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Pourquoi une Europe où aurait été réussie une intégration politique plus poussée pourrait bien ressembler à... l’Italie
Publié le 04 mars 2018
La campagne italienne montre les mêmes divisions et enjeux que l'Europe : assiste-t-on à une italianisation de l'UE ? Ou l'inverse ?
Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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Universitaire, Edouard Husson a dirigé ESCP Europe Business School de 2012 à 2014 puis a été vice-président de l’Université Paris Sciences & Lettres (PSL). Il est actuellement professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (à l’Université...
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La campagne italienne montre les mêmes divisions et enjeux que l'Europe : assiste-t-on à une italianisation de l'UE ? Ou l'inverse ?

Atlantico : En ce jour d'élections générales italiennes, marquées notamment par l'improbable retour de Silvio Berlusconi sur le devant de la scène politique, ne serait-il pas possible d'imaginer un futur européen ressemblant à la vie politique du pays ? En quoi l'analogie d'une Europe soumise à des élections transnationales pourrait-il être pertinent ? 

Edouard Husson : L’Union Européenne est le premier sujet de mécontentement des Italiens, juste devant la question de l’afflux des migrants. On pourrait dire aussi que l’Italie s’interroge très sérieusement sur deux des piliers de la construction européenne: l’euro et les accords de Schengen. C’est ce qui rend d’autant plus intéressant le résultat du vote à venir.  En gros les sondages prédisent qu’une coalition de quatre partis de droite, groupée autour de Silvio Berlusconi, pourrait emporter jusqu’à 38% des voix; que le parti le plus fort est le Mouvement Cinq Etoiles de Luigi di Maio qui pourrait obtenir 30%; et que l’ancien Premier Ministre Matteo Renzi, à la tête du Parti Démocrate, n’obtiendrait que 22%. Chacune de ces tendances est intéressante en soi et amène à considérer l’Italie comme un laboratoire de la politique européenne. Prenons Matteo Renzi, l’un des modèles d’Emmanuel Macron. Il a eu jusqu’à 60% des votants pour lui; il n’est plus qu’à 22%.. La campagne électorale nous dit aussi que Renzi n’arrive pas à convaincre d’autres partis de la gauche modérée, comme les écologistes, de s’allier à lui. Avons-nous en l’occurrence une préfiguration de ce qui risque d’arriver à Macron dans les années qui viennent? Tournons-nous vers la droite: une coalition comprenant Forza Italia (Berlusconi), Noi con l’Italia (Raffaele Fitto), la Ligue du Nord (Matteo Salvini), Fratelli d’Italia (Giorgia Meloni), c’est un peu comme si Les Républicains modérés, ceux de Wauquiez, Debout la France, le Front National annonçaient qu’ils formeront une coalition de gouvernement. La droite italienne arrivera-t-elle à un commun dénominateur sur l’Europe? On a entendu des positions assez contradictoires. Dans le cas où cette coalition serait plus proche de 35 que de 40%, Berlusconi décidera-t-il que son parti doit quitter le bateau et proposer une alliance à Renzi, en constituant une sorte de Grande Coalition? La vie politique italienne et les institutions favorisent une certaine volatilité des forces et la combinaison des votes possibles permet d’imaginer des possibilités multiples que l’on retrouvera dans tel ou tel pays européen. 

La fracture italienne, entre le nord de la péninsule et le mezziogiorno, peut-elle s'appliquer à la géographie et à l'histoire récente européenne ? 

