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Des scientifiques envisagent de placer un pare-soleil géant dans le ciel pour lutter contre le dérèglement climatique
Publié le 08 avril 2018
Plusieurs scientifiques de pays en développement plaident pour que ces nations prennent le leadership de la recherche en géo-ingénierie solaire.
François Gervais est physicien, spécialiste de thermodynamique et professeur émérite à l'Université François-Rablais de Tours. Il est l'auteur de L'innocence du carbone aux éditions Albin Michel (2013).
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François Gervais est physicien, spécialiste de thermodynamique et professeur émérite à l'Université François-Rablais de Tours. Il est l'auteur de L'innocence du carbone aux éditions Albin Michel (2013).
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Plusieurs scientifiques de pays en développement plaident pour que ces nations prennent le leadership de la recherche en géo-ingénierie solaire.

Atlantico : Dans la revue Nature, plusieurs scientifiques de pays en développement plaident pour que ces nations prennent le leadership de la recherche en géo-ingénierie solaire. Que pensez-vous de leur appel ?

François Gervais : La problématique n'est pas nouvelle. Déjà en 2006, Paul Crutzen suggérait l'envoi d'aérosols dans l'atmosphère pour diffuser le rayonnement solaire et le renvoyer vers l'espace sans qu'il échauffe la Terre. Lors d'éruptions volcaniques, les aérosols envoyés dans la haute atmosphère provoquent effectivement un refroidissement momentané : –0,5°C pendant un an lors de l'éruption du Pinatubo en 1991, jusqu'à –5°C par endroits durant les 3 ans qui ont suivi l'éruption du Tambora en 1815 selon les documents de l'époque. Le choix de l'aérosol envisagé dans l'article de Nature est pour le moins surprenant. À l'instar de toute molécule composée d'au moins deux atomes différents, le dioxyde de soufre est un gaz à effet de serre... Son effet refroidissant dans la haute atmosphère pourrait être supérieur à son effet réchauffant mais cela resterait à prouver non pas seulement avec un modèle mais en conditions réelles.

D'un point de vue technique, où en est l'ingénierie solaire à l'heure actuelle ? Peut-on déjà imaginer la mise en place de mesures concrètes dans l'atmosphère terrestre ou la stratosphère ?

Si l'expérience n'a pas été mise en œuvre à grande échelle jusqu'à présent, c'est que de nombreux scientifiques craignent à juste titre que cela revienne à jouer aux apprentis sorciers compte-tenu de multiples conséquences possibles et incontrôlables. Par ailleurs, plusieurs articles d'astronomes indiquent que le Soleil pourrait s'acheminer vers une sieste aux alentours de 2030, par suite d'une panne de taches solaires, comme lors du dernier petit âge glaciaire appelé Minimum de Maunder sous le règne de Louis XIV. Mieux vaudrait donc temporiser. 

Des mesures de ce type auraient-elles une vraie chance de contrecarrer le dérèglement climatique ?

"Dérèglement climatique" qui se substitue à "changement climatique", lui-même ayant remplacé dans l'accord de Paris (50 occurrences) "réchauffement climatique", gagnerait à être étayé par des publications scientifiques se recoupant dans des revues internationales à comité de lecture – ce n'est pas le cas – et non pas seulement par des opinions médiatisés assorties de conditionnels. Le climat obéit à des lois chaotiques au sens mathématique du terme comme l'a montré Edward Lorenz dès 1963. Avec la même "règle", on obtient des résultats excessivement différents et donc un résultat imprédictible.[1] Faut-il tenter de contrecarrer le réchauffement de 0,4°C observé depuis 1945 par le Hadley Center britannique, hors fluctuations naturelles El Niño, début de l'accélération des émissions de CO2 ? Oui si l'on en croit les projections des modèles de climat virtuel repris par le GIEC. Le problème est qu'ils ne sont pas vraiment étayés par le climat réel comme le montrent les figures 1(a) de la box TS.3, la figure TS.9(a) et la figure 11.25b issues du propre rapport AR5 du GIEC (version anglaise) dont j'ai été expert reviewer. Par ailleurs, en dépit de 40 % des émissions de CO2 durant cette période, la température mesurée par satellite n'a pas bougé dans la basse stratosphère (vers 17 kilomètres d'altitude) depuis 1993, année de retour à la normale après l'éruption du Pinatubo. Si l'on s'en tient non aux modèles de climat virtuel mais à l'observation du climat réel, il ne semble donc pas y avoir urgence, d'autant que de nombreux articles scientifiques récents concluent à une sensibilité climatique plus de trois fois inférieure[2] à celle retenue par le GIEC et les modèles de climat. La sensibilité climatique est l'échauffement de la Terre en cas de doublement du taux de CO2 dans l'air. Ce taux augmente à l'heure actuelle de 0,5 % par an. Évitons de jouer aux apprentis sorciers. Mieux vaut laisser la stratosphère vierge de toute pollution anthropique au dioxyde de soufre.        



[1] www2.ucar.edu/atmosnews/perspective/123108/40-earths-ncars-large-ensemble-reveals-staggering-climate-variability

[2] notrickszone.com/50-papers-low-sensitivity/

 

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jipebe29
- 09/04/2018 - 12:29
Wait and see...
Le dernier El Nino, particulièrement intense, dont les effets réchauffants se sont fait sentir pendant près de 2 ans, a généré un pic de 0,8°C environ. Cela fait donc un delta(T) de +1,5 °C depuis le début de l’ère industrielle. Et rien de particulièrement cataclysmique ne s’est produit, tout comme lors de l’Optimum Médiéval ou les autres périodes plus chaudes (Episode Romain, Holocène), qui ont été favorables au développement de l’humanité. Cela veut dire qu’il n’y a aucune raison de jouer aux apprentis sorciers en ingénierie climatique et mieux vaut attendre, surtout sans rien faire, de voir l’évolution du climat lors de la prochaine décennie.
jipebe29
- 09/04/2018 - 12:18
Dérèglement climatique ou dérèglement neuronal ?
Parler de dérèglement climatique supposerait qu'il y aurait un bon climat de référence, idéal : sans tempêtes, sans inondations, sans froid et sans canicules, sans bourrasques de vent, sans grêle, sans tempêtes de neige, sans orages, ... et des glaciers bien sages qui restent à leur place. Bref, le Paradis sur Terre. Mais cela est un mythe, car le passé nous montre que le climat est cahotique, que les évènements extrêmes sont des phénomènes récurrents, qu’il n’y a pas de « bon climat » de référence qui aurait perdu la boule, et que les glaciers ne restent jamais à leur place : parfois, ils avancent, parfois ils reculent, en fonction de cycles qui ne sont pas encore bien compris. Maintenant, si on quitte le domaine de l’idéologie réchauffiste, voilà ce que disent les observations : les mesures (indice ACE) montrent que l’énergie cumulée annuelle des cyclones/typhons/ouragans/tempêtes est en diminution et est revenue au niveau des années 1975. Donc, de dérèglement climatique, point... mais, pour les idéologues, adeptes du dogme du Réchauffement Climatique Anthropique, il y a un dérèglement neuronal, et là il est certain que c’est à 100% anthropique...
ajm
- 08/04/2018 - 23:12
Dérèglement mental.
Le dérèglement climatique me fait penser de plus en plus à un dérèglement mental. Ce monsieur physicien et , en bon scientifique, à juste titre plutôt méfiant et circonspect, court de grands risques personnels dans le climat actuel de dérèglement ecolo-mental à vouloir mettre en cause la doxa sacrée du réchauffement.