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Explication(s)

Vers une réélection de Poutine : les Russes sont ils masos ou voient-ils quelque chose qui nous échappe ?

Publié le 13 mars 2018
Le président russe et son bilan sont loin d’être au-dessus de toutes critiques. Pourtant, le vote Poutine repose sur une popularité réelle et fortement organisée.
Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Cyrille Bret, ancien élève de l'Ecole Normale Supérieure, de Sciences-Po Paris et de l'ENA, et anciennement auditeur à l'institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) est haut fonctionnaire et universitaire. Après avoir enseigné...
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Le président russe et son bilan sont loin d’être au-dessus de toutes critiques. Pourtant, le vote Poutine repose sur une popularité réelle et fortement organisée.

Atlantico : Alors que les prochaines élections russes se dérouleront entre le 18 mars et le 8 avril prochain, la perception "occidentale" de Vladimir semble rendre impossible de rationaliser un vote favorable au président russe. Quels sont les réels moteurs de la popularité de Vladimir Poutine ?

Cyrille Bret : La popularité du président russe laisse perplexe quand on l’envisage seulement du point de vue des démocraties européennes. Pourtant, le vote Poutine repose sur une popularité réelle et fortement organisée.

Depuis bientôt deux décennies, de nombreux observateurs en Europe et en Amérique du Nord répètent la même question : pourquoi Vladimir Poutine est-il élu et réélu mandat après mandat ? Le président russe et son bilan sont loin d’être au-dessus des critiques, même du point de vue de l’électeur russe ordinaire : la vigueur des manifestations de l’hiver 2011-2012 en a attesté suite aux irrégularités aux élections législatives. Mais le président candidat sera sans rival sérieux dimanche prochain car il a plusieurs atouts.

C’est un ancien colonel du KGB. Il est, à ce titre, un membre de la communauté des « siloviki », les « hommes de force » autrement dit un fonctionnaire des services de sécurité. Le KGB, devenu FSB depuis la fin de l’URSS, n’est pas seulement, pour les Russes, le service d’espionnage des romans de John Le Carré. C’est une institution centrale pour le fonctionnement de l’Etat russe. Pour les Occidentaux, cette origine professionnelle suscite la suspicion. Mais pour bien des électeurs russes[1], c’est un gage d’efficacité et de rigueur et de dévouement aux intérêts nationaux. Pour caricaturer, dans l’imagerie populaire, le FSB est plus proche de l’ENA que de la DGSE en France.

Dans cette popularité, la capacité du président russe à occuper la scène médiatique joue un rôle essentiel. Depuis plus de dix ans, il se montre capable de tenir son rôle et son rang dans des émissions télévisées le plaçant, des heures durant, dans un jeu de questions et réponses directes avec les téléspectateurs de toute la Fédération. Ces « conversations au coin du feu » version poutinienne entretiennent la réputation de proximité du président. Ainsi, l’émission « Ligne directe » réunit de très nombreux téléspectateurs sous la forme d’un marathon télévisuel. Et la mise en évidence du corps du président, sa passion pour le judo et les sports de plein air renforcent son image d’homme fort et sain. Le calendrier 2018 (cf. photo) en atteste : la personnalisation est extrême dans une équation Président = Poutine.

Dans la compétition électorale, la candidature Poutine surclasse largement les autres. Les candidats communistes, d’abord Ziouganov et aujourd’hui Pavel Groudinine, ne font entendre que des thèmes compatibles avec les objectifs de grandeur nationale de la présidence Poutine. Le candidat du Parti libéral démocrate de Russie (LDPR), Vladimir Jirinovksi, est lui aussi tonitruant en apparence mais intégré dans le système politique. Ses thèmes nationalistes à la frontière de la xénophobie ne peuvent présenter de véritable danger pour la candidature Poutine. De fait, ces deux candidatures ne rallient que 10% des intentions de vote à l’heure actuelle.

La faiblesse de l’opposition est structurelle. Elle est favorisée de plusieurs façons par l’administration présidentielle. D’une part, les médias d’Etat ont été réorganisés durant la décennie 2000. Les Occidentaux le savent en ce qui concerne les médias russes d’expression étrangère : à partir de 2008, ils ont été réorganisés autour de la holding à fonds publics Rossya Segodnia qui chapeaute les désormais fameuses RT et Sputnik.

D’autre part, les opposants véritablement alternatifs au système poutinien rencontrent des obstacles : le plus célèbre d’entre eux, l’avocat Alexei Navalny, avait organisé des manifestations importantes et est interdit de compétition électorale pour inéligibilité jusqu’en 2028 pour détournement de fonds[2]. Quant à Xenia Sobtchak, fille de l’ancien maire de Saint-Pétresbourg, elle ne convainc pas comme « opposante de choc » et réunit 2% d’inten

L’autre pilier de la popularité de Poutine est l’idée qu’il a été le président de la prospérité.

Si les observateurs occidentaux ont en tête la crise économique qui a plongé la Russie dans la récession depuis 2014, les électeurs russes ont, eux, en mémoire la décennie 2000 et la croissance importante de l’économie durant cette période. Ainsi, la croissance russe a été constamment autour de 7 % par an entre 1999 et 2008[3]. On peut contester la solidité de cette croissance : elle est en large partie due au rattrapage par rapport à la décennie 1990 ; elle dépend de facteurs exogènes et notamment des exportations de minerais et d’hydrocarbures ; et elle est fragile comme l’ont montré les deux retournements brutaux de 2008 et 2014.