La crise de l’italie n’est pas d’abord politique. Elle est économique et sociale. Le pays est l’un des plus endettés au monde; le chômage est à 11% et en particulier, 20% de la jeunesse ne trouve pas d’emploi. Les partisans d’un ITALEXIT ce sont les jeunes générations - le contraire de la Grande-Bretagne! Le contraste entre le Nord industriel, qui réussit à entrer dans l’industrie 4.0 et le reste de l’Italie accentue la division historique du pays. Le seul élément d’espoir, c’est le renforcement du niveau éducatif dans les années 2000 (allongement de la durée de la scolarité, accès augmenté à l’enseignement supérieur) mais il faut aussitôt nuancer: beaucoup de jeunes Italiens bien formés essaient de trouver un emploi hors d’Italie. Nous avons là une conséquence directe de la monnaie unique: l’Italie avait besoin de flexibilité monétaire pour maintenir à la fois la performance industrielle du Nord et la capacité de redistribution ou de mise à niveau au Sud. Le Nord réussit à maintenir ses performances industrielles au sein de la zone euro mais la cohésion nationale a été progressivement abandonnée. Le Mezzogiorno n’est pas une réalité statique dans l’histoire: La différence économique entre Nord et Sud est modérée juste après l’unité (1861); elle s’accroît dans les vingt ans qui suivent, en particulier parce que les réserves monétaires abondantes du Sud sont drainées vers le Nord; elle diminue dans les années qui précèdent la Première Guerre mondiale; s’accroît à nouveau sous le fascisme puis régresse durant les Trente Glorieuses. Tout a dépendu, à chaque fois, de l’environnement économique dans lequel s’insérait l’Italie. L’entrée de l’Italie dans l’étalon-or assèche monétairement le sud; aujourd’hui, le Mezzogiorno n’est plus seul, c’est l’ensemble de l’Europe du Sud qui est asphyxié par la politique monétaire restrictive de la zone euro (le quantitative easing de Mario Draghi sert les banques et les Etats, non les citoyens). Les experts ont trouvé très comique de désigner Portugal, Italie, Grèce et Espagne de l’acronyme PIGS (S pour Spain). C’est un mépris qui va bien plus loin encore que la condescendance du Nord pour le Sud moins éduqué et plus religieux au lendemain de l’unité italienne. 

En quoi le contexte actuel de flottement politique et d'alliances incertaines pourrait-il également s'appliquer au continent tout entier dans un cas d'élections transnationales ? 

Je ne crois pas pour ma part que des élections transnationales verront le jour. Je peux me tromper mais il me semble que les cultures politiques restent très différentes d’un pays à l’autre. En revanche, ce qui se passe en Italie peut être transposé à d’autres pays et on peut arriver à imaginer ce que serait le résultat global. La faiblesse de Renzi, c’est celle de tous les partis qui incarnent la gouvernance et la technocratie moderne et ne comprennent pas comment ils n’arrivent pas à se débarrasser du populisme. La droite italienne est divisée sur l’Europe, comme la droite française et à la différence de la droite allemande qui, de la CDU à l’AfD, n’est pas prête à abandonner le monétarisme.  Malgré tout, la droite italienne est capable de trouver, le temps d’une élection, un dsicours commun et de proposer un conservatisme dur qui se veut une alternative au populisme. Le Mouvement Cinq Etoiles offre le cas intéressant d’un populisme à l’état pur, qui n’a pas eu besoin de prendre à l’arsenal de l’extrême droite pour exister et qui cherche, en passant de Bepe Grillo à Luigi di Maio, à se donner une respectabilité. On a bien senti que tous les partis dénonçant l’Europe cherchaient progressivement les moyens de s’installer dans la constructiuon européenne pour la transformer de l’intérieur. C’est là que les élections transnationales dont vous parlez pourraient prendre leur sens. Mais il me semble que les forces de désintégration de l’UE vont plus vite que les efforts de ceux qui veulent la réformer. Ce soir nous connaîtrons à la fois le résultat des élections italiennes et celui du vote du SPD pour ou contre la Grande Coalition. Il est probable que les partisans de la Grande Coalition au sein du parti social-démocrate allemand vont l’emporter mais Madame Merkel sera malgré tout une chancelière en sursis; Et imaginons que l’Italie se révèle ingouvernable à la sortie des urnes, l’Union Européenne s’enfoncera un peu plus dans ses contradictions internes. 

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