez pas très bien ce que vous êtes : vous n'êtes plus un enfant, vous n'êtes pas encore un adulte, vous vous cherchez, vous vous posez des questions sur votre corps qui se modifie, sur la psychologie, sur votre identité sexuelle. C'est une période de troubles qui peut être source d'angoisses et de questionnements sur soi-même. Ensuite, les adolescents ont une psychologie particulière : ils vivent l'instant présent et ne sont pas capables de se projeter sur un avenir proche. C'est-à-dire que lorsqu'ils font les choses, ils recherchent l'effet immédiat, ici et maintenant. Et ils ne peuvent pas imaginer que prendre un tranquillisant, même une fois de temps en temps, ça peut provoquer des conséquences ou des séquelles à moyen terme. Et c'est que souvent, quand les gens utilisent des tranquillisants ou des antidépresseurs, ils vont parfois devoir augmenter les doses pour obtenir le même effet et certaines fois, c'est vrai que c'est une porte d'entrée vers des substances dites illicites. Les médicaments, surtout les psychotropes, sont des drogues licites qui fonctionnent très bien, lorsque c'est à bon escient, sur les angoissés et les déprimés. Mais quand on fait un mésusage de ces médicaments, cela peut être considéré comme ayant les mêmes effets indésirables que la drogue illicite.

À quoi, en tant que parents, faut-il être vigilant ?

Si, en tant que parents, vous voyez un garçon ou une fille qui se replie sur lui-même, qui s'isole, qui ne veut plus voir ses parents, ou ses copains ; qui se désintéresse de son lycée ; ou lorsqu'il y a un décrochage scolaire, un bon élève qui suivait les cours, mais qui tout d'un coup se met à sécher les cours, à ne plus travailler, à avoir des résultats qui chutent ; tout cela doit être un signal d'alarme. À ce moment-là, si l'adolescent sort tout le temps de la maison, fréquente ses copains, c'est souvent un signe de troubles psychologiques et c'est souvent à ce moment-là qu'il peut y avoir usage de médicaments ou de drogues.

Certains parents, lorsqu'ils voient leur enfant un peu stressé ou angoissé (parce qu'il passe un examen, par exemple), peuvent être tentés de dire : "Prends un quart de Lexomil, un demi de Xanax, ça va te détendre". Et du coup. Un enfant, quand il est anxieux, peut être agressif, un peu violent verbalement, ou même physiquement. Et du coup, ça devient difficilement vivable à la maison. Et puis il y a des circonstances : il y a des filles, par exemple, qui sont angoissées à l'idée d'aller dans des soirées où elles ont l'impression de ne pas plaire. Elles prennent alors de l'alcool et quelques fois, elles peuvent prendre autre chose. Le but, c'est la recherche de la défonce, et quelques fois, c'est la recherche de la désinhibition - on se sent libre, moins timide, plus libéré - et c'est aussi la recherche de la performance, de la super efficacité. Et souvent, ce sont des choses nocives. 

L'accès très facile à ce genre de substances devrait-il pousser à une remise en question de nos politiques de prescription ? 

Bien sûr. J'ai dénoncé à travers des livres l'abus de prescription des psychotropes de manière générale. Les médecins en donnent un peu trop facilement. On parle souvent de stress, de dépression au travail, de souffrance au travail ou de troubles du sommeil. Et on explique aux gens qu'aujourd'hui, on a des substances qui peuvent résoudre votre problème. Et au lieu de chercher le problème de fond, de voir ce qui ne va pas dans le travail, on agit sur la conséquence du symptôme. Et puis il a aussi l'exemple des parents : ils peuvent être aussi des consommateurs. On a facilité l'accès aux psychotropes sans en mesurer toutes les conséquences et tous les risques. On n'a pas assez expliqué les risques

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