Toutefois, les électeurs russes ont des attentes à l’égard de ce « président de la prospérité » : ils lui sont reconnaissants d’avoir limité la visibilité des oligarques mais ils souhaitent une réduction des inégalités. Ils reconnaissent qu’il a maîtrisé la crise récente du rouble mais s’inquiètent de leurs prestations sociales dont le niveau est encore limité.

Quelles sont les thématiques qui peuvent échapper à l'approche occidentale de cette élection ? En quoi la réalité d'une élection russe, de par l'histoire et la géographie, diffère-t-elle de notre perception d'un tel scrutin ?

Traditionnellement, les élections russes sont moins importantes pour leurs résultats que pour la capacité de mobilisation des gouvernements régionaux. Les résultats sont d’ores et déjà plus ou moins connus car les candidats sont sélectionnés par l’administration présidentielle. Mais, dans ces élections, les gouvernements régionaux nommés par le centre, doivent montrer leur capacité à mobiliser les électeurs. En l’occurrence, l’important pour les gouverneurs est d’éviter un taux d’abstention trop élévé comme aux législatives de 2016 (50% d’abstentions).

L’autre grande différence est la place des questions internationales et militaires. En Europe, il est de tradition de soutenir que la politique étrangère ne fait pas gagner une élection. En Russie, c’est bien différent : les électeurs russes sont sensibles au redressement de l’image de la Russie sur la scène internationale. Depuis l’ère Eltsine marquée pour l’électeur russe par l’humiliation internationale, les présidences Poutine ont marqué un tournant. Depuis les années 2000, la Russie s’est réaffirmée sur la scène internationale : en créant avec le Brésil, l’Inde et la Chine l’organisation des BRICS et en structurant avec la Chine l’Organisation de Coopération de Shangaï. Elle a aussi de plus en plus fait pièce à l’influence américaine en s’opposant à sa présence en Asie centrale, en Europe et au Moyen-Orient. La contestation du bouclier anti-missile, le renforcement de la présence militaire russe dans la Baltique, le plan de modernisation des forces armées lancé en 2009, la guerre en Géorgie (2008), la guerre en Ukraine et l’intervention en Syrie sont autant de réaffirmations des intérêts russes, de la puissance russe et de la capacité à se projeter à l’extérieur. Là encore, ce qui qui inquiète les Occidentaux  est précisément ce qui renforce la candidature Poutine à l’intérieur du pays.

Quelles sont cependant les thématiques sur lesquelles Vladimir Poutine pourrait se révéler fragile selon la perception des russes eux-mêmes ?

La lutte contre la corruption et la lutte contre les inégalités. L’idée selon laquelle les élites entourant Poutine sont corrompus est largement répandue en Russie. C’est le thème sur lequel Alexeï Navalny a insisté ces dernières années en montrant, dans une vidéo largement relayé sur YouTube, les propriétés de Dmitri Medvedev. Sur ce point, Poutine est bien différent du président chinois XI qui a assis son pouvoir sur une vaste opération anti-corruption notamment contre Bo Xi Lai.

Et le creusement des inégalités, de revenus, d’accès aux services publics et d’accès à l’emploi est particulièrement préoccupant sans doute en raison de la corruption endémique en Russie. Sur ce point, les électeurs aspirent à une amélioration comme l’a souligné lui-même le président candidat Poutine le 1er mars dans son discours aux parlementaires et gouverneurs russes. Les précédents mandats Poutine n’ont pas réussi à répondre à ses attentes. Et pour Poutine IV, le flou règne encore.

 

 

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Pompon
- 17/03/2018 - 21:46
Et sinon, qui, et quoi ?
Poutine "tient son rang". Il a la stature du job. Evidemment, ce n'est pas un saint, ce n'est pas non plus un grand démocrate. Mais pour une population qui a connu tellement pire pendant des décennies, et qui aspire juste à vivre enfin en paix et à retrouver une honorabilité sur la scène mondiale, Poutine n'est pas pire qu'un autre. Et puis chat échaudé craint l'eau froide. Ils connaissent Poutine, ses qualités et ses défauts, le bonhomme est circonscrit. Les autres sont imprévisibles, puisqu'ils n'ont pas eu les rênes du pouvoir. Et ça, on peut comprendre que ça les inquiète, vu ce qu'ils se sont déjà pris au Kremlin depuis un siècle.
Mario
- 14/03/2018 - 15:56
n'arrivant pas à influer sur
n'arrivant pas à influer sur le cours de la vie de mon propre pays, je me contrefous de la popularité ou non de Poutine. On fera en fonction du choix des russes. Et si le choix est non démocratique, on fait quoi? on lance une attaque tout azymut contre la Russie. Dire j'aime ou j'aime pas Poutine est enfantin . Chercher à savoir si c'est un vrai démocrate est puéril . Faire selon nos intérêts est la seule voie adulte . Mais savons nous encore , de manière pragmatique, quels sont nos intérêts , au moment ou on ne sait plus qui nous sommes?
ajm
- 13/03/2018 - 23:45
Peuple qui se contente de peu.
En parodiant (très) maladroitement Vialatte sur les Auvergnats, on pourrait ecrire que les Russes sont habitués au malheur et aux choses très désagréables, ce qui leur donne une grande résilience et une bonne vision de ce qui est vraiment grave. Quand il n'y a pas de grands désastres, style guerre civile, guerre mondiale ou déportations ou épidémies massives, ils sont plutôt contents.